Par Thobias Richard - publié le 05 février 2009 à 03h03 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 21h59 - 0 commentaire(s)
Les amateurs du jeu vidéo se seront sans doute jetés sur le DVD ou le Blu-Ray de ce nouvel épisode inédit de la mythique franchise. Depuis hier, le très attendu Resident Evil Degeneration est disponible dans les bacs ! Et, ô surprise, le long-métrage de Hiroyuki Kobayashi se révèle ultra fidèle à l’univers du jeu avec ses monstres horribles, ses mutations ignobles et ses zombies déambulant, hantés par une fringale sans fin. D’ailleurs, ce sont ces derniers qui, aujourd’hui, nous intéressent. Car au détour d’un gag ou de différentes attaques, le metteur en scène semble laisser deviner quelques uns de ses points de vue, aussi bien sur le genre horrifique dans lequel il s’essaie que sur la société dans laquelle il s’épanouit. Retour sur ce métrage événement accompagné de quelques idées franchement hallucinées !



Peut-être que la blague a été pensée uniquement en matière de rebondissement humoristique? Sans doute ne s’agit-il que d’une boutade pour amorcer la crise zombiesque que connaîtra l’aéroport en début de métrage ? Ou peut-être est-ce la signification du point de vue de Kobayashi sur le genre lui-même ? En effet, quel est la vraie place de ce militant « enragé » et grimé en zombie pour dénoncer les méfaits d’un groupe pharmaceutique ? Pas plus de pistes que cela pour expliquer ce parti pris troublant… d’autant plus quand l’homme derrière des jeux tels que Devil May Cry 4 ou Killer 7 -ou encore les épisodes 3, 4 et 5 de la franchise en question- nous avoue très sérieusement lors d’une conférence exclusive ne s’être jamais inspiré des maîtres en la matière ! « Rien », insistera-t-il, « nous ne nous sommes inspirés d’aucun métrage existant ». Ainsi les zombies de Kobayashi seraient uniques et ne seraient que des morts en quête de proies faciles pouvant servir d’encas avant le gueuleton final. Difficile à croire surtout lorsque l’ensemble de l’intrigue se concentre autour du commerce de médicaments et des chantages honteux envers les minorités… Tout y passe discrètement, le discours ne pouvant pas non plus se montrer trop acerbe, bien évidemment, car provenant d’une adaptation d’un best-seller du video game. Mais la tentative est honorable et s’inscrit tout de même discrètement -et inconsciemment de la part de son auteur ?- dans la plus pure tradition des films du genre.



Car tout le monde se souvient de la richesse insoupçonnée du genre : hormis quelques néophytes ou fascistes de la pellicule ne pouvant admettre la conciliation des sujets graves avec le cinéma de genre (ce dernier se faisant souvent parfaite métaphore), le film de zombie aura été reconnu depuis maintenant un bail comme un sous-genre contestataire et dénonciateur. Le pape suprême n’ayant plus à être présenté, rappelons juste ses coups de gueule glorieux : que ce soit l’intolérance et le racisme, la société de consommation, l’âme fascisante et la déshumanisation ou la pauvreté et la politique pro Bush, le monsieur se révèlera comme l’un des grands cinéastes à message, là où d’autres ne cernaient visiblement pas les ressources du genre. Pour exemple, rappelons comment un même sujet prenait soudain deux sens plutôt surprenants : si Romero se faisait détracteur d’une société perdant son âme en se servant des non morts comme portraits virulents, le plan d’une prière musulmane et les quelques scènes coupées du remake de Snyder révélait une Armée des morts plutôt tendancieuse.


Sortant en pleine occupation économico revancharde de l’Irak, cette reprise du chef d’oeuvre Zombie mettait en lumière l’action en dépit de la réflexion : si le défonçage de sosies valait pour sa dimension jouissive et purement bête et méchante, les vidéos d’un Ken Foree pastoral expliquant l’invasion zombie telle une nouvelle épidémie, après le HIV, et ce pour punir l’abandon du mariage et les homosexuels semblaient franchement houleuses. Au fil des choix de films, le cinéaste s’étant fait de gentilles réputations, nous reprendrons en insistant sur la puissance que représente le genre et toute sa difficulté à le gérer.



Bien sûr, beaucoup se contentent d’un rien et ne se servent du genre que pour sa force attractive et la démence de l’action que celle-ci peut impliquer. Le film de zombie étant plus que jamais à la mode, rien que dans les mois à venir, une pléiade de bandes bourrines devraient sortir ! Espérons seulement qu’elles ne seront pas que de nouvelles resucées de tout ce qui a déjà été vu… En attendant, Resident Evil Regeneration semble se positionner entre les deux. Les fesses clairement posées dans le domaine de l’adaptation de gameplay consistant à dézinguer systématiquement aberrations de la nature et autres chimères, l’intrigue balance pourtant quelques coups ici et là. Sans doute pour intéresser le public non joueur et peu concerné… Certainement pour crédibiliser son histoire en la plaçant dans une structure sociale réaliste… Ainsi, le film de Kobayashi soulève quelques questions pas inintéressantes : quand un lobby pharmaceutique lance quelques épidémies pour mieux vendre les sérums ; lorsque les manifestations se font de plus en plus nombreuses ; quand certains sont laissés à des morts certaines ou que la survie devient un commerce, on ne peut que mettre en parallèle ces trames narratives discrètes avec certaines réalités peu glorieuses.



D’autant plus que le métrage ne se fait jamais l’outil du manichéisme primaire. Chaque personnage dispose de certaines ressources et d’une vraie ambiguïté. Si les patrons salops, n’hésitant pas à passer avant les mômes, sont décrits d’emblée comme des monstruosités capitalistes, ils sont généralement eux même les victimes de quelqu’un… Peu d’humanité donc dans cet épisode, les figures héroïques se dévoilant finalement assez iconiques là où justement c’est la victimisation des requins qui fascinera. Passionnera même lorsque l’enflure de service prendra les traits d’un alter mondialiste primaire… Obligation tout de même du parcours balisé, le scénario restera très proche de la simplicité agréable des synopsis de jeux vidéos. Mais force est de constater que ces initiatives sont les bienvenues surtout quand, après trois longs-métrages, c’est la première fois qu’elles sont subtilement proposées. Pour cela, on ne pourra que vous conseiller de vous jeter sur ce Resident Evil Degeneration qui, certes, est un peu plus conseillé pour les adeptes du jeu vidéo mais permet tout de même de passer un agréable moment.
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