Véritable phénomène dans les salles du monde entier,
Mamma Mia ! semblait un pari gagné d’avance. Et pourtant loin de mettre en scène la troupe qui se montra dans la plupart des grandes capitales, un autre choix d’incarnation fut retenu, celui de personnalités à l’image forte et à la notoriété établie. Or, de tels candidats risquaient davantage. En effet, ceux qui allaient être retenus devraient chanter les paroles d’Abba et plus encore danser. Véritable choix de carrière pour certains,
Mamma Mia ! représentait donc une opportunité autant qu’une envie de modifier profondément une image souvent compassée. Retour sur image.
Meryl Streep, de Lions et Agneaux à Mamma Mia !Connue pour ses rôles dramatiques et pour ses prestations toute en nuance et mesure, l’héroïne de
Sur la route de Madison semblait ne pas correspondre au profil idoine recherché pour incarner la mère débauchée d’une charmante nymphette en quête d’un père. Et pourtant, après avoir joué la Cruella de la mode dans Le Diable s’habille en Prada, le pari enchanta l’inimitable actrice que l’on croyait abonnée aux seules prestations d’exception (
Le Choix de Sophie,
Kramer contre Kramer ou
Out of Africa). Restait néanmoins à convaincre et à pousser la chansonnette tout en dansant comme une furie…
Et force est de constater que Mary Louise Streep de son vrai nom s’en donna à cœur joie et remplit pleinement ses engagements. En effet, qui a vu
Mamma Mia ! ne peut oublier ses entrechats ou la scène fabuleuse et enjouée où elle traverse en courant toute l’île pour finalement se retrouver sur le port pour y plonger. Incroyable de dynamisme, d’ardeur et d’espièglerie, celle qui fut nommée à quinze reprises aux Oscars a réussi avec ce film, l’une de ses prestations les plus populaires. Et plus sûrement encore l’une des plus risquées. Sans conteste, nombreux sont les acteurs à refuser de s’aventurer dans le comique ou à ne pas satisfaire leurs spectateurs lorsqu’ils s’essaient à des registres plus légers. Pour un Tom Cruise décati dans
Tonnerre sous les tropiques ou hâbleur dans
Magnolia combien d’aventures incertaines et périlleuses pour tant d’autres. Que l’on imagine Catherine Deneuve à l’heure actuelle faisant la même chose et l’on n’est point sûr malgré tout son talent qu’elle se hisse à nouveau au niveau de maîtrise de Madame Streep ou simplement à celui qui fut le sien du temps de Demy ou plus récemment du
8 femmes d’Ozon.
Ainsi, rien n’est plus facile que d’avouer l’enchantement décalé que nous a procuré avec
Mamma Mia ! celle que l’on croyait faite pour camper la gravité, le sérieux et une certaine forme de sensibilité. D’aucuns diront que par nature et nécessité, ce sont les exigences de son métier mais n’oublions pas que du haut de ses cinquante neuf printemps, Meryl Streep en parait trente cinq et sautille comme une enfant exalté que l’on s’échine à user. Et quel sourire ! Quel enthousiasme pour un film qui in fine fut pour elle autant une récréation qu’un grand moment de comédie exaltée. En effet, on n’est pas prêt d’oublier son Gimme, Gimme a man after midnight ou ses aveux les cheveux au vent alors que Pierce Brosnan lui fait face. De fait, marquant à nouveau sa stature de grande actrice,
Meryl Streep avec
Mamma mia ! a encore montré à tous que ses possibilités étaient infinies, démultipliant les facettes à laquelle on la restreignait. Et pourtant sur le film de Phyllida Lloyd, il en est d’autres qui surprirent plus encore que celle qui campa Donna.
Une bande de garçons hallucinanteImaginer tout d’abord que notre 007 préféré puisse accepter de camper un bourgeois au style inimitable et qu’il s’essaie à chanter, cela semblait impossible de prime abord. Et pourtant, c’est bien Pierce Brosnan que l’on retrouve aux côtés de la prima Donna. Et il s’éclate au moins autant que ses comparses alors qu’il semblait impossible de voir apparaître l’ancien Remington Steele sous de tels traits. En effet, si Daniel Craig a repris le costume de l’espion le plus secret de sa Majesté, son prédécesseur s’amuse dans
Mamma mia ! à ruiner avec gourmandise cette image si patiemment travaillée et sophistiquée qui lui collait à la peau. Ainsi, si l’on songe à la scène finale où on le voit ventre à l’air, habillé en rocker psychédélique à paillettes ou à celle où il parait cheveux longs et prompt à entonner la chansonnette, on en reste bouche bée. Dès lors, est-il juste de remarquer que si
Meryl Streep a enrichi sa palette, Pierce Brosnan a su s’en débarrasser. De mémoire de spectateur en effet, il n’est pas de films récents où ce dernier ait tant osé et plus encore, accepter de se pareillement se ridiculiser. Pour seulement faire rire et éventuellement s’ouvrir à de futures propositions.
Car avant d’être une comédie musicale sur fond de tubes suédois,
Mamma Mia ! est la plus belle preuve de polyvalence qu’un comédien puisse donner. Et ce n’est pas Pierce Brosnan, chanteur occasionnel et qui devrait le rester, qui affirmera le contraire. En effet, si Roger Moore et
Sean Connery s’y sont parfois essayés avant lui, tout comme d’autres acteurs fameux, il est assurément le seul sur les dernières années à avoir autant sidérer son auditoire. Non par sa propension à perdre ou prendre des kilos mais bien par sa capacité à faire rire en étant irrésistible là où on ne l’attend pas ! De fait, si l’on ajoute à cela la prestation du très romanesque
Colin Firth ou celle de Dominic Cooper (
The Duchess) notre jeune premier, on doit reconnaitre que
Mamma Mia ! est l’une des plus jouissives réussites de l’année. Par conséquent, c’est avec une gourmandise assumée que l’on retrouvera en DVD et Blu-Ray ce modèle de comédie musicale populaire et déjantée.