Par Florent Kretz - publié le 30 janvier 2009 à 10h04 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 21h44 - 1 commentaire(s)
Il squatte déjà depuis quelques jours les bacs, il a sans doute pris possession d’une grande partie de vos salons, L’Incroyable Hulk débarque avec la ferme intention de se faire entendre dans la rude compétition pour se faire apprécier du public. Ayant déjà conquis une grande partie des spectateurs lors de sa sortie en salles l’été dernier, le géant vert le plus couru du tout Hollywood a mis les petits plats dans les grands pour ameuter à sa cause les plus indécis et les convier à un casse-dalle de tous les diables. Car bien plus que les traditionnels making-of et autres featurettes, le film de Louis Leterrier se laisse découvrir avec un nouveau regard : grâce à la pléiade d’interviews, de documents, d’illustrations et surtout le nombre affolant de séquences supprimées, L’Incroyable Hulk se révèle sous une forme beaucoup plus proche de celle envisagée par le cinéaste lorsqu’il fut attaché au projet, il y a plus de deux ans. Retour sur un film qui prend soudain une autre dimension lorsqu’on l’enrichit de tous les désirs, initiatives et visions rejetées pour des raisons plus ou moins légitimes.

Comme le dit si bien Louis Leterrier dans une vidéo retraçant une avant première du long métrage, à partir du moment où les spectateurs rencontrent pour la première fois une œuvre, celle-ci n’appartient plus à son auteur...
L’aventure s’arrête là, à cet infime instant durant lequel le projecteur révèle pour la toute première fois le spectacle au public, le travail de plusieurs longs mois trouvant ainsi une conclusion merveilleuse. Un deuil pour le réalisateur qui se voit bientôt soulagé par d’autres projets toujours un peu plus alléchants : tandis qu’il faisait la promotion de son Incroyable Hulk, Leterrier, passionné, reconnaissait volontiers être en pleine préparation de sa variation autour du Choc des Titans. Tout comme il confessait sans aucune prétention ni langue de bois les multiples désirs qu’il avait dû abandonner pour rendre plus homogène son adaptation des aventures du monstre de la Marvel. Et là où certains cinéastes profitent généralement de la sortie DVD pour retoucher leur métrage par soucis de minutie ou juste pour avoir le dernier mot dans les combats incessants entre réalisateurs et producteurs, Louis Leterrier préfère laisser tel quel son bébé, l’assumant totalement et ayant complètement digéré des choix qui se seront avérés par la suite plutôt judicieux. Ni trop long, ni trop court, ne se jouant jamais ni des vides, ni des enluminures, cette seconde adaptation des aventures du héros colérique inventé par Stan Lee et Jack Kirby semble avoir su s’offrir un parcours plutôt honorable partout où il se sera présenté.

Malgré cela, restaient toutes ces idées improbables et excitantes qu’évoquait Leterrier, bientôt relayées par son ami et illustrateur Stéphane Levallois mais qui avaient été mises de côté. Autant de concepts intéressants et de délires de fans qui auraient sans doute eu leurs places dans le métrage mais qui furent gardés en réserve, leur teneur dramatique ou la noirceur de certaines intentions n’étant certainement pas tous publics. Des morceaux de bravoures qui auraient certainement disparu dans l’oubli mais qui trouvent soudain un sens : au lieu de les faire disparaitre, les voici exposés aux yeux de tous, ne trouvant toujours pas une place légitime mais se faisant satellites sous-entendus et sous intrigues alternatives.
La démarche fait preuve d’un certain bon sens : si beaucoup considèrent leurs travaux comme des pièces en perpétuelles évolutions, on ne pourra que féliciter aussi ceux qui parviennent à trouver une certaine maturité et à présenter un certain sens de la conciliation. C’est le cas du réalisateur français qui, ayant passé le pas avec deux Transporteur, se trouve confronté à sa première grosse production américaine. Comment parvenir à conserver sa vision et à convenir aux dirigeants des studios : certainement en faisant des concessions. Déclinant tout d’abord l’offre de mettre en scène une aventure de Hulk, Leterrier pensant qu’on lui adresse une hypothétique suite du film de Ang Lee, il accepte à condition de livrer sa propre approche du personnage. Sans pour autant renier le travail fait par son prédécesseur, il se lance dans l’écriture d’un scénario humain et torturé, d’où la poésie à outrance d’un Lee inspiré a été évincée au profit de réelles situations dramatiques. L’ambition du réalisateur ? Faire cohabiter le divertissement pur et dur -ce que souhaite le public pour ce type de film- avec le développement psychologique et dramatique de l’un des personnages les plus appréciés de l’univers Marvel.



Aussi, tandis qu’il rédige une intrigue plus lourde mais carrément attractive, Levallois, ébauche, illustre, phantasme, griffonne et peint les premiers balbutiements d’un monstre amené à se lancer dans des combats titanesques. Tout y passe : alors que l’illustrateur imagine une lutte sanglante du colosse gris contre des ours polaires, le réalisateur rédige la scène d’ouverture, une séquence de suicide bientôt contrariée par l’apparition du Mr Hyde en puissance... Ceux qui auront vu le métrage le savent : il n’y a ni génocide animalier, ni disparition du héros dans sa première séquence. Et ceux qui se seront déjà procurés le film dans l’une de ses multiples éditions (simple, collector ou Blu-Ray disc) le savent : ces scènes existent! Pas forcément sous la forme que l’on désirerait... Quoi que? Et si cette fameuse tentative malheureuse de mise à mort de Banner avait été filmée et finalisée ? Et si on vous proposait de continuer l’expérience en vous délectant des illustrations du complices et narrant la baston qui s’en suit avec les bestiaux polaires ? C’est ce que propose finalement ces suppléments : découvrir les petits plus retirés pour alléger, pour que cet Incroyable Hulk soit incroyable pour tous y compris les marmots, incapables de saisir la gravité de l’acte du héros dépressif. Et pour les plus grands, une foule de sous intrigues ont été mises de côté et devraient ravir ceux qui trouvaient que le film se consacrait peut être trop aux destructions massives : un petit ami bafoué se voit gentiment retirer toutes ses scènes dramatiques dans le montage final mais les retrouve miraculeusement. On s’inquiète un peu plus des médias, des civils un peu plus loin. On reconsidère la puissance et les réelles motivations ailleurs. Mais surtout on s’apitoie un peu plus sur un Banner redécouvrant la société et la compagnie, craquant littéralement à un dîner entre amis, s’excusant de ne pouvoir aller plus loin sexuellement dans une séquence romantique...



Un personnage qui soudain se voit considérablement étoffé au travers de ces séquences mais aussi grâce au travail de Norton que l’on découvre totalement impliqué dans la construction narrative lors de plusieurs reportages. Impressionnant de le voir presque dicter certaines scènes à un Leterrier visiblement sous le charme. Et au détour d’un dialogue, on retrouve une idée étouffée par la production mais rappelée par Levallois : celle consistant à enfermer Banner avec sa compagne dans un véhicule, celui-ci ne pouvant s’énerver au risque de l’écraser de sa masse musculaire imposante… On y découvre aussi un nemesis, Blonsky, beaucoup plus acharné et profond et le personnage de William Hurt dans un grand numéro de cabotinage militaire ! C’est un peu tout cela que nous offre ces éditions impressionnantes : deux films pour le prix d’un ! Celui tant désiré d’une part, jamais refoulé, jamais oublié ! Puis celui accomplit, totalement assumé et apprécié par ses auteurs. Un DVD qui apporte un vrai plus, Leterrier ne refusant jamais de revenir sur l’idée et le résultat ou même ses influences. En témoigne même la présence d’une séquence d’un comics dessiné par Tim Sale (Hulk gris) et dont se sera inspirée l’équipe pour boucler la scène de la grotte... Assurément, on prendra autant de plaisir à redécouvrir le métrage et à dévorer les suppléments.
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