Par Arnaud Mangin - publié le 20 juillet 2007 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 19h16 - 0 commentaire(s)
Non, non. Nous ne parlerons pas aujourd'hui de la fameuse pente rocailleuse sur laquelle certains alpinistes s'amusent à glisser. Les rédacteurs de DVDrama sont trop agrippés à leurs claviers pour frissonner et/ou risquer de s'érafler le genou dans de beaux espaces naturels. La DVDthèque idéale se penche en revanche sur une petite curiosité du cinéma de genre des années 70 dans ce qu'elle savait faire d'efficace en terme de thriller, mais malheureusement un très grand oublié d'une manière générale. Etouffé par la popularité et les moyens archi-spectaculaires de ses congénères, puisqu'il jongle également sur le cinéma catastrophe modeste, Rollercoaster, dans son titre original, est également devenu une pièce très rare en DVD. Pourtant disponible sous la coupe d'Universal dans quelques braderies belges - mais dans une édition frisant l'anorexie - on n'aura jamais laissé l'opportunité au consommateur francophone de (re)découvrir en vidéo une pièce des blockbusters américains. Ne serait-ce que pour la grande source d'inspiration qu'il fut pour de nombreux succès futurs…

Le Toboggan de la mort (Rollercoaster) – 1977
De James Goldstone
Avec : George Segal, Richard Widmark, Susan Strasberg, Henry Fonda et Helen Hunt
Disponible (difficilement) en zone 2 belge et en zone 1 chez Universal.



Source d'inspiration, c'est même peu dire puisque quelques morceaux de bravoure de films d'actions des dernières années en ont repris les meilleurs ingrédients. Speed, Phone Game, ou même Une journée en enfer, pour ne citer que ceux-là, ont su jouer avec un certain sadisme sur la menace invisible et quasi-psychologique du meurtrier suffisamment malin pour terroriser à distance et dans l'ombre. La grande efficacité de ce type de film, et même si les exemples cités ci-dessus concernent des méchants interprétés par des têtes d'affiche vite identifiables, c'est de nourrir un doute perpétuel sur l'identité d'une personne dont on ne connaît que la voix et les exigences (voir la silhouette dans le tout aussi fascinant Randonnée pour un tueur quelques années plus tard). Une façon de prendre le dessus sur le héros du film auquel le spectateur est constamment accroché, devenant témoin d'une perte de contrôle progressive jusqu'au fameux retournement de situation – ou coup de bol –final inversant la balance. Les révélations sur le physique ou l'âge du psychopathe concerné laissent d'ailleurs parfois quelques surprises, ce qui est le cas ici.



Le cintré qui nous intéresse aujourd'hui s'appuie essentiellement sur une paranoïa terroriste qui le pousse à agir sur les plus grands extrêmes. Peut-être parce qu'il n'a pas le courage de mettre les pieds dans un manège à sensation, il décide d'en priver également les autres. Dans un Luna Park de quartier tout d'abord, où il envoie valdinguer les passagers d'un "Petit-Huit" à l'aide d'explosifs en guise de scène d'introduction dont s'inspire, volontairement ou non, un certain Destination Finale 3. Un attentat assez hardcore n'épargnant personne, y compris au sol (certains plans restent encore un peu effrayants) que le bonhomme revendique fièrement et qu'il tournera à son avantage pour un projet bien plus massif.


Le lieu du drame, le vrai, qui sert de scène à l'intrigue principale, c'est le gigantesque grand huit surplombant le parc d'attraction Magic Moutain de Los Angeles. Parce que bourré de visiteurs jusqu'à plus soif, l'homme de l'ombre trouve ici autant de victimes potentielles. La règle est simple : le directeur du Park est contacté par cet inconnu qui exige une somme astronomique (mais si peu pour un lieu si commercial) pour épargner les passager du manège, les rails étant piégés par une bombe. Moins de quelques heures pour prendre une décision et suivre les ordres sans le moindre écart. Si le technicien du manège ou les passagers qui se bousculent les uns après les autres pour s'amuser sont informés, la bombe explose. Si l'on essaie d'évacuer, la bombe exploser. Et si les autorités sont prévenues… la bombe explose, pardi ! Dès lors, l'agent du FBI Harry Calder (interprété par Segal) qui se baladait sagement en famille avec sa gentille fille (Helen Hunt, âgée de 14 ans) tente d'éradiquer la catastrophe en négociant, enquêtant discrètement, et essayant de découvrir le meurtrier caché parmi la foule.

Sur le papier, Rollercoaster ne réinvente donc rien de particulier et préfère se focaliser sur la grande efficacité du suspense malgré une unité de lieu qui limite forcément l'intrigue, mais qui en exploite toutes les ficelles possibles. Un peu comme Speed et Phone Game finalement. On compense ainsi également l'aspect faussement catastrophe du projet puisqu'il ne s'y déroule rien de vraiment explicite sur un plan visuel – et on économise ainsi un fric fou diront les mauvaises langues. Pour le côté angoisse, on en rajoute même une couche dans le loisir qui tourne mal façon Les Dents de la mer histoire de faire réfléchir à deux fois le spectateur lors de sa prochaine visite dans un parc à thème. Ainsi le film de James Goldstone se case sagement dans la "grande tradition" des thrillers populaires très premier degré des années 70 comme Les Pirates du métro avec Walter Mattau ou Un tueur dans la foule avec Charlton Heston, où mêmes les titres sonnent comme des classiques immédiats, en VO comme leurs traductions françaises. Souvent du réchauffé, mais jamais déplaisant.



Peu ou pas d'esbroufes pétaradantes – en général les seuls coups de feu sont échangés à la toute fin - dans ces intrigues qui ont longtemps fait la gloire des seconds films du dimanche soir de la première chaîne, mais un fil conducteur suffisamment bien ficelé pour maintenir l'attention pendant presque deux heures. Un petit exploit en soi aidé par une utilisation avant-gardiste et poussive du téléphone comme un jeu de piste dans les cabines du parc (ben oui, pas de portable à l'époque) se focalisant surtout sur le lien entre les personnages, et en particulier deux adversaires qui ne se sont jamais vus. Un jeu de chat et de souris reposant sur le ton de la voix qui clôturera même d'une façon audacieuse un final où le meurtrier, sur le point de s'en aller indemne, se trahira bêtement en lâchant un simple "Pardon" lorsque les deux hommes se bousculent par accident. Des artifices très simples pour servir un divertissement qui a, certes, pris un petit coup de vieux sur certains points mais qui conserve encore aujourd'hui cette chance inconsidérée de ne pas avoir fait l'objet d'un remake. Une occasion de plus de s'y intéresser…
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