A mesure que la Chine s’épanouit et retrouve dans le monde, le rang que le XIXe siècle n’aurait jamais dû lui enlever, son cinéma national se complaît à chercher dans ses productions, des raisons de l’appuyer. Ainsi, c’est à cette aune que l’on doit saisir Les 3 Royaumes, la fresque de notre John Woo revenant, comme d’autres d’ailleurs, de The Warlords en passant par Battle of wits.

Retour sur un mouvement de fond
A mesure que ce pays-continent retrouve les moyens d’investir dans l’établissement d’une grandeur en devenir et cela sur tous les plans, les cinéastes chinois se risquent dans des productions des plus osées et notamment à fort contenu historique. Et force est de constater que le mouvement semble ne pas devoir s’arrêter et qu’il s’éloigne en grand de la vague contestataire que l’on retrouva en Corée quelques années en arrière. Ainsi, que l’on considère Tsui Hark et son flamboyant Seven Swords ou que l’on s’arrête sur L’Empereur et l’assassin, on ne peut décemment faire abstraction de cette tendance lourde qui vise à l’édification d’une nation sur des bases à la fois historiques et idéologiques.
Ainsi, dans une veine plus ou moins discrète, des sujets jusqu’à leur traitement héroïque, le cinéma chinois, qu’il soit continental ou non, n’a de cesse de s’aventurer vers un passé aussi riche pour ses récits que prompt à une relecture politique des temps présents. En effet, comment ne pas concevoir derrière le retour en force de la période des Qin sur nos écrans, une volonté d’affirmer face aux défis à venir et après les pesanteurs maoïstes, une unité qui soit à la fois propre au nouvel empire chinois et seule à même d’entraîner dans un nationalisme tout empreint de fermeté, un pays tout entier.

Car derrière le vernis de ses combattants antiques qui luttent pour l’efficacité et l’unité politique, se trouvent des œuvres littéraires qui sont fondatrices de l’identité Han ou des scénarii écrits pour servir l’actualité d’un régime qui ne cesse de s’affirmer. Et l’on ne peut dès lors que saisir derrière l’afflux de tant de films historiques, une tendance fraîche mais reconnaissable, celle d’un nationalisme au mieux conquérant et fier, au pire symptomatique. Cela est d’ailleurs d’autant plus vrai que la majeure partie des financements obtenus pour la production de tels films sont à rechercher non pas du côté des Etats-Unis, mais bel et bien du côté des autorités via des sociétés spécifiquement constituées, voire des investisseurs « étrangers », qu’ils soient issus des territoires rattachés ou de la diaspora.
Le cinéma comme affirmation de la puissance
Certes, le phénomène en soi, conjoncturel à l’heure actuelle, n’a rien de contestable mais l’on peine à apprécier dans ces œuvres dont on ne reniera en rien la qualité, ces germes d’une revendication qui n’ont rien de commun avec les positions autrement plus tranchées d’un Kubrick antimilitariste et d’un Kurosawa particulièrement critique dans les récits qu’ils offrirent de leurs pays. Evidemment, les Etats-Unis dans cette optique n’ont jamais été en reste, en termes de nationalisme et de valeurs conservatrices, que l’on considère à la fois Démineurs, Les Bérets verts, Rambo ou Rocky. Mais il faut bien reconnaître que cela surprend depuis l’absence du meilleur ennemi des Etats-Unis et que la place ici prise incite à une attention aussi curieuse que lucide.

Car la Chine, dans la diversité de ses productions historiques et cela quels qu’en soient les auteurs, n’a de cesse de proposer un discours fait de fermeté, de sacrifice et plus encore d’autorité, au seul bénéfice d’une unité des plus réductrices et d’un pouvoir qui, in fine, apparaît comme impossible et illégitime à contester. Par conséquent, d’Héros de guerre jusqu’au sublime diptyque que forme Les 3 Royaumes, tout en passant par le très déprimant dernier film de Jet Li (le Royaume interdit), c’est un pouvoir tout entier qui s’affermit et bombe le torse à l’écran, en même temps que s’affirme enfin l’imaginaire d’un peuple qui avait grande peine jusqu’alors à s’y retrouver. Or, puisque les dimensions de cet Etat sans commune mesure ailleurs ôtent toute pertinence à la moindre comparaison, on ne saurait que regarder - non sans profit – l’évolution profonde qui dans nos salles se traduit.


L'histoire : En 208 après J.-C., l'empereur Han Xiandi règne sur la Chine pourtant divisée en trois royaumes rivaux. L'ambitieux Premier ministre Cao Cao rêve de[…]
