Quentin Tarantino n'a pas son pareil pour offrir aux spectateurs des moments de cinéma uniques où le drame rejoint la comédie et la violence les rires. Des séquences cultes, le cinéaste nous en a offert en pagaille, jouant les équilibristes avec des dialogues jouissifs et des situations singulières. A l'occasion de la sortie de Inglourious Basterds en DVD et en Blu-Ray, la rédaction vous livre dix scènes cultes tirées de la filmographie du réalisateur.
Retrouvez le test Blu-Ray d'Inglourious Basterds
Reservoir Dogs par Nicolas Houguet - Like a Virgin
Pour son premier film officiel en tant que réalisateur, Tarantino s'impose dès la scène d'ouverture comme un dialoguiste hors pair, livrant souvent des exégèses improbables. Ici, une bande de malfrats réunis pour un braquage de banque sont attablés dans un restaurant. Ils nous livrent une explication de texte inattendue du « Like a virgin » de Madonna. C'est assurément la dernière chose que l'on attendait dans la bouche de ces durs à cuire à la tronche patibulaire. Ils nous expliquent donc le sens caché de la chanson, où une femme qui a pourtant bien vécu tombe sur un amant si bien pourvu qu'elle retrouve les sensations de sa première fois. Aussi étrange que cet échange puisse paraître, il permet de présenter le groupe, dans une scène d'exposition audacieuse mais classique. Et puis, on n'écoutera plus tout à fait cette chanson de la même façon, Tarantino se l'approprie un peu, comme il le fait avec la plupart de ses références.

Pulp Fiction par Nicolas Schiavi - La grosse commission
Il est certain que les films de Quentin Tarantino sont très bavards, emplis de diatribes sur des thématiques banales ou de dialogues absurdes. Mais le cinéaste sait aussi y faire dans un suspense silencieux où le danger rôde, même quand il provient du petit coin. La séquence où Vincent Vega (John Travolta) se fait descendre par Buch Coolidge (Bruce Willis) en est un formidable exemple. Alors que le boxeur retraité vient récupérer sa montre fétiche dans son appartement, le tueur à gages en profite pour faire ses besoins en lisant un magazine pulp. Le truc, c'est qu'il a oublié son arme dans la cuisine et que Butch, en train de se faire griller des toasts avant de reprendre la route, a tout le temps de s'en emparer. Que ce soit au niveau rythmique ou comique, cette scène culte ne dit mot mais sait jouer sur nos nerfs.
Jackie Brown par Jean-Patrick Desportes - Across 110th Street et l'adieu mélancolique
Cette scène magistrale se trouve en fin de métrage. Jackie a réussi son coup en arnaquant Ordell et en dupant les flics. Elle retrouve Max pour une scène d'adieu émouvante, pourtant sans effusion de larmes. Elle lui propose de partir mais il refuse. Elle quitte donc son bureau, seule. Max, le regard attristé, la regarde s'en aller. Seule au volant de sa caisse, le regard songeur elle repense à toute cette histoire qui lui aura fait gagner beaucoup d'argent et fait rencontrer cet homme avec qui elle ne sera jamais en couple. Ecoutant le titre Across 110th Street, qui ouvrait le métrage, elle regarde droit devant elle, le visage exprimant énormément de mélancolie. L'une des plus belles et plus émouvantes fins du cinéma contemporain. En cadrant seulement le visage magnifique de Pam Grier il revient à l'essentiel du film : Jackie Brown, seule avec ses souvenirs et la musique... Mais quelle musique...
Kill Bill, Damien Duvot - Combat dans un jardin japonais
Depuis la première scène du film où Uma raye le nom de sa seconde rivale Vernita Green, on connaît déjà l'issue du combat contre O-Ren Ishii. Néanmoins, Tarantino nous place juste après l'ahurissant massacre des Crazy 88 ce duel entre deux femmes que tout oppose, l'une, immense blonde en combi jaune fluo (Uma Thurman), l'autre petite asiatique, kimono blanc se déchaussant (Lucy Liu). Duel au sabre, dans un jardin japonais, sous une neige tombant doucettement, bercé par la musique de Santa Esmeralda montant en puissance. A l'opposé du combat précédent, ici, les effets de styles sont sobres, point de bruitages rigolos façon l'homme qui valait trois milliards, non, juste deux adversaires féminins économisant les coups. C'est quand il reste simple que Quentin donne son meilleur.

Les Experts - Saison 5 et Kill Bill 2, Anne-Louise Echevin - Six pieds sous terre
Quentin Tarantino est un as de la torture ! Dans Kill Bill 2, il livre une séquence angoissante : Uma Thurman se retrouve enterrée vivante. L'héroïne, jusque-là tueuse sure d'elle-même, se retrouve alors confrontée à un véritable cauchemar : car, lorsque vous êtes dans un cercueil avec une bonne épaisseur de terre au-dessus de vous, comment vous en sortir ? Crier, taper dans le cercueil, pleurer : rien ne peut vous faire sortir de là. Black Mamba se trouve dans sa dernière demeure, et elle le sait. Un an plus tard, dans deux épisodes des Experts réalisés par Tarantino, un des flics à pipette de Las Vegas subit lui-aussi le même sort. Mais le réalisateur pousse le sadisme encore plus loin. Le malheureux policier se retrouve ainsi six pieds sous terre dans un cercueil de plexiglas avec un flingue et un dictaphone. Il est filmé en temps réel, pour que ses camarades suivent son calvaire via Internet. Mais il faut constamment relancer la cession de visionnage. Or, lorsque la connexion est en marche, une lumière s'allume dans le cercueil. Au bout de cinq minutes elle s'arrête, et la lumière s'éteint. Jour, nuit, jour, nuit... De quoi devenir encore plus fou ! Ajoutez à cela des fourmis qui vous mangent vivant, des explosifs qui vous transformeront en bouillie au cas où vos camarades vous trouvent et tentent de vous sortir du cercueil... Avec tout cela, vous vous dites que votre ravisseur a quand même eu la clémence de vous donner un revolver pour en finir... Appuierez-vous sur la gâchette ?
Boulevard de la mort par Lucie Pedrola - Le lap-dance tendance margarita
Le Deathproof de Tarantino ne fait pas l'unanimité dans la série de réalisations cultes que constitue la filmographie du maître. « Trop bavard », c'est ce qu'on entend souvent de cette parodie de série Z peuplée de belles nanas qui ne s'en laissent pas conter. Tarantino n'est pourtant pas le dernier des dialoguistes, et ceux qui ont aimé les papotages mayonnaise et Royal Cheese de Pulp Fiction ne peuvent se débiner quand c'est au tour de deux trios féminins de discuter herbe et bolides ou d'hurler à chaque panneau où s'affiche leur copine alanguie, Jungle Julia. Boulevard de la Mort a donc aussi droit à sa culte adoration, pas seulement pour ces dialogues et hurlements déchaînés, pas seulement pour des courses-poursuites affolantes, des cascades bien découpées dans plusieurs sens du terme, mais aussi pour sa danse. The Coasters, Down in Mexico. Un pari. Le mystérieux vieux balafré au bolide mortifère a droit à son lap dance. Un mini-short en jean, une paire de tongs, une brunette réchauffée par quelques Margarita, une fille aux lèvres un peu trop larges, dont le rebondi du ventre apparaît sous le tee-shirt étroit, un concentré de sensualité débridée à faire prendre cinq bons degrés à une salle de cinéma en plein hiver.

L'histoire : Après un hold-up manqué, des cambrioleurs de haut vol font leurs comptes dans une confrontation violente, pour découvrir lequel d'entre eux les a trah[…]
