Inspiré du livre de Gore Vidal,
Myra breckinridge met en scène Raquel Welch, John Huston, Farrah Fawcett et le critique Rex Reed dans son premier rôle. Le film relate la vie tourmentée d'un ex-critique de cinéma transsexuel venu à Hollywood pour devenir comédien(ne). Se faisant passer pour la veuve de l'homme qu'elle était dans son ancienne vie, elle va se jouer de son oncle, un ex-cowboy de série B, qui est devenu un escroc de bas étage. Elle trouve même un agent pour se charger de s'occuper de sa carrière. S'inscrivant au cours d'acteur studio de Buck Loner Academy, elle emprunte le nom de Myra Breckinridge. Sa vie va se résumer en trois mots : sexe, argent et aventure. Sous sa nouvelle apparence, elle cherche à percer dans le milieu, mais aussi elle profite de sa plastique pour expérimenter les plaisirs charnels les plus fantasques, ce qui offre des scènes intimes truculentes et originales.
Avec
Myra breckinridge on a à faire à une superbe satire de l'époque, doublée d'un violent pamphlet envers le machisme. Réalisé à l'aube des années soixante-dix, le tournage de
Myra breckinridge ne fut pas de tout repos, la plupart des interprètes ayant signé pour un film dont le scénario les dépassait. L'adaptation du livre, qualifié à l'époque de proprement diabolique, n'est pas loin de la folie ravageuse des premiers Russ Meyer. Le côté déviant et libertin porté à l'écran était assez rare pour l'époque et son héros androgyne qui change de sexe l'était encore moins. Pourtant, deux producteurs de la Fox achetèrent les droits pour la bagatelle de 900 000 dollars. Gore Vidal, l'auteur du roman, participa au premier jet de l'adaptation cinématographique. La Fox fit appel à un tout jeune cinéaste, Michael Sarne. C'était un chanteur reconverti à la réalisation, qui n'avait jusqu'alors qu'un seul film à son actif. Le cinéaste possédait pourtant un style très hippie qui séduisit les producteurs, ceux-ci pensant qu'il pouvait rassembler un public jeune assez large. Le choix crucial pour interpréter le personnage de Myra se porta sur la superbe Raquel Welch. L'actrice considérée uniquement comme une poupée Barbie trouva dans ce personnage un challenge de taille. Elle prit se rôle à cœur afin d'affirmer son talent d'actrice et faire taire les a priori à son égard. Interpréter un homme devenu femme était à ses yeux une très belle opportunité pour sa carrière.

Pour interpréter l'agent croqueuse d'homme, le réalisateur pense à Mae West, une célèbre actrice des années 1930. Mais, avec ses 76 ans au compteur, elle n'avait plus mis les pieds sur un tournage depuis 30 ans. Pourtant, Mae y trouva elle aussi, une opportunité incroyable pour faire son come-back. Son rôle haut en couleurs permit d'offrir au film quelques passages de très bon goût. Par exemple, lorsqu'elle reçoit un des acteurs déguisés en cow-boy, elle lui demande "
Tu mesures combien sans ton chapeau ?" Il lui répond "
1m98". De là, avec un grand sourire, elle dit "
Oublions les 1m80, et occupons-nous plutôt des 18 centimètres". Pour le rôle de l'oncle Cow-boy, John Huston fut choisi, malgré les demandes insistantes de Mae West de vouloir à la place Mickey Roney. Pour jouer l'alter ego du personnage Myra Breckinridge, à la stupeur de tout le monde, le réalisateur choisit un acteur non professionnel en la personne du critique Rex Reed. Un très bon choix au final, il révéla un jeu tout en spontanéité et en charisme. Niveau casting, on peut aussi retrouver la belle Farrah Fawcett et le tout jeune Tom selleck sans la moustache.
Mya breckinridge était un personnage destiné à devenir une icône de la contre-culture de l'époque. Or, avant même de donner le premier coup de manivelle à ce joli projet, le réalisateur Michael Sarne se rend compte que le script est un peu trop branlant. Il ordonne des réécritures de derniers moments contre la décision du scénariste et écrivain Gore Vidal. Le producteur Robert Fleyer de la Fox commence à voir d'un mauvais œil les qualités artistiques de Michael Sarne. Mais c'est sans compter de nouveaux problèmes qui surviennent par la suite, principalement dus aux frasques de la star septuagénaire Mae West. La dame n'arrive sur le plateau qu'après 17 heures et refuse d'apparaître à l'écran en même temps que Raquel Welsh. Mae West alla jusqu'à chiper la plus belle robe de Raquel pour la jeter aux ordures et lacéra une autre avec une paire de ciseaux. Dès lors, les deux actrices rentrèrent en guerre.

Le réalisateur peu expérimenté, n'arrivait pas à maintenir une cohésion de groupe, si bien que l'ambiance sur le plateau tourna au vinaigre. Mais ce n'était pas fini. Rapidement l'esprit psychédélique du réalisateur (abusant de substances illicites) fut mal vu par Gore Vidal, la Fox et les acteurs. Tous se liguèrent contre lui. Les séquences qui sortaient de son esprit étaient si décalées et en dehors de tout contexte, qu'ils avaient de sérieux doutes sur sa santé mentale. De son propre aveu, Micheal Sarne tirait volontiers sur la marijuana, de jour comme de nuit. Pour certaines séquences bien trop barrées, les acteurs refusèrent tout simplement de les jouer. Plusieurs rumeurs sulfureuses se mirent à circuler sur les moeurs hors normes qui se tramaient sur le plateau et en coulisses. La presse s'empressa de relayer les bruits de couloirs sans avoir la moindre preuve. La personnalité de Micheal Sarne fut ainsi pas mal égratignée. En dépit du lynchage de la presse et des nombreux problèmes d'égos rencontrés sur le plateau, le réalisateur ne s'avoua pas si facilement vaincu. Il réussit tout de même à aller jusqu'au bout du projet. Une fois le tournage fini, au moment du montage, le réalisateur chercha un moyen de décupler certains passages de son film. Il eut l'idée folle de puiser dans la banque d'images de la Fox sans les prévenir, pour intégrer au montage des séquences d'autres films. Western, drame, comédie, etc., en couleur ou en noir et blanc, qu'importe ! Il s'amusa ainsi à juxtaposer des extraits des années 30/40 avec les séquences sexy du film. On peut prendre un simple exemple : Myra, jouant les infirmières coquines, séquestre un bel étalon qu'elle déculotte et attache à une table. C'est à ce moment qu'elle se dévêt et enfourche le beau jeune homme par-derrière. Dans ce rodéo sodomite, de nombreux inserts interviennent, illustrant de manière figurée ce qui se passe. On a droit à une séquence tirée d'un film médiéval où une armée munie d'un énorme bélier tente de défoncer les portes d'un château…

Inévitablement le film va être classé X, surfant sur une campagne promotionnelle qui profite du côté sulfureux. Pourtant, l'auteur du livre considère le film comme l'un des pires navets qu'il ait vu au cinéma. Suite aux premières projections publiques, de nombreux acteurs comme Charley Temple menacent de faire un procès, car les nombreuses séquences issues de leurs films ont été insérées sans leur accord. De plus, le détournement n'est pas très honorable : pour symboliser la fin d'un ébat sulfureux, on peut admirer un extrait avec Charley Temple enfant qui trait une chèvre et se reçoit le jet en plein visage. - Faut dire qu'à l'époque elle était ambassadrice de l'ONU. - L'acteur Loretta Young gagna aussi son procès obtenant la rondelette somme de 100 000 dollars.

Le film est donc accueilli fraîchement par les professionnels du cinéma, la presse, mais aussi par le public qui boude les salles… Rapidement le réalisateur est considéré comme un paria dans les milieux des gros studios hollywoodiens. Michael Sarne traumatisé quitta Hollywood, ne réalisant que trois autres films en 30 ans. Pourtant, il marqua dans le marbre la Fox avec l'un des plus gros bides du studio, ayant qui plus est, entraîné de nombreux procès. Le film a pourtant survécu après toutes ces années dans un montage quasi intégral, qui est depuis mai, enfin disponible dans l'hexagone en DVD.