Par - publié le 02 juillet 2007 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h59 - 0 commentaire(s)
Au même titre que Christoph Hochhausler, Henner Winckler appartient à cette nouvelle vague allemande qu’il serait plus juste de baptiser de «nouvelle nouvelle vague allemande» (la nouvelle vague allemande correspond à celle des années 70 et l’émergence d’auteurs tels que Fassbinder). Parcours intéressant, films itou.



Le phénomène commence à prendre de l’ampleur: l’Allemagne est désormais le nouveau territoire cinématographique à défricher. Depuis presque dix ans, le cinéma Outre-rhin, constamment inventif, brillant dans ses audaces, singulier même lorsqu’il tutoie les conventions, surprend les mirettes de cinéphiles en quête des nouveaux talents. Ce n’est pas une nouveauté : de tout temps, il a permis l’éclosion de grands patronymes (Lang, Wiene, Murnau, Wenders, Schlöndorff, Fassbinder, Herzog, on en passe). Aujourd’hui, on peut miser sur des cinéastes tels que Stefan Ruzowitsky (Anatomie), Oskar Roehler (Les Particules élémentaires), Christoph Hochhausler (L’imposteur), Fatih Akin (Head on), Hans-Christian Schmid (Requiem), Marc Rothemund (Sophie Scholl, les derniers jours),Tom Tykwer (Cours, Lola, Cours), Wolfgang Becker (Good Bye, Lénine), Oliver Hirschbiegel (L’expérience). La vie est belle l’a compris en proposant la sortie des opus remarqués de tout plein d’auteurs allemands.


Parmi eux donc, Henner Winckler, consacré grâce à deux opus: Lucy et Voyage Scolaire, deux films inégaux mais passionnants, anti-commerciaux et anti-spectaculaire, qui tournent autour du mal-être adolescent (un genre à lui seul) et dans lesquels la psychologie simpliste et le bavardage oiseux sont annihilés par la puissance des parti-pris du réalisateur, mû par l’absence de moralisation. Ça explique notamment pourquoi on le sent si proche du documentaire et, en cela, pas si éloigné d’un certain cinéma Autrichien (plus Ulrich Seidl que Michael Haneke, en mode mineur).



Au même titre que ses comparses (sauf peut-être Tykwer dont les opus recèlent des vertus esthétiques assurés), Winckler n’aime pas beaucoup l’inertie qui règne dans son pays. Que ce soit dans Lucy où une adolescente traîne en quelques semaines sa solitude flanquée d’une petite fille et agresse son entourage ou Voyage scolaire dans lequel un voyage de classe hors saison révèle les personnalités effacées d’ados désabusés, les ados allemands ne respirent pas la joie de vivre. L’écrin s’apparente à celui d’un épisode de Derrick où quelques âmes en peine tentent vainement d’animer un décor fadasse. En d’autres termes, le cinéma-vérité de la dépression neurasténique.


Dans Lucy, une demoiselle qui donne l’impression de ne jamais avoir été aimée cherche par tous les moyens des plaisirs inconnus et égoïstes (sortir en boîte, chopper un nouveau petit ami, réapprendre à aimer pour s’aimer soi-même) que sa situation obstrue. Entre jeune ado fleur bleue et mère qu’elle ne veut pas être, elle tombe sur un jeune homme qui incarne l’amour nouveau. De courte durée. Ici, le bonheur se résume à l’achat d’un lave-linge et la dégustation d’une glace à deux. Point barre. Pour décrire ce personnage à l’avenir bouché, Stefan Krieghaus et Henner Winckler ont enquêté auprès de jeunes mères pour connaître leur environnement et leurs manques. Les deux films (Lucy et Voyage scolaire) fonctionnent en totale complémentarité, ce qui ne gâche rien: on a l’impression de voir dans Lucy les adultes médiocres en devenir que sont devenus les ados glabres de Voyage Scolaire. Malgré quelques maladresses (une croyance aveugle aux vertus du sacro-saint naturalisme) et un style un chouia surestimé, le cinéaste mérite d’être découvert.
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