Par Kevin Dutot - publié le 12 février 2008 à 04h01 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 12h56 - 1 commentaire(s)
Portrait de femme... La première personne à avoir dit Fuck sur grand écran !

Remise sur le devant de la scène grace à sa belle prestation dans Irina Palm, Marianne Faithfull est une femme qui a su faire parler d’elle depuis les années 1960. A 61 ans, elle est aujourd’hui une égérie de la culture rock des années 1970, une sorte de mythe à mi-chemin entre l’artiste et la groupie. Elle reste cependant assez méconnue du grand public et semble avoir toujours vécue dans l’ombre de grands chanteurs et musiciens qui ont parfois trouvé en elle l’inspiration et le réconfort. Chanteuse, compositeur et comédienne, elle sortira un nouvel album en mars prochain et paraît à la fois discrète et toujours présente... Marianne Faithfull, qui est elle ?


BORN IN THE 1960’s
La carrière de chanteuse débute en 1964 lorsqu’elle fait quelques petits concerts en tant que chanteuse de folks dans des petites boites et bars en Angleterre. Découverte lors d’une soirée organisée par le manager des Rolling Stones, elle réalise son premier disque la même année avec le titre As Tears go By écrit par, entre autres, par Mick Jagger et Keith Richards. On a connu pire comme débuts... La chanson est un succès et marque le point de départ d’une série de titres qui rencontreront très vite leur public. Elle se marie pour la première fois en 1965 et donne naissance à son fils, Nicholas. Le mariage est de courte durée en raison de l’addiction de son mari à l’héroïne. Elle entame alors une relation sulfureuse avec le chanteur des Rolling Stones, Mick Jagger, qui fera les gros titres de la presse à scandale pendant plusieurs mois... Le couple devient l’égérie de toute une génération de fans. La jeune femme devient à l’époque victime de la drogue et sombre totalement dans la cocaïne avec pour seule autre occupation la musique de son amant... On pourra s’amuser à retrouver les influences de Marianne dans les chansons des Rolling Stones de cette décénnie, notamment pour Sympathy for the Devil en 1968, inspirée du roman The Master and Margarita de Mikhail Bulgakov que la jeune femme avait fait lire à Jagger ! La chanson Wild Horses contiendrait également la phrase dite par Faithfull lorsqu’elle sortit d’un coma suite à une overdose : « wild horses couldn’t drag me away »... Elle écrivit également le titre Sister Morphine, pour lequel elle dut se battre contre la maison de production afin qu’on lui reconnaisse son statut d’auteur.


DEATH AND REBIRTH IN THE 1970’s
Marianne Faithfull mit un terme à sa relation tumultueuse avec Mick Jagger en 1970 et perdit du même coup la garde de son fils Nicholas. S’en suivit une période difficile où la jeune femme commença par une tentative de suicide... A cette période, sa vie privée fut aussi trouble que sa carrière douteuse. Elle n’apparaît que quelques rares fois à la télévision et notamment en 1973 aux côtés de David Bowie pour chanter I got you Babe déguisée en bonne soeur... Ses problèmes de santé se multiplient et la jeune femme perd notion de toute réalité en plongeant dans la drogue et l’anorexie. De nombreuses laryngites et l’abus de drogues changent radicalement la voix de la jeune chanteuse qui devient alors plus dure, cassée et caverneuse. Elle tente à nouveau une percée dans le monde de la musique avec son album aux influences country, Dreamin’ my dreams qui grimpera en tête du top des ventes irlandais et ce malgré les critiques qui donneront à la galette la particularité d’être « imbibée de whisky »... La chanteuse « emménage » alors dans un squat sans eau ni électricité à Chelsea avec son petit ami de l’époque, Ben Brierly, leader du groupe punk The Vibrators. Mais c’est bien en 1979 que Marianne Faithfull renoue avec le succès graçe à son album Broken English, l’un de ses albums les plus acclamés par la presse et les professionnels. Album influencé par l’explosion punk et son mariage avec Brierly, les titres réunissent des sons rock, reggae, punk et des textes inspirés de poèmes (Heathcote Williams pour ne citer que lui). La chanson Why D’Ya Do It, à la fois complexe dans sa structure musicale par son approche lyrique du hard rock et basée sur la composition d’un tango à quatre temps s’ouvre sur un riff de guitare électrique et fonde les origines des rythmiques du rap et du hip-hop... La chanteuse utilise sa voix caverneuse avec un talent insoupçonné et renaît littéralement de ses cendres.


COMEBACK IN THE 1980’s
Faithfull s’installe ensuite à Dublin mais malgré le succès de son dernier album, la chanteuse continue à se droguer et se rompt la machoîre lors d’une chute dans les escaliers. Elle suit alors plusieurs traitements dans différentes cliniques et entretient une relation avec un homme malade mental et dépendant qui se jettera du haut de son hôtel où il réside avec la jeune femme à la fin de leur romance. Faithfull et Brierly divrocent alors en 1986. En 1987, elle dédicacera son album Strange Weather à cet homme rencontré furtivement dans un hôtel, Howard Tose... Cet album réinvente la chanteuse Faithfull qui se tourne alors vers le jazz et le blues...


WRITING THE 1990’s
Lorsque l’opéra-rock The Wall est monté à Berlin en 1990, Faitfull interprète le rôle de la mère protectrice de Pink. Sa carrière musicale reprend une belle ampleur pour la troisième fois avec l’album live Blazing Away dans lequel la chanteuse reprend plusieurs titres de sa carrière. Sa fascination pour la république de Weimar en Allemagne la pousse à enregistrer The Seven Deadly Sins et à jouer dans l’Opera de Quat’sous. Elle continue sur sa lancée avec l’album Twentieth Century Blues qui se concentre sur les compositions atonales et originales de Kurt Weill et Bertolt Brecht...
En 1994, elle publie son autobiographie intitulée Faithfull dans laquelle elle évoque sa vie privée, sa carrière, ses problèmes de drogue et sa bisexualité. En 1995, elle reprend la musique avec A Secret Life, album entièrement composé par Angelo Badalamenti...

2000’s
Le nouveau millénaire profite à la chanteuse Marianne Faithfull qui connaît une période prolifique en matière de production musicale. Elle enregistre Vagabond Ways en 2000 qui contient des collaborations avec Daniel Lanois, Emmylou Harris, Roger Waters et Frank McGuiness ! Puis, Kissin’ Time en 2002 qui contient des titres composés par Beck, Billy Corgan, Jarvis Cocker et Dave Stewart ou Etienne Daho... Before the Poison sort en 2005 et réunit, ni plus ni moins, PJ Harvey, Nick Cave, Damon Albarn et Jon Brion...


TODAY
Il faut également préciser que la carrière de Marianne Faithfull prend une nouvelle tournure sur grand écran dans les années 2000. Aperçue dans le Made In U.S.A de Jean-Luc Godard, on peut également noter que Marianne Faithfull est la première personne à dire le mot « fuck » au cinéma dans un film de studio dans I’ll Never forget what’s is name d’Orson Welles, elle tournera également aux côtés d’Alain Delon dans La Motocyclette et Anthony Hopkins dans Hamlet par Tony Richardson... Entre Intimité de Patrice Chéreau, Marie Antoinette de Sofia Coppola, Paris je t’aime et aujourd’hui Irina Palm, Marianne Faithfull est plus que jamais une artiste complète qui à 61 ans regorge encore de ressources et d’originalité...
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