Par - publié le 07 novembre 2008 à 15h02 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 19h24 - 0 commentaire(s)
Récemment, Le chat qui fume, éditeur de DVD "autre", a sorti une collection de films de Jean-Marie Pallardy. Il y en a cinq (L'arrière-train sifflera trois fois ; Dossier érotique d'un notaire ; La donneuse ; L'amour chez les poids-lourds et Réglements de femmes à OQ Corral) et chacun en dit long sur le cinéma de cet amateur d'ambiances paillardes. Il est le représentant seventies d'un cinéma érotique à la française, gentiment désuet, entre innocence du touche-pipi et hardcore des inserts hard.



Le patronyme "Pallardy" rime avec paillard : on peut se demander s'il s'agit du hasard. Né le 16 janvier 1940, le réalisateur Jean-Marie Pallardy a commencé comme mannequin dans la mode avant de changer de voie par désoeuvrement et se diriger vers le monde du cinéma. A l’âge de 31 ans, il réalise son premier long métrage : L'insatisfaite. Dès le départ, l'ami Pallardy s’entoure d’acteurs comme Jacques Insermini, Georges Guéret, Willeke Van Ammelrooy, Jean Luisi, Jean-Claude Stromme, Gordon Mitchell, Jess Hahn, Mike Monty et de techniciens fidèles comme Max Monteillet à la caméra et Guy Maria (acteur dans Réglements de femmes à OQ Coral), Bruno Zincone pour le montage ou encore Eddie Warner, Olivier Toussaint et Paul de Senneville pour les bandes-sons. Mais Pallardy est avant tout un sacré narcissique qui n’aime rien que se mettre en scène dans ses propres longs métrages. Artistiquement, on est parfois en droit de trouver ça limite mais un noyau de spectateurs déviants, toqués de cinéma bis, prend généralement un plaisir coupable à exhumer certains de ses chefs-d’œuvre en péril. Historiquement, son cinéma est représentatif de son époque : Pallardy a commencé le cinéma érotique dans les années 70 et il est passé par une période libertaire à la moitié des années 70 où le softcore bascule au hardcore, la législation s’assouplissant, tolérant certains plans pénétrants. Pour les producteurs, la technique était trop bonne pour placer des inserts pornographiques sans tenir compte de la cohérence avec le récit. Il y a un film de Jean-Pierre Mocky, L’ombre d’une chance, qui a été réalisé à cette période et qui contient un insert hard.




Les (courageux) éditeurs du Chat qui fume ont eu envie de lui rendre hommage. Chaque DVD contient des suppléments élémentaires : Le journal érotique de Jean-Marie Pallardy (60 min) ; Le journal d’une restauration (14 min) ; les bandes-annonces de la collection ; et pas moins de 100 photos issues de la collection privée de Jean-Marie Pallardy. Au-delà de la curiosité, les films ne suscitent pas un intérêt fou. Certains films valent mieux que d’autres. Réglements de femmes à OQ Corral qui se revendique comme un western Rabelaisien tourné en Provence et dans le sud de l’Italie, s’avère à l’arrivée un grand moment de n’importe quoi où se mélangent des femmes aux formes généreuses et aux désirs insatiables, des fusillades et des gueules patibulaires. Les agitations vaines des comédiens uniformément mauvais peut désespérer comme amuser. Avec son titre cinéphilo-racoleur, L’arrière-train sifllera trois fois, tourné pendant le tournage de l’autre et ancré dans le silage des westerns sexy, contient toutes les composantes du style Pallardy avec beaucoup d'humour. Mais il faut aimer l’autodérision (Pallardy y joue un rôle assez improbable), les blagues grivoises, les personnages caricaturaux et l’absence de rigueur dans la mise en scène.



Egalement connu sous le titre "Erotisme à l’étude", Dossier érotique d’un notaire a été réalisé suite au succès public de son premier long métrage, L’insatisfaite et c’est l’un des Pallardy les plus pittoresques. Le personnage principal de notaire est incarné par Claude Sendron. La présence du panneau (toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé serait purement fortuite) rappelle les problèmes qu’il a connus à sa sortie. L’existence du film faillit être réduite à néant, étant donné qu’il est sorti en pleine affaire de Bruay-en-Artois, où en avril 1972, une femme fut trouvée assassinée dans un terrain vague. Les soupçons étaient portés sur un notaire et sa femme. Cette affaire avait pris une ampleur considérable en son temps, d’autant qu’elle a été prescrite seulement en 2004. L’assassin n’a toujours pas été désigné tandis que le notoire accusé a obtenu un non-lieu. Le film de Pallardy, lui, fut retiré de l’affiche le jour même de sa sortie et les bobines ont été saisies par la justice. Au tribunal, le réalisateur a dû prouver que son petit film n’avait rien à voir avec cette affaire. Certains lui ont pourtant reproché la ressemblance physique sur l’affiche entre Claude Sendron et le juge chargé de l’enquête au début de l’instruction. Autrement, l’un des films les plus intéressants de la sélection reste La donneuse, qui permet à Pallardy de "développer" le thème qui l'obsède le plus après lui : l’adultère, l’érosion du couple. En passant, on notera la présence de deux scènes hard dans un film qui à l’origine n’était (et n'est) pas présenté comme un film X.




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