Premier film que Jun Fukuda réalise pour la série des
Godzilla en 1966 (il commettra en tout et pour tout cinq nanars avec la créature atomique dont
Le fils de Godzilla, 1966,
Godzilla vs. Gigan, 1972 ou encore
Godzilla vs. Mechagodzilla en 1974), il est également le réalisateur tâcheron de
La guerre de l’espace (1977) autre film du cinéma bis nippon. Avec ce nouvel opus, la série des
Godzilla continue sur sa lancée de la confrontation des grands monstres depuis le second opus
Le retour de Godzilla (Motoyoshi Oda, 1955). Contre la bête née de la radioactivité, on retrouve le papillon géant Mothra, défenseur de l’humanité et que Godzilla avait déjà affronté dans
Mothra contre Godzilla (Ishirô Honda, 1964) ou encore Ebirah, le homard géant, monstre des profondeurs, dont c’est ici la première apparition.
GODZILLA, EBIRAH ET MOTHRA : DUEL DANS LES MERS DU SUD (Ebirah horror of the deep/ Gohira, Ebirâ, Mosura : nankai no daiketto) 1966
Un film de Jun Fukuda
Avec Akira Takarada, Kumi Mizuno, Akihiko Hirata, Jun Tazaki et Taru Watanabe


Yata, un marin, a disparu lors d’un naufrage dans les mers du Sud. Son frère, Ryota, est persuadé qu’il est toujours en vie. Alors qu’il remue ciel et terre entre l’administration de Tokyo et la presse nationale, personne ne semble le croire. Il décide alors de participer à un concours d’endurance de danse pour remporter le premier prix, un yacht, afin de partir lui-même à la recherche de son frère. Arrivant trop tard au concours il rencontre néanmoins deux jeunes gens un peu voyous qui l’emmènent sur un port bondé de bateaux à voiles. Visitant l’un d’eux, ils sont surpris par un homme armé qui se dit être le propriétaire. Acceptant qu’ils passent la nuit sur le navire, ils sont surpris le lendemain matin de se retrouver en pleine mer. En effet dans la nuit, Ryota a largué les amarres pour les mers du Sud. Les ennuis commencent vite avec une tempête déchaînée et par l’apparition d’un monstre aux pinces géantes. Le navire broyé par les forces de la nature, les quatre hommes font naufrage sur une île mystérieuse. Sur celle-ci, une inquiétante organisation criminelle, les Bambous Rouges, prépare un mauvais coup. Alors qu’ils sont poursuivis par ces terroristes qui asservissent les populations des îles environnantes, le petit groupe de résistants manque de réveiller le terrible Godzilla qui sommeille au cœur de la roche. Sur une île voisine, une tribu rend hommage au grand Mothra par des prières et des chants. Ils pensent qu’il les délivrera du joug des Bambous Rouges. Très vite la menace s’amplifie, les terroristes développent leur programme nucléaire, le grand Godzilla sort de sa torpeur tandis que l’horrible Ebirah interdit toute fuite en bateau.


C’est sur cette trame narrative tarabiscotée que le cinéaste trouve prétexte à l’affrontement des monstres. La ritournelle des effets spéciaux cheap tourne à fond, depuis le sempiternel costume de latex de Godzilla jusqu’aux miniatures que ce dernier piétine avec joie en passant par le papillon géant contrôlé par des filins et des surimpressions plus qu’approximatives, le film conserve sans sourciller son charme de film de science-fiction de série Z. Car les effets spéciaux ne sont pas les seuls à pâtir du manque de moyens, les décors de studios en carton pâte, les scènes à l’intérieur du complexe militaro-industriel aux mille boutons clignotants laissé sans surveillance et les costumes toujours impeccables malgré plusieurs jours passés dans la jungle sous la pluie, tout le film confine à l’approximation, aux invraisemblances et à la facilité narrative. Ainsi les quatre jeunes gens à peine arrivés sur l’île trouvent-ils une épée abandonnée qui leur permet de suite de se nourrir des fruits suspendus dans les arbres. De même ils accèdent au cœur du réacteur nucléaire sans que celui-ci ne soit surveillé par aucune sentinelle, ou encore la tribu vénérant Mothra est-elle caractérisée par des vêtements hawaïens pendant que les danseuses font bouger leurs fesses dans des chorégraphies risibles accompagnant des chants tout aussi navrants, une esthétique tribale qui n’est pas sans rappeler la caricature des primitifs dans le premier
King Kong de 1933. Les exemples abondent mais l’intérêt (relatif) du film est bien sûr ailleurs.


Le film démontre lui-même toute l’autodérision dont fait l’objet dorénavant la série. Les notes d’humour et de grotesque achèvent toute velléité de se prendre au sérieux. Alors que Godzilla se confronte pour la première fois à Ebirah, les deux monstres se renvoient une énorme pierre à tour de rôle donnant l’impression qu’ils sont entrain de disputer un match de tennis. De même un peu plus tard, alors que les avions des terroristes débarquent, une musique yé-yé fait son apparition pendant que le géant atomique s’exerce à la danse, détruisant par ses gestes amples et frénétiques les coucous sans défense. Les monstres sont devenus des caricatures d’eux-mêmes et le danger atomique semble bien fade face à l’explosion finale ridicule. L’un des quatre jeunes gens, sauvé par le papillon géant, dira lui-même que « les hommes doivent apprendre à vivre avec cette arme redoutable ». Nous sommes très loin de la condamnation sans appel de l’arme nucléaire développée par le premier opus d’Ishirô Honda en 1954, non seulement le meilleur de la série mais surtout le seul à traiter avec sérieux et angoisse du péril atomique.


David A.