Par Gwenael Tison - publié le 21 décembre 2007 à 05h00 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 12h08 - 0 commentaire(s)
La fin d'année est riche en vidéos inédites pour le moins barrées. Executive Koala vient après le très "gonzo" Pervert de Jonathan Yudis qui, outre un hommage évident à l'univers de Russ Meyer, voit dans le rôle du serial killer tout simplement un gros phallus turgescent. Dans un esprit tout aussi "branque", le héros d'Excecutive Koala n'est autre qu'un koala comme le laisse entendre le titre ; la dimension sexuelle est troquée contre celle de l'anthropomorphisme animal. Mieux encore : le koala travaille parmi les humains en tant que cadre supérieur sous la direction d'un patron qui, quant à lui, est un grand lapin blanc. Et si l'on vous dit que le réalisateur de ce scénario, pour le moins inhabituel, n'est autre que Minoru Kawasaki, sorte de Llod Kaufman le délire gore en moins. Kawasaki est celui-là même qui nous avait offert la petite douceur The Calamari Wrestler avec son calamar géant qui fait du catch et vous comprendrez que Excecutive Koala est une série Z hors norme délirante et "gonzo" à souhait. En attendant le dernier film de Kawasaki réalisé en 2006 Kani Goalkeeper qui met en scène un crabe géant fan de foot et un gardien de but qui devient un véritable phénomène sportif, ou encore Kabuto-ô Bitoru et son cafard géant envahissant de l'archipel japonais, la collection Mad Asia a la bonne idée d'éditer Executive Koala.


Kawasaki a toujours cultivé ce goût immodéré du cinéma Z, mettant en scène des animaux géants dans un style "man in suit". On est loin, très loin d'un désir d'anthropomorphisme exacerbé avec des personnages en images de synthèse photoréalistes. Kawasaki leur préfère le style très désuet de l'homme dans un costume de caoutchouc dont la série des Godzilla est la plus représentative. On a beau être au XXIe siècle au cœur d'une révolution numérique s'infiltrant dans la quasi-totalité des productions (même Les Bronzés 3 a bénéficié d'effets spéciaux en images de synthèse…), Kawasaki refuse ouvertement le dictat du numérique pour un genre qui désarçonne. Son amour irraisonné pour ce style si particulier lui vaut d'être raillé par une majeure partie des critiques et du public, tout comme Lloyd Kaufman. Pourtant, la tête pensante de Trauma continue, année après année, de produire avec des budgets rachitiques des productions toujours aussi fantasques et délirantes. Minoru Kawasaki semble suivre sa propre direction artistique, se moquant bien du mépris que beaucoup éprouvent à son égard, afin de réaliser les films qu'il aime, sans subir une quelconque pression des studios japonais.


Avant de réaliser son premier film pour le cinéma, Kawasaki travaillait pour la télévision nippone et a réalisé plusieurs épisodes de la série Ultraman Tiga. Il y développa son goût immodéré pour les monstres géants même si le style "man in suit" atteignait le comble du ridicule. Il poursuit dans cette direction sans jamais déroger à la règle de la dimension Z, ce qui lui permet à la fois de gros délires cinématographiques et un regard critique sur le Japon et ses habitants.


Excecutive Koala est à la croisée des genres ; on va de surprise en surprise. La trame narrative principale est celle d'un triller qui voit Keiichi Tamura, le koala géant, acharné de travail comme tout bon cadre supérieur japonais, être aux prises avec des pertes de mémoire. Mais bientôt, l'actuel petit ami du koala géant va être découvert poignardé. Les soupçons semblent de toute évidence se porter sur Keiichi Tamura, car son ancienne petite amie a disparu dans de mystérieuses circonstances il y a 3 ans. La police et son patron le lapin blanc géant soupçonnent le koala à mesure qu'ils découvrent le passé trouble du marsupial amateur de feuilles d'eucalyptus. Il semble loin d'être le koala sérieux, bosseur et propre sur lui qu'il paraît. À la lecture d'un tel scénario, vous aurez bien compris qu'un film comme Executive Koala est pour le moins inhabituel et tant mieux! Kawasaki puise principalement son inspiration dans un film anglais qui l'a profondément marqué : Curst de Mark Locke réalisé en 2001 mettait en scène une langouste boxeuse. Le traitement délirant et ravagé du bulbe n'hésite jamais à proposer des situations d'une grande stupidité pour le plaisir non dissimulé de nos zygomatiques. Rarement sérieux, le traitement anthropomorphique du lapin géant ou du koala n'est jamais grave; la condition humaine et le thème de la différence ne sont jamais au cœur du récit, ni analysés en profondeur, au profit d'une fraîcheur et d'une excentricité de tous les instants. La loufoquerie gouverne le métrage de bout en bout avec en point d'orgue deux séquences complètement folles : un procès dans un pur style comédie musicale et un combat final mis-disco mi-jeu vidéo à la Virtual Fighter.


Ce radicalisme rebutera nombre de spectateurs. Le mélange de comédie, de mélodrame et de triller policier explore le monde oppressant du travail de cadre supérieur dans les grandes sociétés japonaises. Cela permet au réalisateur de proposer un regard acerbe sur la société japonaise et son esprit élitiste. Mais la légèreté de ton entraîne une certaine distanciation dans le film, tirant vers la blague potache aux relents de caricature dans le traitement de ses personnages, qu'ils soient principaux ou secondaire. A contrario de Calamari Wrestler qui avait du mal à trouver un juste milieu entre parodie et sérieux, Excecutive Koala possède un traitement bien plus homogène (toutes proportions gardées : le héros reste un koala géant vivant parmi les hommes!) permettant aux enjeux dramatiques de fonctionner bien mieux. La grande force du film est le sérieux avec lequel sont traités les personnages du koala et du lapin blanc. Les deux personnages ne sont jamais tournés en dérision, ce qui assoit le crédit du film car ils sont complètement intégrés à la société humaine. Il n'y a que l'apparence qui diffère. Le plus surprenant est l'attachement ressenti pour ce personnage complètement à part, prisonnier d'une machination dont il est l'innocent acteur. Excecutive Koala est un film idéal en cette fin d'année, à voir de préférence à plusieurs.


On attend la dernière petite perle de Kawasaki qui ne met plus en scène de monstres au profit du film catastrophe : The World, Sinks Except Japan, où le jugement dernier s'abat sur la planète tout entière en épargnant miraculeusement le Japon et ses habitants. Un film catastrophe aux effets spéciaux très spéciaux qui promet une nouvelle fois un délire Z des plus surréalistes.


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