Par Arnaud Mangin - publié le 12 juin 2007 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h44 - 40 commentaire(s)
Après le très très lourd traitement de faveur accordé à la trilogie Terminator en DVD, et ce malgré le fait qu'elle soit passée entre plusieurs éditeurs différents, on pouvait imaginer que Gouvernator et son épatante filmographie ont bénéficié des meilleurs égards. Une carrière monstrueuse, on ne vous apprend rien, parvenue à confondre les icônes héroïques parfaitement américaines (pourtant interprétées par un Autrichien) avec le divertissement à mi chemin entre perles du cinéma d'action et séries B plus qu'honnêtes. Terminator, premier du nom, est d'abord passé par la case TF1 vidéo pour résultat désastreux avant de convaincre par trois fois et coup sur coup chez MGM (collector zone 2, collector z1, édition ultimate). Le second épisode édité chez Artisan en zone 1 s'est imposé comme un incroyable gifle tant James Cameron avait saisi tout le potentiel du DVD. Studio Canal s'est un peu gaufré en voulant reprendre le même contenu mais en oubliant quelques éléments en cours de route (sous-titre, Seamless branching, etc), avant qu'Artisan remette le couvert pour une version HD pour PC musclés. Son incroyable qualité d'image a remis tout le monde à l'amande. Terminator 3 a suivi le mouvement des films récents pour une édition technique au top et une interactivité sympa, à défaut d'être fascinante. Les plus fortunés se seront d'ailleurs essayés à l'édition Collector limitée à 1500 exemplaires et en chrome.


Beaucoup d'autres films ont bénéficié d'un traitement de faveur plus ou moins similaire, qu'ils soient édités chez Fox (Predator, Conan le Barbare), ou même chez Studio Canal qui s'est courageusement attaqué à des titres commercialement peu porteurs ces dernières années (Kalidor, Double Détente, Le Contrat, et surtout le génialissime Total Recall). Batman et Robin s'est aussi payé un collector de luxe et en se retournant vers l'import, on pourra même se procurer une belle édition de Running Man. Si le DVD de L'effaceur est un peu pisse-froid, on n'en voudra pas à Warner tant le film ne laisse que trop peu de souvenirs mémorables, mais un vrai sentiment de frustration persiste après les 9 ans d'existence de DVD sur le marché. Alors que certains titres enchaînent presque inutilement les rééditions à foison, quelques autres sont encore un peu trop laissés au rabais. L'excellente nouvelle, on vous en parlait il y a quelques jours, c'est l'arrivée en grande pompe de Commando (Yeeeeeaaaaaaaaah !) dans une édition enfin digne. Mais que reste-t-il du plus en plus orphelin Last Action Hero ? Bien évidemment, il existe, mais n'est à ce jour qu'un objet brillant par son minimalisme. Sans vouloir supplier les éditeurs de se remettre en selle et chambouler leur planning collant au plus près de l'actualité, on leur rappelle tout de même que Last Action Hero n'est pas le fond de tiroir qu'ils imaginent…


Last Action Hero : Le grand guignol démystifié !

Rire des excentricités du cinéma US en lui appuyant grossièrement sur la tomate molle qui lui sert de nez de clown, Last Action Hero le fait avec encore plus de décontraction et une évidence joyeusement outrancière. John McTiernan qui a réinventé lui-même à plusieurs reprises le cinéma d'action non sans ironie via les dantesques Predator (déjà avec Arnold qui bande les muscle pour serrer la main de son pote, le cigare au coin du bec) ou Piège de Cristal (un anti-héros socialement au ras des pâquerettes dont la brutalité l'emportera sur l'intelligence de ses adversaires) décide ici de mettre la couche ultime, comme pour clore une carrière hors du commun. Ce que la réalité finira malheureusement par suivre puisque excepté Une Journée en enfer, croulant déjà sous les contraintes pour sa scène finale, le réalisateur n'aura plus eu la chance de surprendre aussi agréablement. Ne parlons bien évidemment pas des quelques décrépitudes alimentaires tournées par-dessus la jambe. Le réalisateur s'amuse donc à se tirer ouvertement une balle à blanc dans le pied pour réveiller les esprits sur le sens vrai de son propre travail à l'heure ou son Die Hard n'en finit plus d'être plagié de tous bords. Mais le public ne suit pas. Parce qu'on ne se moque pas du drapeau étoilé bien évidemment, que les icônes doivent conserver l'échine bien droite et parce que juste en face et à la même période, Stallone gravit des cimes à mains nues et en t-shirt par moins douze degrés. C'est déjà beaucoup plus gratifiant.


Alors non, Last Action Hero n'écope pas du succès qu'il aurait pourtant mérité mille fois mais trouve néanmoins son public en faisant une association particulièrement osée de ce que Hollywood essaie de dissocier au possible. Une espèce de folie douce d'une part qui, au-delà de la simple parodie (on est loin devant Scary Movie et consorts), parvient à tourner en dérision l'énorme univers permettant au film d'exister financièrement, et en faisant déconner à plein tube une troupe monumentale d'acteurs et de guest divers qui n'attendaient que ça. Des petits délires jusque là réservés au cinéma de seconde zone, et qui gagnent donc d'un coup un public de doux dingues qui n'aiment pas être pris pour des buses. Les personnages sortent carrément du film, s'adressent au spectateur, rencontrent leurs interprètes respectifs, évoquent un film dans lequel ils ont joué sans même s'en souvenir et qui leur ont parfois valu un oscar. Akoibon avant l'heure en quelque sorte. Et fin du fin, on se permet même de refourguer avec un génie démentiel dans une même séquence, William Shakespeare et Arnold Schwarzenegger. C'est tout con, mais il fallait y penser, et visualiser l'acteur posant un crâne dans la main sur un fond de guerre nucléaire avant qu'une voix off ne lâche un cinglant "Il y a quelque chose de pourri au Royaume du Danemark, et Hamlet va faire le ménage !".


Le ménage, ou plutôt "Ca déménage". Ca c'est l'autre facette de Last Action Hero, offrir un spectacle visuel perpétuellement détonnant et qui prend un plaisir rare à aller toujours plus loin. Tout y est : explosions, bastons, fusillades, monstres, effets spéciaux à gogo, poursuites en voitures et autres séquences de foires qu'il serait vain de dénombrer ici. Deux facettes donc, deux chemins peu habitués à se croiser, deux types de no brainer et que McTiernan parvient à mixer pour un résultat qui contourne la débilité avec une aisance admirable. Ou comment, dans ce désamorçage lourdement engagé de tics trop emboîtés les uns dans les autres pour encore séduire, on arrive à se moquer délibérément des excès hollywoodiens avant de se surprendre à applaudir devant les cascades insensées de l'acteur star rattrapant au vol le crochet d'une grue le sauvant in extremis d'une chute mortelle. C'est (ou c'était) un peu l'effet McTiernan. Nous rappeler qu'un grand huit ne reste qu'un grand huit tout en parvenant à nous faire évader.

Le pitch à lui seul résume la situation, et ce n'est pas un hasard si le héros du film est un enfant, ce genre de production étant de toute façon réservée à un public avoisinant les douze ans, malgré les interdictions de la motion de censure. Et quand Arnold, une fois encore fabuleuse icône ici, ne prête pas ses traits à Hamlet, il donne carrément des leçons à l'industrie. L'effet "555", c'est la façade, mais Bridget Wilson qui débarque en 4X4 avec des fringues de rechange, "juste au cas où" alors que son héros de père sort justement d'un bain de goudron qui se décolle comme un masque à l'avocat, c'est le pompon qui fait jubiler. Ca explose pour un oui, ça survit indestructiblement pour un non, et ça cumule à foison une comic book attitude sous toutes les formes où l'action démesurées et les dialogues cultes (oui cultes) fusent comme des pétards….


En attendant de profiter une bonne fois pour toutes de Last Action Hero chez soi comme il se mérite - Si tu as des doigts, lecteur, croises-en un max ! - c'est désormais à ton tour ami internaute de nous faire partager TA réplique culte parmi toutes celles que ce petit chef d'œuvre dilapide. Kevin Prin ne s'étant d'ailleurs toujours pas remis du "Retiens ta main mon doux prince"…

Affaire à suivre.




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