Troisième producteur mondial d'animation et second producteur européen, le cinéma français se porte plutôt bien du côté des films en images de synthèse, et ce même si la crise financière a freiné quelques élans. Si d'aucuns peuvent arguer de la valeur de l'insaisissable « french touch », cette bonne santé est très principalement due à des atouts plus prosaïques, et avant tout à la grande implication financière de l'État français dans l'audiovisuel : entre les écoles d'excellente qualité, le CNC, les aides locales mais aussi le statut de l'intermittent du spectacle qui permet aux artistes de se dégager du temps pour s'épanouir sur des projets personnels, les créatifs tricolores sont relativement affranchis des terribles lois du marché, ce que nous envient bien d'autres pays.
C'est ce que Louis Clichy, tout juste revenu d'une expérience de trois ans à Pixar, nous a rappelé lors d'une table ronde à laquelle était également conviée Shelley Page de DreamWorks Animation. Jamais en reste quand il s'agit d'exploiter ses personnages, la compagnie de Katzenberg a d'ailleurs placé des jeunes froggies à la tête d'une succursale indienne, chargée de concevoir une série télévisée avec la ménagerie de Madagascar. Option nettement plus productive et gratifiante : les Américains peuvent accorder aux sociétés françaises la conception de leurs propres productions, comme c'est actuellement le cas de MacGuff qui réalise pour Universal Moi, moche et méchant, avec les voix de Steve Carell et Jason Segel. Rodolphe Chabrier, l'un des piliers de la société de Jacques Bled, est venu présenter les premières images du fruit de leur labeur, avec une fierté non dissimulée.
Du côté de l'animation, il fallait aussi noter la présence de la jeune compagnie Digital Banana Studio, que la plupart d'entre vous doivent connaître via leur plus célèbre création : les Lapins Crétins. Si Digital Banana Studio a surtout fait son beurre avec des pubs (Coca Cola, les insupportables abeilles de Miel Pops), le studio commence à être réputé pour la création de personnages destinés à des productions d'animation. C'est ainsi eux qui ont reçu la lourde tache de projeter en 3D l'univers très plat et daté de Maya L'Abeille. Une adaptation des livres pour enfants de Michel Gay, Zou le petit zèbre, a suivi, ainsi que des pilotes pour des séries au ton décalé dans l'esprit des Lapins Crétins (Cassis et Pistache, avec deux boules de glace en guise de héros). En conclusion, John Banana nous a présenté une tentative très louable, mais un peu trop enfantine à notre goût, d'adaptation de la superbe BD du regretté Dave Stevens, Rocketeer, qui devrait être soumis à l'approbation de Disney dans quelques semaines.
Comme l'année dernière, Pascal Hérold, pionnier de l'image de synthèse française puisqu'il est l'un des fondateurs de Duboi, est venu vanter ses systèmes de montage hardware, permettant de travailler avec une souplesse et une réactivité qui ne cessent d'étonner. On était nettement moins émerveillé devant les premières images de son prochain long-métrage, Cendrillon, qui semble écoper des mêmes soucis que son triste Véritable Histoire du Chat Botté, qui a pourtant rapporté un succès honorable notamment à l'international (le film a cartonné au Mexique). On jugera sur pièce en 2010, date de sortie de cette adaptation western du conte de Perrault qui sera exploité en relief 3D.
En parlant de cinéma en relief, il était d'ailleurs intéressant de noter une différence majeure avec l'année dernière : alors que la précédente édition de ParisFX se posait encore des questions sur la future installation de ce système de projection, cette année il était exclusivement question de son impact sur la réalité des productions en images de synthèse. Car l'industrie risque d'être rapidement chamboulée par cette révolution, la coupe du monde de football 2010 étant filmée et diffusée en relief. Très enthousiaste à ce sujet, le président de Cube, Lionel Fages, encourage d'ailleurs son pôle de réalisateurs à s'essayer au relief, par exemple en leur proposant d'adapter leurs propres œuvres à ce procédé. C'était le cas de l'excellent court-métrage 7 tonnes 2 de Nicolas Deveaux, ou encore du pilote de la série Kaeloo, cartoons irrévérencieux et énergiques qui seront diffusés sur Canal + au printemps prochain.
Il fut encore question de 3D, avec la compagnie TeamTo, qui venait présenter son projet de film : Occho Kochoï. Un peu comme l'a fait Henry Selick dans Coraline, le relief permet ici de conférer une sensation quasi tactile aux images virtuelles. S'inspirant des techniques de papier découpé, le relief de Occho Kochoï rappelle les sensations que l'on peut avoir en feuilletant un livre pop-up, ou en regardant un dessin animé traditionnel avec un multi-plans particulièrement complexe. Comme ce fut le cas pour l'équipe de Cube, qui a travaillé sur un film dynamique pour le Futuroscope à la fois en 2D et en 3D, s'est posée sur Occho Kochoï la question des différences de langage visuel inhérentes aux deux systèmes de projection. Quelques règles font déjà jour : le cadre doit être plus large en 3D qu'en 2D, les mouvements doivent être moins rapides en relief (à titre d'information, le film dynamique dure presque deux fois plus longtemps en relief qu'à plat !), et une plus grande profondeur de champ est en général souhaitable. À noter également une vraie différence de goût sur l'usage du relief entre les écoles françaises, qui auraient plus tendance à employer des effets de jaillissements, et américaines, qui ne travaillent quasi exclusivement que sur la profondeur.
Trois membres de l'équipe de BUF s'étaient brièvement échappés de leur bureau pour parler du second volet d'Arthur et les Minimoys. Brièvement, car tous les artistes de la société de Pierre Buffin ne sont qu'à mi-parcours de ce marathon, puisqu'ils travaillent actuellement au dernier volet de la trilogie dont la sortie vient d'être avancée à octobre 2010. Pas grand-chose de neuf au niveau de la méthodologie de travail sur ce second opus, Buf ayant fait l'effort depuis le premier film d'acclimater leur modus operandi aux habitudes du réalisateur live qu'est Luc Besson. Comme pour Arthur et les Minimoys, une grande partie des décors d'Arthur et la vengeance de Maltazard fut donc construit sous la forme de grandes maquettes par l'équipe du chef décorateur Hughes Tissandier, et l'animation se base sur la technique du VMC (Video Motion Capture) consistant à filmer des acteurs référents par plusieurs caméras sur un plateau dénudé. Si cette méthode permet de récupérer les mouvements des acteurs par triangulation, au final, ces images (tournées également par Besson, qui cadrait lui-même les plans avec une caméra vidéo supplémentaire), ont plus servi d'animatiques pour le montage et de guide pour les animateurs.
Enfin, bravant les rumeurs insistantes de la fermeture de son studio Attitude, le passionnant Marc Miance est venu présenter les images de son second long-métrage en Performance Capture/Cinéma Virtuel après Renaissance : La Nuit des enfants rois. Très intelligent dans sa façon d'aborder ce choc des mondes entre le cinéma live et l'animation, Marc Miance a également exposé les principes artistiques de leur adaptation du roman de Bernard Lenteric coproduite par Fidélité : une lumière photo-réaliste, mixée à des textures et des surfaces directement inspirées des peintures d'Edward Hooper. Très convainquant dans les premiers plans finalisés, ce parti-pris graphique semble néanmoins pâtir d'une captation assez grossière. Marc Miance a conclu sa conférence avec la projection d'un test assuré par Djamel Debbouze pour un projet d'adaptation du roman de Roy Lewis, Pourquoi j'ai mangé mon père. Le résultat est absolument hilarant : Djamel, avec cette pantomime qui lui est si particulière, incarne un homme de Cro-Magnon filiforme, s'impatientant lors d'un rendez-vous. Espérons que ce test extrêmement prometteur permette au film de voir le jour.
Encore une fois, l'animation sous toutes ses formes et dans des domaines très variés semble avoir de beaux jours devant elle, si elle résiste aux ravages de la crise (très fréquemment évoquée au cours des conférences), ou d'une politique qui tendrait à amoindrir le soutien de l'État à la création française.
Un grand merci à Sophie Boyens pour son professionnalisme et sa réactivité
Julien DUPUY

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