Chaque mois, il est au mieux un DVD qui retient notre attention et mérite que l’on s’y attarde. Pour son image, pour sa bande sonore ou pour ses suppléments. Cette fois-ci, le plus digne de louanges n’est rien d’autre que l’édition de
Les Faussaires sortie par France Télévision ce 10 septembre 2008. En effet, outre le métrage de Stéphane Rukowitzky et la belle tenue de sa navigation, ce volume se caractérise par un supplément de choix, ou plutôt par la mise au centre des bonus d’une personnalité qui irrigue toute l’histoire du film : Adolf Burger.
Personnage haut en couleurs, ce dernier au gré des deux suppléments que sont
Entretien avec Adolf Burger et
Les images de l’avant-première française se présente à nous comme l’un des rares survivants d’une époque sanguinaire par trop unique dans l’Histoire, celle qui donna naissance à l’horreur du massacre industriel : l’abjection génocidaire. Portée par une faconde étonnante et un souci du détail que seul peut expliquer la mémoire de l’insoutenable, ce dernier nous décrit ainsi les différents moments de cette période. Pour mieux raconter mais aussi pour pleinement se souvenir et transmettre son histoire, celle d’un homme doué pour la contrefaçon et qui aura eu la chance de représenter malgré sa judéité une valeur pour l’autorité nazie. Doué pour les faux et précédé d’une réputation bien ancrée dans les registres de police du temps, notre homme a assisté à la tentative de déstabilisation économique qu’initièrent les caciques nazis à l’encontre des puissances alliées. Tentés par le fait de produire de grandes quantités de coupures aussi fausses qu’impossibles à repérer, notre homme a suivi et participé à ce qui reste l’une des plus grandes opérations de fausse monnaie de l’époque contemporaine.

Ainsi, si le récit de
Les Faussaires est juste, il n’est pas moins impressionnant dès lors qu’il est énoncé et mis en réalité par les mots d’un témoin direct, de surcroît survivant de cette époque ô combien impitoyable. Car l’audace d’une telle aventure et la folie d’une telle démarche n’eurent pas d’autre cadre que l’un des camps de concentration les plus meurtriers de toute la Seconde Guerre Mondiale, celui de Sachsenhausen. Typographe et imprimeur de son état, Adolf Burger fut en effet sauvé du sort tragique qui l’attendait à Auschwitz Birkenau là où il fit déporté par la seule justification qu’il était l’un des faussaires les plus précieux détenus dans les camps. Et c’est ainsi qu’il se retrouva accompagné d’autres de ses coreligionnaires de la fausseté, acculé à devoir produire pour les besoins du IIIe Reich les plus beaux faux du temps – documents mais surtout bons du trésor, Livres Sterling et surtout dollars. L’intention outre l’enrichissement des cadres responsables de cette idée était volontairement politique et consistait à faire décrocher de leurs cours, les monnaies de leurs adversaires afin de ralentir leur effort de guerre et de paralyser une part non négligeable de leurs sociétés.
De fait, retrouver au cours de presque une demi-heure de suppléments, la figure d’Adolf Burger surprend et impressionne. Au point que chaque minute passée à le suivre conter ces semaines d’avant sa capture et celles qui suivirent, sont la meilleure publicité à faire à l’heure actuelle à une édition DVD digne de ce nom. Passionnantes et érudites, les deux interventions de notre homme qu’elles soient mises en scène ou laissées à la seule bienveillance d’un public d’une salle venant de voir le film, ne s’oublient pas. L’homme est attachant et son propos édifiant de colère rentrée, d’amertume quant au sort intenable qu’on fit supporter aux siens. Et ce n’est pas rien d’ajouter qu’en sus de cela, ce dernier semble être porté par une foi sans égal en la parole et dans le souvenir du drame innommable. Animé par une énergie qui dépasse de loin ces quatre-vingt dix ans, notre homme est poussé par le devoir de faire connaitre et de sans cesse rappeler. Que c’est possible, que cela a existé et qu’il est hélas toujours facile de l’oublier…

Dès lors, cette édition de
Les Faussaires fait plus que satisfaire son acheteur et lui donner le gage d’un achat réussi et véritablement valorisant pour le métrage mais aussi pour son spectateur. On ne peut donc qu’inciter au visionnage de ce volume et au plaisir de leurs découvertes, tous ceux qui aimèrent
les Faussaires au cinéma et plus encore ceux que l’Histoire intéresse. Alors, félicitons-nous donc de voir de tels suppléments garnir les allées de notre disquaire numérique préféré car ceux-ci témoignent d’une véritable considération du potentiel client, tout en offrant un magnifique document.