Par Florent Kretz - publié le 21 août 2008 à 11h04 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 17h31 - 2 commentaire(s)
« C’est un film que je revois assez régulièrement. Je le trouve bancal, mais habité. Les péripéties sont assez rocambolesques, Gregory Peck comme souvent en fait des tonnes, Richard Donner n’a pas encore trouvé toute la puissance de son style qui explosera avec son Superman, certains effets sont d’une lourdeur un peu facile, mais la Malédiction reste néanmoins toujours aussi passionnant et angoissant 30 ans après sa fabrication. Au delà de son postulat post-Rosemary’s baby, c’est avant tout je crois parce que chaque séquence, mais absolument chaque séquence, se conclue sur un rebondissement encore plus critique que le précédent. Le film repose sur une succession de mauvaises nouvelles, toutes plus sordides les unes que les autres et en ce sens il est très efficace. Et puis il y a la musique. Formidablement démarquée des « Noces » de Stravinsky, elle reste extraordinaire. Le deuxième épisode est beaucoup moins efficace en termes de mise en scène, mais les morts y sont plus sadiques et le gamin joue également bien. Le troisième épisode est très faible dans sa fabrication, mais le scénario reste intéressant. »

Nicolas Boukhrief


Le 9 septembre prochain, l’un des classiques de l’épouvante des années 70 va repointer le bout de ses cornes avec sa sortie sur le support Blu-Ray. Comme beaucoup, Nicolas Boukhrief a été frappé par cette Malédiction de Richard Donner qui encore aujourd’hui possède une réputation assez avantageuse. Si la réussite du projet n’est pas à rappeler, peut-être pourrions-nous nous pencher, le temps de quelques anecdotes, sur le véritable calvaire qu’aura été ce tournage véritablement maudit…

L’un des sujets dont semblent être friands les spectateurs du monde entier au cours de cette période des 70’s est l’intrigue démoniaque. Pas uniquement celle qui ne se déroule qu’à l’intérieur du métrage mais aussi celle qui s’en extirpe. En effet, depuis que Roman Polanski a signé en 1968 son célèbre et exceptionnel chef d’œuvre Rosemary’s Baby, les foules sont majoritairement attirées vers les films à dominante satanique. Car il semble n’y avoir rien de tel qu’une histoire imaginaire qui soudain prend corps et qui transcende la fiction pour s’abattre sur les protagonistes l’ayant servi dans la réalité. Ainsi, après que beaucoup aient sué sur la paranoïa légitime de femme enceinte de la radieuse Mia Farrow, les passions se sont déchaînées autour des faits divers sordides qui entourèrent la sortie de l’œuvre relatant la naissance de la progéniture du démon. Si l’annonce du divorce du couple Sinatra/Farrow avait déjà fait coulé beaucoup d’encre à l’instar des disputes des jeunes mariés Polanski/Tate tout au long du tournage, c’est l’assassinat de cette dernière par les fidèles du hippie violent Charles Manson l’année d’après qui choqua la planète entière : la tragédie, à la dimension morbide d’une exceptionnalité rare, sera telle qu’elle couvrira le film et le réalisateur d’une aura de malheur qui les suivit longtemps après, Polanski s’enfonçant un peu plus dans cette horreur quotidienne en bouclant sa trilogie terrible entamée avec Répulsion (1965) et Rosemary’s Baby par un Locataire en 76 d’un pessimisme épouvantable. Lorsque, quelques années plus tard (1973), L’exorciste -adaptation d’un roman de Peter Blaty- est adapté par un Friedkin survolté, le succès est à nouveau là, les foules raffolant de ces terreurs aux étranges relents de vérité. Terrifiant, magistral, bouleversant, le film bat tous les records, conforté par une mythologie annexe au tournage qui fait les choux gras de la presse spécialisée : la folie de Friedkin, les accidents de Ellen Burstyn, les plateaux qui brûlent et les décès officient à merveille en tant que folklore dans lequel viennent se mêler aux réalités les fantasmes les plus dingues…


A la fin de l’année 1975, chacun cherche à profiter du gâteau que représente l’aubaine des films maudits par le démon lui-même : rien que pour 77, on prévoit L’hérétique -suite de The Exorcist par Boorman- et La sentinelle des maudits de Michael Winner et d’après un roman de Jeffrey Konvitz. Décidée de sortir un film avant ces deux là et de filer dans la brèche qu’a ouvert le film de la Warner, la Fox achète les droits d’un roman de David Seltzer nommé The Omen narrant les premières années de l’antéchrist fait homme. Persuadée que l’adaptation fera un boucan de tous les diables, la maison de production tente de convaincre plusieurs réalisateurs de s’atteler au projet mais sans réel succès. Seul Richard Donner -à l’époque yesman du microcosme télévisuel avec à son actif des épisodes de Kojak entre autres- accepte, profondément convaincu que le film sera un tremplin pour passer le cap et s’investir dans le circuit du long métrage. Si le futur réalisateur de Superman a en effet raison quant au potentiel de l’entreprise, il va pourtant se voir confronté à des problèmes qui jusqu’alors étaient relativement rares sur les tournages. Car le projet, baptisé originellement The Antichrist, sera bientôt victime de l’intérêt que certaines forces occultes semblent lui porter, l’oeuvre s’alignant dans la continuité des films maudits.


Tout commence dès la pré production, durant laquelle la recherche des rôles principaux se dévoile beaucoup plus compliquée que prévu : aucune des potentielles têtes d’affiche contactées n’accepte de participer. Charlton Heston, Roy Sheider, Dick Van Dyke… Tous déclinent l’invitation pour jouer le rôle de Robert Thorn, ambassadeur des Etats-Unis à Londres et futur papa « humain » du rejeton du Diable ! Seul William Holden précise qu’il participera à une éventuelle suite si le chaos ne s’est pas abattu sur le premier volet. Le personnage atterrit finalement chez Gregory Peck qui se fait une joie de lui offrir ses traits, négociant par la même occasion son salaire et un pourcentage sur les bénéfices définitifs -ce qui restera son cachet le plus élevé-. Une star pactisant avec le Diable et voilà que l’entreprise prend un peu d’ampleur. Pour incarner le petit démon, un long casting est alors organisé en Angleterre et ce sera finalement le tout jeune Harvey Stephens qui empochera le job après avoir agressé Donner ! L’équipe au complet, le tournage peut commencer et c’est à ce moment que la véritable malédiction va commencer, une des navettes conduisant les comédiens sur le plateau étant percutée par un autre véhicule… Plus de peur que de mal mais une étrange rumeur commence à se faire entendre : et si un esprit malin tentait de faire échouer la réalisation du film ? Les soupçons surnaturels sont bientôt réduits à néant par un Donner qui entend bien tourner son métrage quoi qu’il en coûte et ce même s’il doit sacrifier une de ses jambes avec le sourire : pris dans un carambolage, sa jambe se voit bloquée dans une portière et il faudra attendre plusieurs heures pour que les secours l’en sortent ! Le réalisateur garde le moral et évoque la malchance !


S’attirant les foudres des puissances occultes en refusant d’admettre la vérité et en s’obstinant dans son travail, Donner connaîtra beaucoup de soucis. Tandis que l’un de ses producteurs, Harvey Bernard, fait des repérages à Rome, un éclair manque de le foudroyer. Même topo pour les avions respectifs de Peck et de Seltzer, au départ de Londres, qui seront frappés par la foudre… Mais tout cela ne désabuse pas la fine équipe et encore moins les producteurs qui, ravis du coup médiatique que représentent ces faits divers, doublent littéralement le budget, le faisant passer à 2,8 millions de dollars. Quelques doutes se font tout de même de plus en plus présents… Surtout que les malheurs se présentent à la chaîne : alors que l’équipe part pour Israël où quelques scènes doivent être tournées, ils acceptent de prendre le charter suivant en échange d’une remise sur les tarifs. Bonne initiative puisque leur vol initialement prévu aurait pu devenir un aller simple pour l’enfer : au moment du décollage, une nuée d’oiseaux se prend dans l’un des réacteurs, plongeant l’engin dans le sol, celui-ci emmenant dans sa course une voiture que conduisait la femme du pilote, accompagnée de leurs deux enfants. The Omen se voit alors rebaptisé The Birthmark en espérant que la suite des événements sera plus clémente. Malheureusement : non ! Tandis que les incidents domestiques se font de plus en plus importants, c’est lors du tournage des plans comportant des animaux que tout dérape : une prise avec des rottweilers dégénère totalement, la doublure de Peck se faisant gravement attaquer et les dresseurs étant violemment molestés. De même, durant les quelques plans concernant la scène avec les primates : le babouin du zoo de Windsor s’énerve lorsqu’on lui présente son petit et la prise est interrompue, l’animal devenant incontrôlable…

Si les amateurs hardcores du film tente toujours d’ajouter quelques éléments à la mythologie entourant le métrage de Donner, il reste tout de même quelques épisodes touchant de près ou de loin l’adaptation qui semblent d’une étrangeté incroyable. Ainsi, si une partie de l’équipe sera délogée d’un hôtel suite à la découverte d’une bombe placée par l’IRA, c’est sans conteste le décès de la femme de John Richardson qui restera dans les mémoires. Quelques mois après la fin du tournage de la Malédiction, celui-ci se rend en compagnie de sa compagne sur le plateau d’Un pont trop loin. Mais pris dans un carambolage, il perd le contrôle de son véhicule : si lui n’est que blessé, sa femme, elle, est retrouvée décapitée… A partir de ce décès, la popularité du métrage est au plus fort, chaque tabloïd ou chaque supporter tentant d’enrichir l’aura morbide véhiculée par les actes démoniques du jeune Damien. Ainsi, la mort d’Anthony Nicholls, interprète du Docteur Becker, est aussitôt affiliée à la série noire puisqu’il lâche son dernier soupir le 22 février 1977... à l’âge de 75 ans ! La fiction est bientôt transcendée par les délires du public et la maison de production joue la carte du film maudit à 200% plusieurs mois encore après avoir découragé toute concurrence en sortant le bébé en avant première le 6 juin 1976, ces derniers retirant leurs productions pour ne pas être à leur tour maudits ! Mais rien n’arriva pourtant… Et toutes les rumeurs s’éteignirent petit à petit, Gregory Peck tardant à décéder (en Juin 2003), tout comme sa compagne dans le film, Lee Remick, qui connut une grande carrière télévisée avant son décès en Juillet 91.


Comme prévu, William Holden devint l’acteur principal du second volet durant lequel rien de surnaturel n’arriva (tout comme pour le 3ème épisode et le téléfilm qui suivit)… Explosant les records d’entrées en salle, The Omen devint culte et trouva sa place facilement par son ton plus grand public que les œuvres de Polanski ou de Friedkin. Quelques années plus tard, d’autres films furent eux aussi frappés de malédiction (Amytiville en 1979 et Poltergeist en 1982) et connurent, assez logiquement, un succès considérable, la seule vraie malédiction du film de Donner étant d’avoir eu la chance de connaître les joies d’un remake sous l’œil expert d’un John Moore maudit ! Et qu’en est-il du jeune Damien lui-même ? Il refusa de continuer une carrière de comédien ! Comme quoi, tout n’était pas si terrible dans cette aventure.
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