Petrole ! Petrole ! : Nanar De La Semaine

Par Gilles Botineau - 20 octobre 2008 - 2 commentaire(s)
Les années 80 resteront dans l'Histoire du Cinéma Français comme une période faste pour de nombreux réalisateurs sans grand talent apparent, détenteurs d'un style souvent franchouillard, transpirant essentiellement la bonne humeur et la joie de vivre, à travers des films aux titres évocateurs mais totalement dénués de sens. Christian Gion appartient à cette illustre famille. Le cinéaste débute dans les années 1970 par de simples comédies sans réelle prétention, mais néanmoins fort sympathiques, à l'instar du film Le Gagnant, mais aussi et surtout Le Pion, où il démontre le talent immense du comédien Henri Guybet dans un registre beaucoup plus dramatique qu'à l'accoutumée. Les années suivantes lui seront cependant fatales ; en effet, Gion semble davantage s'intéresser aux plaisirs du jardinage, en cultivant bon nombre de navets, parfois élevés au rang de nanars grâce aux talents de ses comédiens principaux. Le réalisateur signe donc Les Diplômés du dernier rang et met en scène un jeune Patrick Bruel encore débutant, avant de rencontrer le roi du genre en la personne d'Aldo Maccione pour lequel il écrit Le Bourreau des coeurs en 1983 ou bien encore Pizzaiolo et Mozzarel deux ans plus tard. Malheureusement, Christian Gion se contente ici de réchauffer des scénarii déjà existants sur le même thème (Les Sous-Doués) ou surfe tout simplement sur la personnalité mythique d'Aldo la classe, alors en pleine gloire, mais sans aucun renouvellement. En 1981, le cinéaste réussit tout de même l'un de ses plus gros « coups » et met en scène un nanar définitivement haut-de-gamme, intitulé Pétrole ! Pétrole !.



Le film apparaît sur nos écrans deux après le second choc pétrolier en France, dû cette fois-ci à la Révolution Iranienne. S'inspirant de la « méthode » Gérard Oury, Christian Gion étudie donc l'actualité afin d'écrire sa nouvelle comédie. L'histoire raconte les aventures d'un émir arabe venant séjourner à Paris afin d'y retrouver sa fille. Il souhaite en effet lui léguer sa succession et sa fortune, mais sans savoir qui elle est. Lorsqu'il met enfin la main dessus, il découvre qu'elle est l'épouse d'un spéculateur pétrolier, concurrent direct (et pire ennemi) d'un de ses plus gros clients, le PDG Jean-Marie Tardel de la principale compagnie pétrolière importatrice de fuel. La lutte pour devenir le plus important fournisseur de pétrole en France ne fait alors que commencer...
Constitué d'un casting des plus prestigieux, le film réunit Jean-Pierre Marielle, Henri Guybet, Catherine Alric et Bernard Blier. De sacrées pointures au service d'une comédie pourtant navrante ! Heureusement, le talent de certains sauve une fois de plus le bateau d'un naufrage hélas prévisible. Si Guybet continue de jouer les imbéciles heureux avec un rare bonheur et Alric les faire-valoir sans aucun autre intérêt, Marielle de son côté nous offre un numéro parfaitement hilarant, voire surprenant de la part de cet acteur, sortant tout juste d'une participation chez Gérard Pirès (à sa grande époque) ou bien encore Claude Berri. Ici, il fait preuve d'un sens de l'autodérision assez remarquable, jouant les méchants de service un peu niais avec une rare décontraction. Il ouvre d'ailleurs le film lors d'une séquence mémorable, qui cible le sujet dès le départ. Accusé de polluer la nature environnante, son personnage se sent contraint de boire l'eau d'un lac afin de prouver sa bonne foi. Un verre à la main, Marielle se trouve rapidement distrait par un hydravion venant en récupérer une importante quantité. Et lorsque l'appareil déverse sa cargaison sur un incendie, une gigantesque explosion se produit, à la grande stupeur du personnage, néanmoins ravi ne pas avoir bu de cet étrange liquide. Quelques minutes plus tard, son imbécile de chauffeur décide de faire le plein de sa mercedes avec l'eau issue de ce même lac et la jette littéralement sur le capot, provoquant ainsi l'inflammation totale de la voiture. Pétrole ! Pétrole ! s'ouvre donc sur une séquence totalement délirante à la limite de la parodie, avec un Jean-Pierre Marielle en très grande forme !



Mais la principale force du film réside dans la présence du grand Bernard Blier. Capable de nous faire passer des larmes (Germinal, Le Tueur) au rire (Les Tontons Flingueurs, Le grand restaurant, Le faux-cul), l'acteur est surtout réputé pour être un bon vivant, détenteur d'un véritable humour à froid, au service de personnages toujours aussi truculents. Avec Pétrole ! Pétrole !, il retrouve le cinéaste Christian Gion six ans après le tournage du film C'est dur pour tout le monde. Il incarne dans cette nouvelle aventure un improbable émir arabe au teint curieusement pâle. Peu importe de savoir s'il est crédible ou pas, la prestation est là, et le film repose de ce fait essentiellement sur ses épaules. Nous n'osons d'ailleurs imaginer le même long métrage sans la présence de cet immense acteur... Quoi qu'il en soit, le bonhomme s'impose donc ici de bout en bout, enchaîne les séquences cultes, et n'a jamais été aussi bon que dans ses rôles de comiques méchants. S'il n'apparaît pas véritablement « cruel » à l'instar de précédents personnages l'ayant rendu célèbre aux yeux du public, il joue néanmoins dans ce film un roi du pétrole autoritaire voire terriblement dominant, pour notre plus grand bonheur et le sien vraisemblablement. Le voir racheter un hôtel entier sous prétexte que le directeur refuse de lui faire une omelette aux truffes à trois heures du matin reste ainsi particulièrement jouissif.


Au delà de ses comédiens, le film ne propose qu'un scénario vaguement poussif, enchaînant les courses poursuites inutiles, en jet ski sur la Seine ou au beau milieu d'un Parc d'attractions (?) ayant pour thème les cowboys et les indiens. Ajoutez à cela une intrigue vraiment mineure, et Pétrole ! Pétrole ! frôle de temps à autres le navet de très près ! Fort heureusement, de nombreux gags, souvent douteux mais toujours irrésistibles, viennent relever le « niveau » de cette comédie typique issue des années 80. L'une des plus grandes trouvailles du film reste sans conteste le duo de détectives travaillant pour le compte du PDG Tardel. Leur nom de famille est Térieur. Alain et Alex de leurs prénoms. Nous vous laissons apprécier l'incroyable jeu de mots, renforcé par une formidable trouvaille visuelle. En effet, tous deux sont atteints de strabisme, mais chacun à sa façon.



Le premier louche ainsi vers son nez, l'autre vers ses oreilles. Mémorable ! A notre grand regret, la suite du métrage ne réussit pas à tenir la longueur, et ne représente qu'une simple succession de chutes et de tartes à la crème, en somme le B-A-BA de la comédie burlesque. Mais l'ambiance sur le tournage est telle que les acteurs se sentent véritablement à l'aise et se laissent tranquillement aller à cette charmante « déconnade » qui, sans rencontrer le succès escompté dans les salles, fit les beaux jours de la télévision française lors de multiples rediffusions. Si Blier et Guybet retrouvent leur grand complice Christian Gion, Marielle semble également totalement s'adapter au groupe, aux côtés de Catherine Alric apportant, quant à elle, la touche féminine essentielle à tout bon nanar qui se respecte. Mais curieusement, elle semble être à part au sein de l'équipe, au point même d'apparaître seule en photographie sur l'affiche du film, face aux autres représentés par d'amusantes caricatures. Par ailleurs, si Pétrole ! Pétrole ! ne nous permet pas de nous rincer l'oeil avec un plan d’accès sur sa poitrine ou ses fesses nues, la comédienne n'échappe cependant pas à l'inévitable scène de striptease au fond de son cachot, afin de surprendre son geôlier et l'assommer avant de se délivrer... Célèbre égérie de Philippe de Broca dans ses oeuvres datant du milieu des années 70, elle sombra rapidement dans le milieu très ingrat du nanar, avant d'enchaîner les petites participations alimentaires, tout ça pour un improbable come-back en 2008 dans la série Sous le Soleil. Dans une carrière, un nanar peut parfois être lourd à digérer...
Ici donc, l'ambiance demeure globalement bon enfant, à tel point que le cinéaste offre également un rôle, et pas des moindres, à son petit garçon haut comme trois pommes donnant la réplique à Bernard Blier lui-même. Un vrai film familial !



Pétrole ! Pétrole ! ne brille donc pas par sa finesse et son originalité, mais a néanmoins le mérite de réunir un casting surprenant, bien loin des nanars conventionnels (Jean Lefèbvre, Aldo Maccione, Paul Préboist, Les Charlots...), même si, au final, le résultat reste sensiblement le même. Et si le film n'est pas avare en gags et en séquences burlesques, leur banalité et leur mise en scène nous laissent souvent de marbre, pour finalement rire à leurs dépens mais bien après, heureux de voir de grands comédiens se dépatouiller au sein de cette improbable aventure. Injustement oubliée, l'oeuvre du cinéaste Christian Gion mérite donc aujourd'hui une seconde chance. Sans nouvelles de lui depuis des années, le réalisateur nous donna un dernier signe de vie à la veille du 21ème Siècle avec un film intitulé Les Insaisissables, le comédien Daniel Prévost en tête d'affiche. Le nanar avait encore frappé ! A quand le prochain ?

Gilles Botineau

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