Par Kevin Dutot - publié le 30 novembre 2007 à 07h02 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 11h41 - 4 commentaire(s)
Le Nanar du mois (avec un grand N) est à mettre en relation avec l’épatant dernier film de Robert Zemeckis qui recèle bien plus de surprises qu’il n’y paraît ! Si La légende de Beowulf est une étonnante réfléxion sur le statut de héros légendaire, on ne peut pas en dire autant de la version mise en scène par Graham Baker (qui depuis n’a plus rien fait, on est triste). Beowulf donc, film de 1999 avec notre Christophe préférée, pas celui qui dit les mots bleus, l’autre... Souvenez vous de Vercingétorix, dernière grande leçon de « tout ce qu’il ne faut pas faire au cinéma », découvrez aujourd’hui Beowulf, qui, n’en déplaise à Florent (notre cher chroniqueur amoureux de Totophe, on n’y peut rien c’est comme ça) est un véritable nanar. Réunissant les plus grands créateurs d’effets spéciaux du siècle dernier, un casting profondément investi et un réalisateur particulièrement attaché à l’évolution dramatique de son récit, Beowulf est une merveille de vidéo-club, un DVD de grande braderie que tout bon cinéphile se doit d’avoir dans sa collection (à côté de Vercingétorix, nous ne le répeterons jamais assez !)...


La Terre a traversé de nombreuses crises et cataclysmes. Les hommes vivent dans la peur et dans l'obscurité car les ténèbres voilent désormais la lumière du soleil. Dans cet univers hostile, erre un homme maudit et solitaire, Beowulf, fruit des amours interdites d'une mortelle avec le diable. Pour vaincre le monstre qui est en lui, Beowulf doit combattre le mal. Son plus redoutable adversaire est une créature tapie dans les combles d'une forteresse. Invincible, d'une sauvagerie sans nom, elle tue quotidiennement puis disparaît dès l'aube... « Ouaaah, ça à l’air vraiment super ! Allez viens on le loue ! »

Commençons par l’exposition, tout en subtilité. Malheureusement le film démarre tout de suite très mal... La faute à une terrifiante vision (j’ai entendu « Christophe », qui a dit « Christophe » ?), celle du château. Merveilleusement incrustée à l’image avec un vértitable souci du détail et une ambiance sonore du plus bel effet, cette titanesque soufflerie bruitée à la bouche est donc présentée comme le seul et unique élément de décor du film. L’intrigue s’y déroulera... Bien, l’unité de lieu est donc révélée ! Ou presque, la clairière autour du méchant château qui crache du feu est également habitée par des barbares qui pilonent à tout va de belles mexicaines... Pas de mauvais jeux de mots, les autochtones du film s’amusent en effet à découper en morceaux gentes demoiselles et damoiseaux s’aventurant hors du château. On ne comprend pas très bien, d’autant que le chef barbare porte un casque cornu d’excellente facture et semble aussi terrifiant qu’un méchant Ken en rogne. Pour ce qui est de l’unité de temps, c’est plus difficile...


Concrètement, nous n’avons aucune idée de la période durant laquelle se déroule l’histoire. Si l’on peut facilement imaginer que le réalisateur a sciemment brouillé les pistes en proposant un mix d’époques entre moyen-âge, futur post-apocalytpique et science-fiction, le tout ressemble à un monde bourré d’anachronismes où l’on se sert de glaives électriques, de pont-levis et où les vetements ont des fermetures éclairs. C’est foncièrement laid et sans aucune logique réelle mais bizarrement ça fonctionne... quelques minutes. A l’instant même où le personnage de Beowulf entre dans le château, les ennuis commencent. D’ailleurs c’est vachement compliqué de prononcer son nom et personne n’arrive à se mettre d’accord sur un « Beowulf » correct ! L’un dit Beewoulf, l’autre Béowoolf et la nana en fond de cadre s’entraîne dans son coin et se repète Beawaoulf. Bref, ils sont pas aidés... C’est que Christophe Lambert impressionne ! Utilisant son flegme légendaire à outrance, il passe d’une émotion neutre au néant émotionnel en un claquement de doigts. C’est miraculeux. Le regard vitreux, légèrement blanchi au niveau du cuir chevelu et avec sa tête des bons jours (à savoir qu’il ne sourit pas mais presque), Totophe compose ici un rôle de haute voltige. Littéralement. Il faut jeter un coup d’oeil aux galipettes du monsieur qui sautille et pratique saltos et sauts périlleux avec la grâce d’un panda ! Peu crédible en Yamakasi, Lambert se sauve de toute situation grâce à son outil anti-gravité qui lui permet de courir sur murs et plafonds avec une agilité toute relative... Passée la surprise des cascades, on peut par la suite s’intérresser au semblant de scénario qu’une bande de sacrés rigolos ont écrit. Là, c’est carrément n’importe quoi...


Dans l’ordre, on croise donc un gentil comédien noir américain faisant office de petit blagueur et qui se doit, le temps d’une séquence, de faire mine d’être attristé par la perte de son oncle. Plus crédible, tu meurs. On s’aperçoit également que la belle Rhona Mitra fait office de potiche géante et gagne toujours plus en décolleté à chaque scène. La pauvre comédienne, obligée de déblatérer des lignes de dialogues particulièrement affligeantes, se retrouve constamment reléguée au second plan et débarque toujours au moment opportun. Une baisse d’intérêt pour le film ?! Paf, on balance le poitrail de Rhona... Cachez ces seins que nous ne saurions voir. Christophe Lambert est mauvais dans le film, certes, mais c’est sans comparaison avec son collègue Götz Otto qui n’a pas toujours été désastreux mais qui laissé ici en roue libre devient le personnage le plus risible du film ! C’est d’ailleurs ce qui sauve ce long-métrage, on se marre bien ! Le clou du spectacle restant tout de même les deux séquences érotiques, calibrées téléfilm du dimanche soir sur M6 (aaah ce bon vieux temps...), avec une mégapouffe coiffée gaufrette qui se jette sur le Roi du château et lui lèche le nez et le front (!) avec un véritable entrain. Elle se dénude, fait exploser le soutif (enfin ce qu’il en restait) et lance des bruits de jouissance évocateurs... C’est fort, et monté en parallèle avec de mystérieuses révélations, on pourrait décerner à cette séquence un petit prix de rien du tout : la scène de cul la plus naze de tous les temps.


Point de vue mise en scène, c’est le néant total. Les séquences d’action sont chorégraphiées avec un véritable gôut pour le n’importe quoi et luttent contre toute logique... Le chevalier/soldat du futur Rolland, qui fait preuve d’une « grande » adresse, d’une « maîtrise » totale des armes et du combat à mains nues lors d’une première séquence, est aussi doux qu’un agneau et réactif comme mon grand oncle lorsqu’il se confronte à Beowulf ! Histoire de bien montrer qu’il est tout de même super fort ce Totophe. Il ne faut pas non plus en vouloir au réalisateur qui tente de se dépatouiller avec un budget somme toute assez limité offrant au métrage une ribambelle d’effets visuels tous aussi merveilleux les uns que les autres. Le monstre du chatêau est une tâche. Voilà. Enfin une jolie tâche toute rose, qui se déplace très vite, de sorte qu’on ne la voit pas très bien. Ce qui n’est pas plus mal. Son alter ego féminin, que l'on découvrira au terme du film, n'a pas d'égale dans l'histoire du cinéma. Toutes périodes confondues... Si l'on devait parler de ce que nous évoque ce monstrueux tas d'effets spéciaux loupés, on serait susceptible d'avoir des ennuis. Sachez juste que cela ressemble étrangement à une araignée couplée à de l'anatomie féminine charcutée à la cisaille ! Du grand art...


Enfin, vous l'avez compris, Beowulf est une réussite à bien des égards : les morts sont ridicules, les comédiens jouent à qui sortira la réplique la plus naze (Rhona Mitra prend la tête assez vite et malheureusement dans un second temps, perd sa première place au profit de la comédienne blonde gaufrée qui va enchaîner les dialogues miraculeux)et les explosions, cascades et autres effets visuels de belle facture semblent ne gêner pesronne si ce n'est le pauvre spectateur obligé de lutter afin de comprendre ce que cette masse rose tente de faire à ses victimes... Bref, Robert Zemeckis n'a qu'à bien se tenir. Car de ce chef d'oeuvre découle une scène finale instantanément culte où devant la destruction massive du château et face à la mort de tous les personnages principaux, Rhona et Totophe se tapent une grosse barre. Oui, vous avez bien entendu ! Christophe Lambert rit alors rien que pour ça, plus une seconde à perdre, jetez vous sur Beewoulf ! Béowaoulf... Béoau... Bref, allez y de notre part ! C'est nous qui régalons.
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