Par Florent Kretz - publié le 28 août 2008 à 12h01 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 17h45 - 5 commentaire(s)
Si Peter Pan 2 : Retour au Pays Imaginaire est une excellente suite du classique Disney sorti en 1953, elle éclipse pourtant toute une dimension beaucoup plus sombre et grave que couve l’œuvre originale de James Matthew Barrie. Profitons donc de l’occasion qui se présente pour refaire un tour dans le monde magique des adaptations tirées des aventures de l’enfant qui ne voulait pas grandir.



C’est au tout début du vingtième siècle, en 1902, que le monde pût découvrir l’un des personnages qui allait figurer quelques dizaines d’années plus tard comme le plus passionnant des héros trônant dans le cœur de tous : Peter Pan. Si le petit garçon allait très vite faire l’unanimité, on évoqua plusieurs fois le fait que non seulement sa naissance était bien antérieure, mais surtout que ses véritables fondements étaient bien différents des simples rumeurs. Aussi, la thèse officielle veut que son créateur, James M. Barrie, lui ait donné vie au détour d’histoires extraordinaires qu’il racontait aux fils de sa compagne officieuse Sylvia Llewelyn Davies. Leur improvisant des aventures surprenantes d’enfants immortels sur une île où tout était envisageable, il leur cacha soigneusement pourtant que le leader des enfants perdus, le charismatique Peter Pan, était en fait inspiré par son propre frère, décédé lorsqu’il n’avait que treize ans. Le jeune James eut donc la responsabilité de s’occuper de sa mère, bouleversée par le malheur de perdre un enfant et qui trouvait un semblant de réconfort en l’idée que son David vivrait pour l’éternité avec une innocence que seul les plus jeunes peuvent avoir. Trouvant sa principale inspiration en ses propres espérances, Barrie leva le voile, l’espace de quelques soirées passées avec les enfants, sur ce monde imaginaire dans lequel vivait les enfants « perdus ». Si le cinéma s’attarda sur ce passage de la vie de Barrie au travers du film Neverland mis en scène par Marc Forster en 2004, il ne s’attarda quasiment jamais sur les véritables étapes d’écriture qui conduisirent l’auteur à faire de Peter ce qu’il est aujourd’hui.



Pourtant la vie de Barrie est aussi sombre et tourmentée que les quelques failles qui apparaissent dans son œuvre. Devant tenter d’oublier une enfance malheureuse à la limite du sordide -celui-ci cherchant parfois de manière douteuse à remplacer son frère décédé-, devant supporter une vie sociale dramatique dont la part la plus importante est un mariage raté, une liaison inavouable et platonique et surtout une passion démesurée pour les enfants qui, bien que saine, est inavouable, il est l’auteur d’une multitude de contes et de récits d’aventures inspirés par les lectures que lui faisait sa mère lorsqu’il était bambin. C’est ainsi qu’en 1902, Peter Pan apparaît dans un ouvrage baptisé Le petit oiseau Blanc, mais il se fera véritablement connaître dans une pièce de théâtre reprenant les événements marquants qui nous sont à tous très chers. Il conclura définitivement son aventure avec le petit garçon avec le roman Peter & Wendy avant de se consacrer pleinement aux enfants de son amie, orphelins, et qui connurent tous des fins tragiques.


Très vite le travail de Barrie se fit connaître de plus en plus et devint populaire. Adapté à maintes reprise à Londres sous forme de comédies musicales dans lesquelles le héros est interprété par une femme, Peter Pan or the Boy who wouldn’t Grow Up commence à faire réellement déplacer les foules dans des adaptations comme celle de Jerome Kern en 1924 par exemple. Fort de déjà quelques adaptations filmiques comme le Royaume de l’Air d’une durée de 11 minutes et réalisée par Walter Lantz ou encore la très bonne adaptation faite par Herbert Brenon et interprétée par Betty Bronson, le personnage connaîtra l’apogée et une reconnaissance universelle avec l’adaptation qu’en feront les studios Disney en 1953, à peine trois ans après que Leonard Berstein en ait fait une nouvelle comédie musicale. Inutile de revenir sur la qualité du dessin animée qui nous fit tous rêver et qui reste encore aujourd’hui comme l’une des plus belles réussites de la compagnie et l’un des plus beaux souvenirs de l’inconscient collectif. Si l’adaptation de la pièce de 1911 sera un véritable moment de bravoure intemporelle, il est certain aussi qu’elle fascinera le monde. Au point que personne ne tentera de se mettre au milieu du chemin le conduisant vers la gloire puisqu’il n’y aura aucune nouvelle tentative de travail sur le sujet. Les Brésiliens tenteront tout de même en 1955 de lancer une série télévisée mais sans succès au point que celle-ci s’interrompit au bout de quelques épisodes.



En 1962, un téléfilm narrant les exploits des gamins face au maudit Capitaine Crochet verra tout de même le jour en Allemagne de l’Ouest puisque c’est Paul Verhoeven premier du nom -auteur de Die Fledermaus en 1937 et de Unsere Kleine Frau en 1938 entre autres- qui l’adapta avec un casting 100% teuton composé par Wolf Ackva (les séries Derrick et Vidocq) ou encore Michale Ande qui sera le premier petit garçon à interpréter l‘ami de la Fée Clochette. Quelques années avant, Vincent Donehue avait réalisé une version musicale et en live pour le noël des jeunes Américains : diffusé plus de trois fois à partir de 1960, chaque passage télévisuel se verra suivi d’un triomphe exceptionnel, ravivant encore un peu la flamme du public pour les écrits de Barrie qui parle tant au public. Si les interprétations de l’œuvre se firent de plus en plus sérieuses et les constatations de plus en plus dramatiques quant à tout ce que sous-entendait les écrits de Barrie psychologiquement, c’est en 1983 que Dan Kiley, un psychanalyste, inventa les termes de syndrome de Peter Pan et définissant un état traumatique. Cependant, les adaptations s’étaient faites un peu plus courantes entre temps puisque d’autres versions télévisées telles que celle de Dwight Hemion, qui eut l’originalité en 1976 d’avoir Mia Farrow dans le rôle titre, se firent connaître. C’est pourtant bel et bien après les révélations de Kiley qui décrivit le héros mythique comme un névrosé dangereux incapable de vieillir que les choses se complexifièrent et enrichir totalement l’univers de Barrie. Offrant une double lecture à chaque événement des ouvrages de l’écrivain, cette vision plus torturée produisant une sorte de moteur pour l’imagination de tous.



Outre les séries de dessins animés qui se développèrent un peu partout et qui voguèrent sur la même mer que celle de Barrie, c’est au début des années 90 que le personnage sera totalement remanié : d’un côté, en nous proposant de l’observer une fois devenu adulte -dans un métrage culte de Spielberg sorti en 1991- et de l’autre en le replaçant dans un univers froid et réaliste, au risque même de lui faire croiser la route de Jack L’éventreur dans l’adaptation en bande dessinée par Regis Loisel. Si les deux visions n’ont strictement rien en commun -le réalisateur le faisant revenir à une dimension Disney, tandis que Loisel le ramène au statut psycho arraché de Barrie-, elles insuffleront suffisamment de prestige nouveau pour redorer encore un peu le blason de l’arrogant petit garçon. Tout le monde se met alors à vouloir faire du Peter Pan et chacun se penche pour apporter des nouveautés, la plus courante se voulant d’offrir une suite plus ou moins directe à l’image du précurseur de tous écrit par Gilbert Adair en 1987 (The Only Children). Tandis que l’ouvrage, les Ailes de Peter Pan propose sous forme de roman illustré de continuer l’aventure (Rivière et Bellibar en 1993), c’est pourtant en 2002 que Disney sortit sa propre suite. L’année d’après, P.J. Hogan s’attela à la tache en dévoilant une vision toute aussi ambiguë que celle de Barrie et en s’employant totalement à rendre subtiles certaines névroses pourtant bien présentes dans le film destiné aux enfants. Cependant, l’unique et seule véritable fin de l’aventure fut signée par Geraldine McCaughrean dans L’habit rouge de Peter Pan, un ouvrage officiel et reconnu par l'hôpital de Great Ormond Street de Londres, détenteur des droits de la pièce originale. Peter Pan risque bien de vivre encore de longues aventures puisque, suite aux quatre métrages consacrés à la Fée Clochette, la prochaine vision sera sans doute celle de Larry Clark qui promet depuis quelques temps une revisite moderne et à vif du mythique conte qui sera rebaptisé Blood of Pan. Quoi qu’il en soit, le héros aura sa place pour toujours dans nos cœurs…


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