Par - publié le 15 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 15 octobre 2009 à 19h30 - 0 commentaire(s)
Sorti de manière confidentielle dans les salles françaises, Troupe d'élite, de José Padilha, film-choc très impressionnant entre documentaire social et néo-polar, mérite d'être redécouvert même si l’ambiguïté, la même que l'on retrouvait dans le cinéma de William Friedkin dans les années 80, peut être mal comprise.



1997. Les milices armées liées au trafic de drogue contrôlent les favelas de Rio. Rongée par la corruption, la police n’intervient plus sur le terrain. Les forces d’élite du BOPE (Bataillon des opérations spéciales de police) sont livrées à elles-mêmes dans leur lutte sans merci contre les trafiquants. Mais le maintien de l’ordre a un prix : il est de plus en plus difficile de distinguer le bien du mal, de faire la différence entre l’exigence de justice et le désir de vengeance. Le Capitaine du BOPE Nascimento est en pleine crise : en plus de risquer sa vie sur le terrain, il doit choisir et former son successeur, dans l’espoir de quitter cette vie de violence et de rester auprès de son épouse, qui s’apprête à donner naissance à leur premier enfant. Neto et Matias, deux de ses recrues les plus récentes, sont amis d’enfance : l’un est un as de la gâchette, l’autre refuse de transiger sur ses idéaux. A eux deux, ils seraient parfaits pour le poste sans être sûr qu’ils s’en tireront vivants...



Avec une caméra sous haute tension, José Padilha plonge tête baissée dans les slums de Rio et capte un quotidien bouillonnant sans la moindre concession. Pour cela, il se base sur l’expérience de l'officier Nascimento, joué par Wagner Mora, qui appartient à ces unités d’élite chargées de traquer les barons de la drogue ; et ce n’est pas pour autant qu’il propose un contrepoint rassurant aux événements. Sa voix-off qui guide le récit met tout le monde dans le même sac (les flics ripoux sont des guignols ; les étudiants, des irresponsables ; et les dealers, de la vermine). Ce regard permet d’une part d’infiltrer un milieu corrompu dont il connaît les principaux acteurs ; et, de l’autre, d’opposer ceux qui vont le remplacer : deux jeunes recrues zélées qui partent avec autant d’atouts que d’handicaps. Il en résulte un mélange très efficace de documentaire et de fiction.


Toutes les utopies humanisantes des idéalistes et les larmes de crocodile des familles sont proscrites ; José Padilha filme une jungle dépravée avec les muscles de ses intentions. Mais les images qu’il propose sont si intenses que certains n’ont pas hésité à remettre en cause la notion - ambiguë - de point de vue. C’est toujours le risque lorsqu’on veut dénoncer un fléau ou asséner une vérité : on peut parfois louper sa cible. Certains ont même parlé de fascisme au sujet de Troupe d'élite, y compris un critique américain du respectable Variety, Jay Weissberg, qui parle d’un "film de recrutement pour voyous fascistes". Or, il n’y a pas à dénoncer, juste à montrer. Et le film n’est jamais dupe de cette réalité, en grande partie responsable du fossé social brésilien. Le réalisateur ne tombe pas non plus dans l’autre travers qui est celui de l’esthétisation de la violence même si des artifices proches du jeu vidéo sont utilisés - essentiellement dans la première partie - pour impressionner au maximum, notamment au niveau du son et du montage (un score gonflé de rap et de rock brésilien, des couleurs trafiquées, une caméra tournoyante). Peu étonnant d’ailleurs si le film évoque le bruit et la fureur des premiers Hector Babenco (Pixote, la loi du plus faible) ou plus récemment l’uppercut de La cité de Dieu. Ce descendant direct made in Brésil fait éclater une vérité que là-bas, tout le monde connaît mais que personne n’ose montrer. Depuis, c'est devenu un phénomène de société.


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