Par Jean-Baptiste Guégan - publié le 22 janvier 2008 à 05h01 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 12h35 - 0 commentaire(s)
Une voix et un regard à nulle autre pareils, une carrière digne d’une destinée, c’est ainsi que l’on pourrait aborder l’histoire d’Amour que Jeanne Moreau entretient avec le cinéma. En effet, malgré les années, le poids du succès et celui de son passé, la native de Paris persiste à séduire et toujours y parvient. Et c’est aux côtés d’Amos Gitaï (Désengagement) que bientôt, nous la retrouverons pour marquer si besoin était, son irrésistible longévité.


Celle qui s’est déjà affichée à plus de quatre vingt dix sept génériques, s’est imposée avec les années comme l’une des comédiennes les plus importantes de son temps. Qu’elle ait tourné pour Godard, Truffaut, Welles, Losey, Malle, Antonioni est déjà impressionnant mais ce qui l’est plus encore, c’est cette trajectoire enchanteresse faite d’images en mouvements et de personnages à incarner qui dure depuis bientôt soixante ans.

Parvenue à l’âge canonique où les actrices devenues des légendes souvent s’effacent, Jeanne Moreau reste humble et semble ne jamais devoir partir ; Actrice hors pair qui se refuse à la tyrannie du souvenir, elle demeure ainsi au firmament d’un cinéma français qui ne saura ni ne pourra la remplacer. Figure incontournable de tout cinéphile, la femme est en effet plus forte encore que l’artiste et a toujours su se renouveler à la ville comme à l’écran.


A l’instar de Simone Signoret, Romy Schneider, Catherine Deneuve ou Marlene Dietrich, Jeanne Moreau fait partie des femmes que l’on a aimées au cinéma et qui ont accepté avec profit, de vieillir à nos côtés. Jeune, elle fut éblouissante de beauté dans Jules et Jim, effrayante dans La mariée était en noir ou simplement amoureuse et éperdue dans Les Amants. Tour à tout bouleversante dans Moderato Cantabile ou glaçante dans Ascenseur pour l’échafaud, elle n’a su que réussir là où tant eurent à échouer. Ainsi, la vit-on se risquer chez Marguerite Duras (Nathalie Granger) ou donner par son timbre seulement, de l’ampleur et de la grandeur à une Indochine de fiction (l’Amant), avant d’incarner purement et simplement l’auteur dans Cet Amour-là pour José Dayan. De même, osa-t-elle passer de Rainer Werner Fassbinder (Querelle) à Luc Besson (Nikita) sans négliger de tourner pour Jacques Demy, Claude Autant-Lara, Roger Vadim, Elia Kazan (Le dernier nabab) ou notre cher Jean-Pierre Mocky.


Foisonnant, éclectique et insensé, les mots se bousculent à l’heure de qualifier l’extraordinaire voyage à l’écran de la belle Jeanne, elle qui mérite qu’on lui consacre le temps nécessaire pour apprécier tous ses talents. Car cette éblouissante femme à l’envie insatiable et au sourire enchanté n’est pas qu’une actrice ni même l’égérie ou l’amie de cinéastes qui sont parmi les plus grands. C’est également une dame d’action et de création qui chante, écrit et a réalisé trois films (Lillian Gish, L'Adolescente et Lumière) tout en se permettant le luxe d’être honorée par tous les festivals du monde tout en organisant en parallèle depuis des années, une formation cinématographique exigeante, les Ateliers d’Angers.


Ancienne de la Comédie Française et de ce TNP si cher à Jean Vilar, celle qui fit ses premiers pas sur les scènes de théâtre avant de goûter à l’exaltation des plateaux a déjà tant prouvé. Et pourtant, nullement elle n’arrête de faire ce métier qui la passionne, la chérit et depuis peu ne cesse de la récompenser.


Ainsi, bien que pléthore de nominations et un Prix d’interprétation au Festival de Cannes en 1960 pour Moderato Cantabile de Peter Brook aient déjà célébré son talent, le temps est venu pour elle d’être justement applaudie et acclamée. En 1991, la Mostra vénitienne l’honora du Lion d'or pour l'ensemble de sa carrière avant que la France ne la reconnaisse véritablement en 1992 avec le César de la meilleure actrice pour La Vieille qui marchait dans la mer et un César d’honneur trois années après. Et pour ne pas être en reste, ce seront autour des Oscars et de la Berlinale de la saluer pour son apport à l’industrie et à l’art qu’elle a contribué à faire aimer.

Elle qui naquit le 23 janvier 1928 mérite de fait amplement qu’on la reconnaisse ainsi aujourd’hui et qu’une dernière fois, l’on se saisisse de son anniversaire pour mieux rappeler l’immense actrice qu’elle a toujours su être et qu’elle est. Alors, oui, de ce visage candide et maladroit d’Echec au porteur aux rides creusées de la Vieille qui marchait dans la mer, les jours ont passé. Mais la pellicule possède en elle un miracle, le pouvoir du cinéma : celui de toujours conserver leur fastueuse beauté et les plus mémorables de leurs traits, à ceux qui l’impressionnent.


Et Jeanne Moreau est justement de ces étoiles qui jamais ne disparaîtront et qui ne cessent de briller au firmament d’un panthéon cinéphile qui ne saurait les oublier. L’instant semble donc venu de la remercier pour ces soixante années, nous qui pourtant sommes ses enfants ou de récents découvreurs, avant de lui souhaiter plus qu’un heureux anniversaire : une suite encore longue à son inestimable carrière.

On notera à ce propos qu’Arte Vidéo profite de l’occasion et sort en son honneur le jour de son anniversaire, le 23 janvier, un superbe coffret reprenant Ascenseur pour l’échafaud, Les Amants et Feu Follet, trois films réalisés par Louis Malle et disponibles jusqu’alors seulement à l’unité où cette dernière s’illustre et rayonne comme jamais.
Vos réactions


logAudience