Réalisé en 2006 sous la houlette des producteurs
Steven Spielberg et
Robert Zemeckis,
Monster House est une excellente comédie d’animation à l’humour décapant qui a su en étonner plus d’un. Véritable hommage aux films fantastiques pour ados réalisés par la clique John Landis,
Joe Dante et Zemeckis dans les années 1980, ce feu d’artifice visuel décoiffant de Gil Kenan est à la fois teinté de cette dimension gothico-fantastique à la
Tim Burton et de cet humour présent chez les cinéastes cités ci-dessus. Aujourd’hui, à l’occasion de la sortie en salles de La cité de l’ombre, du même cinéaste, nous vous proposons un scan séquence consacré à l’introduction du film qui parvient, en quelques minutes, à instaurer une atmosphère globale, révéler les ambitions du film et contextualiser le récit. Entre rupture de ton, continuité de l’oeuvre de Zemeckis et références multiples, les premiers instants de
Monster House méritaient bien une petite analyse... C’est désormais chose faite !






Tout commence par une macrophotographie... « Regardez de plus près » nous dit-on. Il s’agit d’une feuille d’arbre, morte. A première vue cependant, on pourrait presque y voir une texture humaine, incarnée, quelque chose de nervuré et étrangement vivant. Alors mort ou vivant ? C’est la question que l’on se posera sur la maison du film. Mais nous n’en sommes pas encore là et la feuille se détache, balayée par une bourrasque de vent qui lui fait quitter sa branche. Intelligement, légitimant l’utilisation d’un plan large et surélevé, le premier plan spacialise l’intrigue. Nous sommes dans une banlieue américaine tout ce qu’il y a de plus banale, en automne... Nous pouvons voir une grue au loin, qui jouera un rôle primordial dans le film. Quelques indices se dissimulent déjà puis nous descendons peu à peu, en suivant la feuille morte, à hauteur d’humain. Il s’agit là d’une utilisation habile de la dimension de fait divers donnée aux films à suspense, comme pouvait en user Alfred Hitchcock dans
Les Enchaînés (la manière de choisir son personnage principal) ou
Frenzy (le long travelling du début qui définit le lieu de l’action)... Nous suivons de façon très arbitraire cette feuille, qui aurait très bien pu finir ailleurs, dans un autre quartier et qui nous aurait raconté une toute autre histoire mais il semblerait qu’elle nous emmène suivre une fillette. Si vous vous souvenez de la plume de
Forrest Gump, symbole de la légèreté et de l’innocence, ou du ticket d’or dans
le Pôle Express, ticket pour un retour en enfance, cette feuille ne vous est pas inconnue. Il s’agit bien là de la marque de fabrique de
Robert Zemeckis qui s’est toujours amusé à suivre d’une caméra aérienne les objets les plus délicats et subtils qui nous entourent. Ici, cette feuille, qui se balade comme un fantôme, représente quelque chose de bien plus sombre et annonce un thème fortement connoté : celui de la mort.
Jouant immédiatement sur son statut de film d’animation, immédiatement assimilé à un film pour enfants,
Monster House démarre sur un joli pied-de-nez... Celui de prévenir le spectateur qu’il ne s’agit pas là d’un film enfantin comme les autres mais bien d’un film d’horreur. Cette petite gamine sur un vélo, qui se promène dans sa gentille et proprette banlieue rappelle l’introduction enneigée de
Gremlins nous présentant la petite ville où se situe l’action. Là, les feuilles mortes remplacent la neige et cette petite gamine, blonde et énervante qui chantonne par dessus l’air joué par la bande orginale. Le quartier fait néanmoins beaucoup plus penser à celui d’
Halloween de
John Carpenter qu’à une banlieue rassurante.
Cette enfant, seule et allant bien trop vite sur son tricycle, perce le trottoir à une vitesse fulgurante et en poussant la référence jusqu’au bout on pourrait comparer cette séquence à la très inquiétante scène de
Les Dents de la mer où la jeune et jolie blonde se jette dans la gueule du requin. Elle aussi va très vite, elle court, semble très enjouée, passe devant une série de clôtures assez inquiétantes, rappelant parfois les dents aiguisées d’un terrible prédateur mais semble ne pas se soucier du danger qui la guette... Nous continuons à suivre la feuille morte, qui se faufile au gré du vent et des courants d’air, le rythme s’accélère, le chant se fait de plus en plus désagréable. La fillette si adorable est désormais peu aimable. Puis un bruit sourd et la feuille, qui suivait la petite fille, s’arrête sur le trottoir. Plus un son, la douce rumeur du quartier. La gamine est désormais hors champ et la feuille hésite, virevolte légèrement, butte sur une faille et repart, entraînée par un nouveau coup de vent. On repart donc en arrière, là où nous avons perdu la petite fille. La feuille se prend dans les rayons de la roue avant du tricycle... Une violente contre-plongée, passant sous la pelouse (un plan emprunté au passage de la caméra sous le plancher dans
Apparences de
Robert Zemeckis), nous révèle le regard inquiet de la gamine mais également sa pauvre situation... Elle est littéralement bloquée, piégée. Elle ne peut plus bouger. Nous comprenons alors que cette vue est une vision subjective... La pelouse serait-elle vivante, guettant la proie qu’elle vient de prendre en otage ?





Puis la feuille s’éloigne, partant au loin vers le seuil d’une maison qui détone avec le reste du voisinage. Elle porte deux fenêtres à l’étage, comme deux grands yeux, une barrière qui lui sert de gueule et une porte faisant office de bouche. Délabrée, abandonnée ? La maison semble pour le moins inquiétante. Les arbres qui ornent le jardin sont déjà effeuillés et le panneau « Keep Away » confirme explicitement qu’il ne vaut mieux pas s’aventurer ici. Nous arrivons à la fin du parcours de la petite feuille qui vient s’arrêter sur le pas de la porte. Cette dernière s’ouvre doucement dans un bruit lourd de porte grinçante et de l’ombre sort un visage de vieillard. Puis tout son corps s’extirpe de la maison et vient agresser directement la gamine qui malgré son regard et ses pleurs ne parvient pas une seule seconde à attendrir le vieil homme. Il vient lui enlever son tricycle, la fait fuir et casse finalement l’objet... Par la suite, rentrant chez lui, essouflé par tant d’efforts, il jette un dernier coup d’oeil derrière lui (face à nous) pour cibler le regard de son voisin d’en face. La caméra se précipite vers la fenêtre de l’autre côté de la rue où se trouve un jeune garçon, épiant avec un téléscope. L’hommage à
Fenêtre sur cour est évident...Le gamin, qui prend des photos à travers son engin sort un cliché de polaroïd et marque un commentaire par-dessus. En une fraction de seconde, le récit a basculé dans une autre dimension, et dans un point de vue différent... celui du voisin d’en face. Le personnage principal et ses ambitions sont annoncés. Il joue à l’espion depuis plusieurs mois si l’on en croit la multitude de photos qui jonchent son bureau et semble très intéressé par les exactions de son voisin. Ainsi en quelques minutes,
Monster House vient de rompre l’idée que nous pouvions nous faire du film en promettant une histoire bien plus sombre qu’il n’y paraît et dans la plus pure tradition des comédies horrifiques des années 1980... Le jeune ado correspond parfaitement au stéréotype du personnage et la petite banlieue américaine semble l’endroit parfait. Le tableau est plus ou moins posé, il ne reste qu’à déclencher l’action.