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Hancock : Tentative Contre Le Puritanisme

Par Florent Kretz - 09 janvier 2009 - 2 commentaire(s)
L’un des blockbusters super héroïques de l’été dernier sort aujourd’hui en DVD et Blu-Ray : Hancock, film maudit, va se laisser redécouvrir dans une édition dite « non censurée »… Ainsi le film de Peter Berg va retrouver un peu de sa fierté, sa grande différence désirée mais avortée étant la volonté de remuer un peu les schémas classiques de la bande dessinée US en créant un personnage à la fois ancré dans une mythologie puritaine inviolable mais aussi dans une démarche radicalement novatrice et provocatrice… Et alors même que le film s’annonçait comme un projet réellement attractif et ambitieux, il chute légèrement faute à une convenance mal placée. Retour sur un film qui parviendra tout de même à foutre un bon coup de boule au système avant de retomber dans le politiquement correct…



Le pari s’annonçait d’emblée corsé : arriver à inventer de toute pièce un super héros qui n’aurait été ni bercé ni introduit dans le cœur du public par des années d’aventures papier. Surtout que les ambitions de Will Smith, qui est à la fois devant et derrière la caméra en tant que producteur en compagnie de ses amis Michael Mann, Akiva Goldsman et James Lassiter -respectivement réalisateur de Ali, producteur/scénariste de Je suis une légende ou de I, Robot et enfin coproducteur d’A la recherche du bonheur et de Hitch – expert en séduction- ne sont pas uniquement de s’en mettre plein les poches. Au contraire l’ensemble de l’équipe, complétée par les amis rencontrés au cours des différentes collaborations -le tout juste adoubé par Mann, Peter Berg ou encore Jonathan Mostow- tous grands lecteurs de comics, décident de se lancer dans un projet à la fois courageux mais aussi franchement risqué : rendre sympathique un homme possédant des pouvoirs extraordinaires, accomplissant sa responsabilité héroïque plus par obligation morale que par réel désir d’aider et surtout semblant se complaire dans la destruction systématique de toute sensation humaine, quitte à sombrer dans l’alcoolisme le plus grossier et désespéré et même à se lancer dans des campagnes d’auto diffamation…



Drôle d’idée de vouloir se montrer radicalement corrosif de la part de la clique menée par Smith, ce dernier tentant véritablement de mixer ses choix de films et les genres dans lesquels il se lance à corps perdu pour, d’une part, prouver sa capacité à incarner mais surtout pour s’amuser dans des rôles de composition. Et Hancock correspond tout à fait à cette vision des choses, comme si Smith choisissait le plus beau jouet pour mieux le casser par la suite avec un plaisir certain de pouvoir accomplir un acte non seulement jouissif pour lui (mais aussi pour le spectateur) qui se met réellement à voir en cet être extranaturel -qui se permet toute forme d’outrances- la possibilité de ressentir les interdits que la morale, de plus en plus présente, empêche généralement. Aussi, armés d’un script ultra corrosif, la bande se lance dans cette aventure sans réellement savoir si un tel film est possible et très vite le verdict tombe : non seulement le film, dans son état actuel, ne pourra pas se faire, mais surtout il est indispensable de changer une bonne partie de l’intrigue et du contenu moral si l’on souhaite pouvoir le tourner… Ce à quoi l’équipe répond par l’affirmative sans doute en croisant les doigts puisque, lorsque le film passera en commission, il sera tout de même jugé trop déviant et sera envoyé en salle de montage pour quelques cuts. Quelques reshoots seront même réclamés, amenant le projet à perdre un peu de son aura et de ses volontés originelles. Et c’est ainsi que Hancock devient le film actuel, dans l’ensemble plutôt jouissif, mais surtout à des lieues de ce que son réalisateur souhaitait être le « Leaving Las Vegas du super héros » !


Ainsi quand on connaît les ambitions premières de son réalisateur, on ne peut que regarder avec amitié le film qui partait des intentions les plus nobles et surtout les plus décalées pour amener le public à se lâcher complètement. Et surtout on ne peut qu’admirer le savoir-faire de certains membres de la production en matière de diplomatie puisque quelques idées réellement décapantes ont survécu et constituent le principal intérêt du métrage qui semble toujours avoir le cul entre deux chaises entre ce qu’il voudrait faire et ce qu’il est en droit de montrer… Mais même si la vision « darker » de Berg n’est plus vraiment là, il parvient tout de même à sauver les meubles en plaçant le tout sur le ton de l’humour bon enfant alors même qu’il est en train de nous montrer un clochard ivrogne enfonçant une tête dans un derrière ! Et il arrive parfaitement à éviter soigneusement le cahier des charges de la MPAA condamnant généralement les films avant leurs sorties en salle. Aussi, le personnage reste le même, à savoir une sorte d’alcoolique dégueulasse qui envoie chier la Terre entière et qui colle des mains aux fesses à la gente féminine, n’hésitant pas à éclater les gosses qui lui reprochent d’être une saloperie… C’est donc dans toute cette partie du script que réside le réel intérêt du film : arriver à nous faire apprécier cette enflure de première alors même qu’il incarne un véritable danger pour tous. Sa rencontre avec le personnage du toujours très sympathique Jason Bateman jouant sans doute un rôle important dans cette conquête du public. Car Bateman, intervenant sous la forme d’un chargé en relations publiques, sorte de « monsieur moralité », va avoir la douloureuse tâche, d’une part, de ne jamais incarner cette vision dite bien pensante, ultra puritaine et finalement si peu ouverte sur les autres et que tous nous détestons, mais de nous faire accepter que son personnage est tout simplement bon et ne connaissant aucun travers. Aussi pas la peine de voir en lui une incarnation de la grandeur américaine, cette idée étant tout simplement absente du film, son personnage étant uniquement composé d’une foi aveugle et pure en l’être humain et l’interprétation juste et sans prétention du comédien rendant Ray (le personnage) sans doute le plus touchant de l’histoire. Ainsi son duo avec Smith, qui se lance dans un numéro totalement délirant et assez improbable, s’apparente bientôt à une sorte de très léger buddy movie soft mais agréable, uniquement basé sur l’amitié entre deux mecs que tout sépare, l’un décidé à remonter une pente très abrupte et l’autre se proposant de l’accompagner dans ses démarches…



Et ce n’est pas cette tentative de vouloir rendre le personnage de Hancock appréciable officiellement, socialement et finalement tellement politiquement correct qui pose problème dans ce film. Après une bonne demi-heure avec le vagabond, on se met à rêver de lui avec une autre vision que celle d’un gars puant, la bouteille à la main qui préfère éclater un train que virer une voiture des rails. A ce point du métrage, le spectateur sera certainement complètement sous la coupe de ce film que toute l’équipe semble essayer de rendre le plus proche possible de cette approche sordide et désespérante du monde des surhommes, tant recherchée à la base même si le résultat final reste assez logiquement convenu faute à des commissions trop sévères qui castrent toute tentative un peu rebelle. Et même si on ne dépasse jamais les bornes des normes imposées, on aura tendance à excuser volontiers le film en faveur de ce qu’il est déjà parvenu à accomplir et pour le réel bon moment qu’il nous fait passer… Difficile ainsi de ne pas être bouleversé par le personnage de Hancock qui se trouve confronté à l’amour et à la considération, alors même qu’il est rejeté depuis des lustres pour tous ses actes irraisonnés, la magie venant des images de Peter Berg. Le réalisateur semble en effet réellement inspiré par son sujet et offre certains moments d’une rare intensité filmique alors qu’il ne s’agit que de plans contemplatifs comme ceux, par exemple, de l’antihéros chez lui, dans une sorte de caravane bidonville au milieu du désert californien… Intimité étrangement soudaine rappelant que Berg est le poulain de Michael Mann et qui nous renvoie aussi au fait que l’homme qui réalise le film aligne cette aventure bancale par obligation après un divertissement beaucoup moins gratuit et patriotique qu’il n’y paraît, à savoir le Royaume. Touché, bouleversé par la fragilité de cet homme repoussant capable de survivre à tout sauf à la solitude à laquelle il est condamné, on assiste avec la même conviction que Ray à son ascension merveilleuse même si elle ne se fait pas toujours dans la dentelle, ce qui quelque part nous rassure dans le potentiel prévu pour cette aventure… Mais un sérieux handicap va pourtant faire tomber cette belle épopée dans une sorte de n’importe nawak inutile qui soudain désacralise totalement ce que l’équipe à pourtant eu tant de mal à mettre en place…



Ce recours scénaristique n’est présent que pour une raison : combler le trou qu’auront laissé les épisodes envisagés par la clique et abandonnés pour les raisons mentionnées plus tôt… Il est bien entendu hors de question de rentrer dans les détails quant au réel problème du film tant il semble évident que la simple mention d’un détail de ce twist qui se veut incroyable mais qui est surtout incroyablement foireux, risquerait de couper le plaisir de la première partie. Cependant, il fut rassurant de constater que ce passage, qui consiste à expliquer toute la véritable histoire de Hancock à travers un rebondissement à proprement parler absurde, sembla repousser l’ensemble des intervenants qui restèrent eux aussi stupéfaits par cette péripétie qui est tout sauf subtile. Il faudra tout de même remarquer que cet épisode largement inférieur au reste du film donnera tout de même naissance à un très beau final même si celui-ci ne va pas au bout des pistes qu’il a lancées et de son ambition jusqu’auboutiste (mais qui parvient pourtant à être d’une violence surprenante et qui montre un peu de quoi Berg était capable). Hancock après cette dernière demi heure irritante mais clôturée en beauté laissera cette impression de très bon divertissement que l’on a coupé dans son élan pour le rendre inoffensif et ainsi ne pas s’attribuer les foudres d’une Amérique qui ne veut pas que l’on touche à ses héros… En attendant, le film, malgré son état définitif de projet sabordé, ne fera que confirmer le talent de Berg en tant que réalisateur et, en plus de dévoiler un peu plus le très bon Jason Bateman que nous avions vu dernièrement dans Juno, ne fera qu’ajouter une pierre de plus à la carrière de Will Smith qui décidément se révèle être un comédien de goût et visiblement très inspiré. Hancock est donc une oeuvre imparfaite mais qui possède suffisamment de cœur (et un peu de couilles) pour se laisser apprécier pour tout ce qu’elle tente secrètement de véhiculer…

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