Après avoir débuté au cabaret à la fin des années 40, l'humoriste et chansonnier Robert Lamoureux se retrouve très vite happé par le Septième Art. Il participe ainsi à des oeuvres aujourd'hui cultes, à l'instar de
Papa, maman, la bonne et moi, ou bien encore
Les aventures d'Arsène Lupin sous la direction de
Jacques Becker. Parallèlement, il s'intéresse à la réalisation, et propose au public, dès 1960, un film intitulé
Ravissante, où il joue aux côtés de Philippe Noiret. Mais il lui faudra attendre l'année 1973 avant de faire un véritable triomphe sur grand écran, en réinventant le vaudeville militaire. Bien loin du film de
Claude Zidi,
Les Bidasses en folie, sorti deux ans auparavant,
Mais où est donc passée la Septième Compagnie ? propose une vision réaliste de la guerre, accompagné d'un humour burlesque nettement plus "fin". Sans laisser le temps à Lamoureux de travailler convenablement afin de nous mijoter une suite digne de ce nom, les producteurs lui réclament alors de tous nouveaux sujets, en espérant les lancer le plus rapidement possible et surfer ainsi sur le succès. Ainsi naissent sur pellicule deux films, certes mineurs dans la carrière du cinéaste, mais non dénués d'intérêts :
Opération Lady Marlène tout d'abord, avec l'improbable duo
Michel Serrault, Bernard Menez, et celui qui nous intéresse aujourd'hui,
Impossible pas français.
Fidèle à ses amis acteurs, Robert Lamoureux rappelle donc à cette occasion l'équipe principale constituant la Septième Compagnie, en la personne de Jean Lefèbvre et de
Pierre Mondy, sans oublier l'excellent Pierre Tornade. S'il n'est plus nécessaire de présenter les deux premiers, l'Histoire a généralement tendance à oublier le nom du troisième larron, formidable acteur au demeurant. Il participe en effet à un certain nombre de films populaires, de
Tendre Voyou à
Dupont Lajoie, en passant par
Un Idiot à Paris,
Le Petit Baigneur,
Fort Saganne,
Le Diable par la queue ou bien encore
Les Gauloises Blondes ! Sa bonhomie légendaire lui permet de s'installer confortablement dans la case des grands seconds rôles, et sa voix rauque s'impose définitivement au sein des meilleurs films d'animation datant des années 70-80, au même titre que son ami Roger Carel. Il double ainsi Abraracourcix, ou parfois Obélix, dans certaines adaptations d'
Astérix, et Averell Dalton pour les aventures de
Lucky Luke. Un immense artiste comme nous n'en faisons hélas plus.
Cette bande de vieux copains se retrouve donc sous la direction de Robert Lamoureux, au service d'un scénario plutôt simpliste, mais finalement très divertissant. Mondy y joue le rôle d'Antoine Brisset, chômeur dès les toutes premières minutes du film. A la recherche d'un nouveau travail, il est rapidement engagé comme détective privé dans l'agence dirigée par son beau-frère (Tornade). Au hasard d'une enquête, il se fait passer pour un riche industriel, spécialisé dans l'import/export. Dès lors, et bien malgré lui, il reçoit une commande, celle de trouver en quelques jours trois cent tonnes de malachite, avant de la livrer à bon port. S'en suit une interminable course contre la montre entre la France et l'Espagne, parsemée d'embûches, mais avec plusieurs millions à la clef...
Si Robert Lamoureux détient la réputation d'un metteur en scène à la fois autoritaire et méticuleux,
Impossible pas français ne représente pas l'exemple idéal afin de nous en rendre compte. Le scénario accumule les clichés, devenant ainsi vite prévisible, et la mise en scène frôle souvent l'inexistence malgré un indéniable sens du rythme. Les gags, sans atteindre un haut niveau, gardent donc toujours en eux une part d'efficacité, certes infime, mais le talent des comédiens permet de remplir la part du contrat restante, celle d'offrir aux spectateurs une comédie des plus correctes. Laissons donc aux intellectuels leurs goûts douteux, et continuons d'apprécier entre nous cette grande époque où les comédiens savaient montrer autre chose que leur derrière. A l'heure où notre cinéma se retrouve actuellement envahi par des
Michael Youn, Cauet, et autre Lagaf', qu'il est bon de respirer cet air franchouillard, tellement pur et sincère ! Certains diront de Mondy, Lefèbvre et comparses, qu’ils ont tourné une infinité de navets au cours de leur carrière ; à ceux-là nous répondrons que ces acteurs ont toujours réussi à y apporter un réel intérêt. Nous parlerons alors plus de "nanars". Ainsi,
Impossible pas français ne déroge pas à la règle. Leur moindre apparition est prétexte à sourire, de par une démarche, un ton, ou une simple grimace. Mais avec eux, rien n'est gratuit. Chaque geste semble avoir été longuement préparé et répété, au service avant tout d'une émotion et d'un caractère.
A leurs côtés, de sacrées "pointures" du cinéma français viennent également leur donner la réplique. Nous retrouvons ainsi Claire Maurier, Michel Creton, Jacques Marin et Robert Lamoureux lui-même. Déjà présent au casting de La Septième Compagnie dans la peau d'un des personnages les plus cultes de la saga ("
Mais pas si viiite !!", "
Tremblez pas comme ça, ça fait de la mousse !!", "
Le fil rouge, sur le bouton rouge, le fil vert, sur le bouton vert"), le réalisateur s'offre ici un tout nouveau rôle, certes moins marquant, lui permettant toutefois de partir dans de grandes tirades, non sans rappseler celles de ses premiers sketches. Au final, et à l'image de nombreux nanars (pour ne pas dire tous), l'oeuvre apparaît comme un petit film de vacances tourné entre "potes" : sympathique donc, mais pas révolutionnaire pour un sou !
Joyeusement mis en musique par Henri Bourtayre (le compositeur de
La Septième),
Impossible pas français revisite le road movie comique mais ne rencontre pas un immense succès. La faute revenant à un public certainement impatient de retrouver le Chef Chaudard et ses deux acolytes dans de nouvelles aventures. Effectivement, quelques mois plus tard,
On a retrouvé la Septième Compagnie réunit plus de trois millions de spectateurs dans les salles (se classant ainsi troisième dans le box-office de l'année 1975), et près de deux millions s'entassent pour découvrir
La Septième Compagnie au clair de lune en 1977.
Impossible pas français a donc clairement souffert d'un manque de préparation et d'une sortie précipitée, le résultat à l'écran en demeurant une preuve irréfutable. Cependant, et contrairement au titre, il nous semble impossible d'en vouloir à l'équipe, à son auteur/réalisateur ou à ses acteurs; ils ont simplement appartenu à un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, celui où le mot "liberté" avait encore un sens, cinématographiquement parlant. Faire une comédie, d'accord, mais en s'amusant avant tout ! Peu importe le résultat. La bonne humeur qui s'en dégage suffit effectivement à attiser notre sympathie à leur égard. Et il en faut du talent pour arriver à cela. Mais pour un Français, réaliser un nanar n'a jamais été impossible... Nous en sommes définitivement fiers !
Gilles Botineau