Par Kevin Dutot - publié le 14 juin 2008 à 13h02 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 15h29 - 0 commentaire(s)
Elle fout la pêche Noémie... C’est comme ça. On ne sait pas exactement pourquoi mais son cinéma ressemble énormément à une bonne thérapie de groupe (qu’elle le veuille ou non), où l’on transpire la bonne humeur, où le rire fait office d’antibiotique et le second degré est maître de cérémonie. Irrévérencieuse, tourmentée, mais avec une soif de vivre qui se ressent dans ses quatre longs métrages et son écriture, la cinéaste française marque petit à petit de sa jolie patte une production hexagonale trop convenue. N’hésitant jamais à faire exploser les règles de bienséance, à ne pas respecter le dogme du scénario typé et toujours prête à faire sourire sur les sujets les plus graves, Lvovsky est également actrice, scénariste, compositeur... Bref, une femme à tout faire qui a décidé de le faire bien. A l’occasion de la sortie en DVD de son dernier opus, Faut que ça danse !, avec Jean-Pierre Marielle et Valeria Bruni-Tedeschi, DVDRama vous propose un portrait rythmé de Noémie. Obessionnelle, drôle, passionnée, folle et généreuse, c’est son travail qui nous plaît, c’est le personnage que l’on aime ! Faut que ça danse ? C’est parti...


Mais d’où tu sors ?
Brillante étudiante en Lettres Modernes et Cinéma, elle fait ensuite partie de la première promotion de la Fèmis, nouvelle appelation de l’IDHEC en 1986. En compagnie d’Arnaud Desplechin, avec lequel elle collaborera sur ses premiers films, la jeune femme se tourne immédiatement vers le scénario. Avec l’aide d’Emmanuelle Devos, apprentie comédienne, elle tourne alors deux premiers courts-métrages, Dis-moi oui Dis-moi non et Embrasse moi à la fin des années 1980. Les deux oeuvres, très remarquées dans de nombreux festivals du territoire, commencent à faire connaître Lvovsky dans le milieu et lors de son travail effectué sur La vie des morts, le moyen métrage de Desplechin ainsi que sur La Sentinelle, elle semble définitivement lancée.


Et ton premier long ?
En 1993, Noémie entame la mise en chantier de son premier long-métrage : Oublie-moi. Mettant en scène Valeria Bruni-Tedeschi, Emmanuel Salinger et Emmanuelle Devos dans un portrait de femme tiraillée entre deux hommes, la réalisatrice signe ici une première oeuvre virtuose qui hante encore ceux qui l’ont vu. D’un réalisme aussi violent que subtil, cette oeuvre charnelle filmant au plus près de ses comédiens marque de manière tonitruante les débuts d’une jeune femme cinéaste bien décidée à conquérir le cinéma français. Faisant tourner plusieurs jeunes comédiens en devenir, elle implique immédiatement une patte perso, une touche unique dans la direction d’acteurs à la lisière du surréalisme mais toujours ancrée dans une volonté d’humanité profonde. Sorti en Janvier 1995 en catimini, le film n’a malheureusement pas rencontré son public ce qui a donc un peu plus repoussé l’élaboration d’un second long-métrage.


On continue et on se la fait jeune...
Rares en France sont les films contemporains sur l’adolescence sortant des sentiers battus et évitant les clichés de la comédie lourdingue. Alors que Gus Van Sant a déjà traité du sujet en long en large et en travers, la France semble encore frileuse à évoquer cette période difficile de la vie (Les sous-doués vous dites ?). Après avoir travaillé sur Coeur fantôme avec Philippe Garrel, elle tourne alors pour le compte d’Arte un téléfilm axé sur l’amitié de quatre jeunes filles dans les années 1970 : Petites ! Visiblement frustrée de cette première version, elle tourne en 1999 un prolongement au téléfilm et réalise ainsi son deuxième long-métrage : La vie ne me fait pas peur. Véritable évocation profonde, drôle, cynique et fascinante de l’âge ingrat, Noémie Lvovsky parvient sans fautes ni maladresses à se projeter dans la tête de ces quatre amies. Utilisant des morceaux de vie et son expérience personnelle, Noémie réussit l’exploit de traiter intelligemment de l’adolescence. Par la même occasion, nous découvrons alors deux jeunes talents plutôt prometteurs : Julie-Marie Parmentier et Magali Woch... Remarqué par la critique, La vie ne me fait pas peur fait son petit effet lors de sa sortie en salles et à l’instar du Péril Jeune (déjà une production Arte à la base) devient une petite oeuvre culte sur la jeunesse des années 1970.


Actrice... oui aussi.
En 2001, Yvan Attal demande pour la première fois à Noémie Lvovsky de jouer la comédie dans le rôle de la belle soeur dépressive dans Ma femme est une actrice. Celle qui pensait être faite pour l’écriture et la réalisation trouve alors une nouvelle vocation et, habitude oblige, excelle en la matière. Grisant. Elle est tellement bonne que comme ça, d’un coup, elle décroche une nomination au césar du meilleur second rôle. Continuant sur sa lancée, elle tourne alors dans Ah ! Si j’étais riche, France Boutique, Rois et Reine, L’un reste l’autre part, Backstage, Le grand appartement... Au fil du temps, Noémie Lvovsky se construit une réputation de comédienne bien plus connue du grand public que sa carrière de cinéaste. Un physique atypique, une voix chaude et profonde, un zeste de fraîcheur même dans les rôles les plus durs, Noémie Lvovsky est aussi une grande actrice. Un second couteau d’une puissance rare et profondément émouvante...


Quels sont tes sentiments ?
La première consécration en tant que réalisatrice arrive avec une oeuvre atypique, ancrée dans une tradition française de portrait bourgeois mais explosant ses conventions en construisant son récit autour d’une chorale folle prête à crier des insanités pour ponctuer l’histoire. Séquence d’animation, comédie dramatique, comédie musicale et un chinois cambrioleur offrent à ce film une dimension incroyablement insensée. A mi-chemin entre le film névrosé et schizophrène et la comédie de moeurs, Les sentiments est un portrait amoureux déoutant et rare. Le quatuor, composé de Poupaud, Carré, Bacri et Baye fonctionne à merveille et fait passer le cinéma de Lvovsky à l’âge adulte. Conciliant ambition, humour et ouverture au public, le film « populaire » de la cinéaste se vit comme une oeuvre de la maturité avec cette touche désinvolte laissant entendre que rien n’est joué et que tout se fait... Premier vrai succès public, récompensé du prix Louis Delluc, Les sentiments fleure bon l’évolution d’une réalisatrice plus à l’aise dans ses pompes et offrant toujours plus de matière à jouer à ses comédiens. Un vrai cadeau d’une belle générosité...


Quand est-ce qu’on danse ?
Fin 2007 est un gros cadeau de noêl pour Noémie Lvovsky... De manière assez étrange, deux films vont partir à la rencontre du public et former un dyptique étonnant se répondant et fonctionnant comme un duo inséparable. Faut que ça danse et Actrices, respectivement réalisés par Lvovsky et Bruni-Tedeschi sortent à un mois d’intervalle et construisent tous deux une mythologie autour de la figure féminine, de la mère et l’art de la comédie en général. S’il y a dans le premier une vraie dimension tonique et fantasque, une force de vie qui balaie tout sur son passage et qui autorise Noémie Lvovsky à aborder les thèmes les plus graves avec une insouciance qui ne ressemble en aucun cas à de la désinvolture, elle perpétue aussi en cela cette tradition de l'humour juif qu'a naguère popularisé Woody Allen. Même chose pour le second qui ambitionne de nous faire sourire lors des situations les plus humiliantes... Mais les deux femmes s’éveillent ensemble et dans un élan commun, semblent vouloir raconter deux choses différentes qui se rejoignent indéniablement. Etonnant de voir que la rencontre de ces deux femmes (l’une joue dans le film de l’autre et vice-versa) du cinéma français crée plus d’étincelles que la plupart des productions actuelles réunies... On ne saurait donc trop vous conseiller de découvrir ces deux films à la suite tant les similitudes, questions et réponses s’imbriquent dans un fluide créatif rare.

On attend désormais la prochaine oeuvre de Lvovsky qui devrait continuer à nous faire rire dans la plus pure tradition du surréalisme et du burlesque, nous émouvoir dans un registre aussi original que personnel et nous faire rêver à travers une mise en scène enlevée. Quelques cinéastes français nous redonnent confiance et Noémie en fait partie. On dit quoi ? Merci Nono...
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