Second opus de la quadrilogie des
American ninja (étrangement renommés
American warrior en français) on retrouve ici les personnages Joe Armstrong et Curtis Jackson tenus respectivement par le blondinet Mickael Dudikoff et le massif afro-américain Steve James. Deux ans après les premières aventures de ces deux rangers, une vague de disparitions de Marines sur l’île de Saint-Thomas dans les Caraïbes inquiète les autorités américaines. Pour enquêter et débusquer les kidnappeurs, les deux rangers sont envoyés en renforts. A peine arrivés sur place, ils profitent d’une petite escapade sur une île paradisiaque pour se mesurer à leurs adversaires, un groupe de ninjas à la solde d’un milliardaire qui souhaite créer une armée invincible de ces redoutables assassins pour régner définitivement sur le monde de la drogue.
LE NINJA BLANC (1987)
American ninja 2: the confrontation
Un film de Sam Firstenberg
Avec Michael Dudikoff, Steve James, Larry Pointdexter, Gary Conway et Jeff Weston
On l’a bien compris l’intrigue bidon est prétexte à aligner un maximum de combats avec un minimum de logique et le film, réalisé par Sam Firstenberg en 1987, n’est q’un des nombreux ersatz de films de karaté qui pullulent alors dans la production américaine des années quatre-vingt. Le concept est simple, après avoir pendant des années importé les films d’arts martiaux venus de Hong-Kong, films dont les distributeurs américains n’avaient aucun contrôle, il était temps pour l’industrie cinématographique américaine de fabriquer ses propres films avec ses propres héros et thématiques nationales. Au revoir les conflits complexes entre les différentes écoles d’arts martiaux au passé ancestral et aux enseignements confucéens, bouddhiques ou autres, bonjour les personnages manichéens symboles du bien contre le mal et vecteurs des vertus patriotiques de l’Oncle Sam.
La série des
American ninja sert le propos au plus près et nous raconte l’histoire de ce jeune homme athlétique, amnésique de son enfance. Embrigadé dans l’armée et posté aux Philippines, le héros blondinet bien propre sur lui va révéler ses facultés extraordinaires de combattant. Des bribes de souvenirs lui reviendront, ceux d’un étrange entraînement auprès d’un maître japonais de ninjutsu, l’art furtif de l’assassinat, au plein cœur de la forêt. L’origine asiatique de cet art du combat est donc reléguée à de minces souvenirs et l’assimilation occidentale est totale. Non plus seulement japonais, le ninjutsu est dorénavant une technique internationale maîtrisée indifféremment par des groupuscules terroristes et autres méchants ennemis de l’Amérique.

Le second film de la série se passe allègrement de toute scène d’exposition, le spectateur étant censé connaître les deux personnages des rangers dans le film original. Le cinéaste nous plonge dans les combats de rue sans autre forme de mise en place narrative et l’on s’ennuie ferme très vite. Défaut majeur du film, et pas des moindres, les combats sont tout simplement indigestes et parfois même ridicules. Mis à part un travail de montage catastrophique, les ninjas déboulent aussi bien sur la plage, dans un bar, ou sur le marché si possible à la vue de tout le monde. Il faut rappeler ici que le ninjutsu est avant tout une technique de la furtivité, de la cachette et de la dissimulation. Pas assez cinématographique me direz-vous alors sortons-les en plein jour !
Autre ineptie narrative, les ninjas sont réputés pour maîtriser tout un arsenal d’armes plus mortelles les unes que les autres. Tir à l’arc, fléchettes, shuriken, sarbacane, lance, sabre et autre chaîne fléau, ils ont l’habitude de ne prendre aucun risque et de tuer leurs ennemis si possible à distance. Notre héros américain n’a, lui, que ses poings pour se défendre mais son habileté surhumaine lui permet de déjouer toutes les attaques sans beaucoup d’efforts, pour preuve la permanente du blondinet toujours intacte au cours du film. Ici il faut laisser son sens critique au placard tant les invraisemblances sont cruelles et pathétiques. Le travail même de la chorégraphie des combats est d’un niveau qui rase les pâquerettes ! Les producteurs américains n’avaient pas encore eu l’idée d’importer les artistes martiaux de Hong-Kong pour venir dynamiser leurs films de baston quelque peu mous du genou. Il faut aimer les combats au ralenti ou chaque coup porté met des plombes à s’effectuer, le combat se déroulant par à-coups d’une lenteur abyssale.

Mikael Dudikoff se dévoue donc pour la partie ninja du métrage mais un bon film d’action américain sans pétarades et autres explosions massives serait comme une femme sans seins. Steve James est heureusement là pour booster le taux de testostérone nécessaire au spectacle. Ses muscles tout gonflés, il ne perd pas une occasion de se faire déchirer ses vêtements pour exhiber son corps sculpté en salle de musculation. Les combats sont tellement lents qu’on se surprend à regarder les abdos du bonhomme ou bien encore son tour de cuisse et ses mollets, histoire de nous rappeler, à nous pauvres spectateurs, combien nous sommes laids et gros à force de manger du pop-corn et autres sucreries qui accompagnent ce type de films. Histoire d’enfoncer le clou, monsieur James se la joue grand séducteur en lorgnant sur le corps sublime d’une vraie féline au regard charmeur. Là encore il nous rappelle (à nous pauvre spectateurs donc) combien nous sommes soit seuls (type asocial ou geek enfermé devant sa télévision) ou bien très mal accompagné (les jeunes femmes très séduisantes appréciant les films de bourrins étant désormais une espèce disparue).

Pour les vrais amateurs de films sur les ninjas, il est désormais conseillé d’éviter ces produits de grande consommation sauf si vous êtes un inconditionnel des oeuvres involontairement drôles. Pour les plus costauds d’entre vous, testez les quatre films à la suite histoire de mesurer votre seuil de tolérance à la douleur rétinienne et/ou zygomatique, la quadrilogie se surpassant en niaiseries au fur et à mesure des épisodes. Pour ceux qui cherchent des longs-métrages intéressants sur le sujet, mieux vaut revenir aux classiques japonais des années 60 avec notamment la série des
Shinobi no mono dont Raizô Ichikawa interprète le rôle titre. Pour les curieux qui penseraient trouver dans ces productions bas de gamme de quoi satisfaire leur intérêt en matière de techniques secrètes d’assassinat, remballez vos mirettes et penchez-vous sur les quelques livres qui dévoilent quelques aspects historiques et techniques de ces sectes japonaises rompues à l’espionnage et au meurtre commandé.
David A.