Chaque nouvelle adaptation est toujours introduite par son lot de craintes et de doutes : il est impossible à un nouvel épisode de la fameuse franchise Resident Evil de sortir dans le calme ! Et il faut reconnaître que les premiers essais, plus ou moins soignés et pertinents, sont autant d’arguments pour les défenseurs mais aussi pour les détracteurs. Aussi, alors que débarque un nouveau volet, Resident Evil Degeneration, cette fois-ci totalement en images de synthèse, il est temps de faire le point sur les différents chapitres de la saga filmique et de se poser la vraie question : mais à qui s’adresse réellement la franchise?

Phénomène planétaire, Resident Evil premier du nom avait secoué gentiment le petit monde du multimédia : alors que perçait le fameux Alone in the Dark (qui lui aussi connaîtra une adaptation sous la houlette du capricieux Uwe Boll) sur les différentes consoles, Resident Evil se propulsait en 1996 à la tête des ventes de jeux Playstation faisant ainsi du support l’un des best-sellers les plus courus. De plus en plus populaire au sein des cercles très fermés de gamers et au près des amateurs désireux de connaître quelques sensations fortes, le jeu développé par la toute puissante Capcom se voyait offrir une pléiade de suites (Director’s cut, épisode 2, épisode 3 Nemesis, Survivor…) connaissant toutes, généralement, un certain succès. Assez logiquement, Hollywood se mit dans la course à l’adaptation : non seulement l’univers proposé était propice à une transposition mais en plus les intrigues présentaient des potentiels narratifs intéressants. Initialement en accord avec le cultissime George A. Romero, ce fut finalement le jeune britannique Paul W.S. Anderson qui eut les honneurs de s’atteler au projet : non seulement, il fait parti de cette jeune génération ayant grandi parallèlement à l’ascension technologique des logiciels et des machines mais il a surtout déjà derrière lui quelques prédispositions. En effet, à 37 ans, il a déjà quatre réalisations à son actif et plus précisément ancré dans une atmosphère vidéo ludique : si Shopping, Event Horizon ou Soldier conviennent aux producteurs, c’est surtout son travail sur Mortal Kombat qui lui ouvre les portes. Maître à bord, Anderson fait le pari osé de rester honnête avec lui-même : hors de question de faire une transposition bête et méchante d’un médium à l’autre, il souhaite donner un peu plus… D’où le problème : le jeune réalisateur ne parvient pas à totalement s’affranchir du matériel original et se trouve le cul entre deux chaises ! D’un côté, les éléments qu’il souhaite conserver du jeu original, passages obligés et qu’on lui reprochera fatalement d’avoir abandonné. De l’autre, son désir d’aller vers autre chose, un film plus excitant et plus fun, une ambiance à des lieux de l’univers sombre et lourd du jeu mais qui, finalement, correspond un peu plus à son état d’esprit.

Avec une ambition pour le peu biaisée et avec pour plan de travail sa seule expérience de joueur, Anderson boucle son film tant bien que mal et confie le rôle principal au mannequin, à l’époque superstar, Milla Jovovich. Celle-ci apporte finalement un côté glamour inattendu tandis que l’intrigue, prenant place assez logiquement dans les labos sous un manoir, narre superficiellement une contamination développée par la terrible Umbrella Corporation. Zombies, bestioles repoussantes et dobermans pourris déambulent dans le « Hive » et opèrent le minimum syndical alors qu’Anderson s’éclate visiblement beaucoup plus à filmer des coups de pieds retournés au ralenti que des séquences atmosphériques ! Pour mettre en parallèle avec une autre adaptation (elle, un peu mieux réussie), le pourtant très sympathique Anderson ne fait pas tout ce que notre Christophe Gans national prenait le temps d’établir dans Silent Hill : une vraie ambiance et un univers cohérent ! Mais au final, Resident Evil se tient plutôt bien ! Aussi sur que l’adaptation s’est vue sacrément esquintée, le film se révèle être une petite série B connaissant quelques éléments pas inintéressants : une bande son atmosphérique de Marilyn Manson, quelques idées de mise en scène. Mais les fanatiques, qui en attendent beaucoup, ne sont pas dupes: même si le divertissement est là, Anderson a tout simplement rincé une franchise!
Enfin… C’est ce que pensent les fans ! Car ils ne savent pas encore que le film a rapporté suffisamment à Metropolitan et qu’une suite est mise en chantier! Et les chose se révèlent très claires: si la grande majorité du public convaincu était des néophytes autant s’adresser directement à eux! Aussi, est lancé en production Resident Evil : Apocalypse qu’Anderson décide de produire et d’écrire. Il laisse sa place à Alexander Witt, habituellement chef opérateur, cadreur ou assistant, et qui se voit ici confier la responsabilité d’un premier long métrage. La bonne nouvelle, c’est que Witt ne s’en sort pas trop mal. La mauvaise, c’est que ce second volet porte incroyablement bien son nom et se révèle être un nanar improbable. Avec un budget important, ce qui se devait d’être une série B honorable s’inscrit dans les mémoires comme un grand moment certes fun et décomplexé mais aussi d’une stupidité rare. L’ensemble de la critique mondiale est unanime et relève toutes les inepties dont le métrage s’est fait le maître étalon. Toujours avec la Jovovich en tête d’affiche, cette dernière se présente en bête de guerre qui bousille un peu tout ce qui passe sous son flingue! Les joueurs sont dégoûtés, le public est sidéré et même les efforts faits pour consoler s’avèrent être de douloureux handicaps. Rien que le mythique Nemesis, créature monstrueuse particulièrement énervée et grande figure du troisième épisode du jeu, perd toute sa puissance terrifiante au profit d’un costume cheap et un maquillage plastique surprenant... C’en est trop ! Pour beaucoup Resident Evil doit être oublié...


La réputation particulièrement mauvaise de la série incite les dirigeants à mettre un peu de côté les projets de suite. Pour un temps du moins ! Car six mois plus tard est remis sur le tapis le désir de monter une suite. Anderson, qui a prit un peu de recul et qui s’extasie moins sur les artifices, rédige une histoire un peu plus ambitieuse et s’inspirant autant de la série de jeux (Code Veronica, Dead Aim…) que de ses films de chevet (Mad Max). Il fait embauché le zombie Russel Mulcahy qui, après quelques très bons films (Highlander ou Razorback), traînent du côté des petites productions pour le câble avec Casper Van Dien... Trouvant le moyen de faire ses preuves à nouveau sur une grosse production, il saute sur l’offre. Et on peut dire qu’il s’y applique, ou tout du moins lors de quelques belles séquences. En cela, l’épisode s’approche plus de la qualité du premier que de la nanardise du second mais hélas les fans ont depuis longtemps lâché l’affaire et il semble évident que la franchise ne s’adresse uniquement qu’au grand public... Mais à force d’entendre des râles de mécontentement, Sony et Capcom se décide à lancer une vraie adaptation ultra fidèle au modèle : Resident Evil Degeneration s’adressera essentiellement aux joueurs. De plus, il sera réalisé par l’un des programmateurs phares de la licence, Hiroyuki Kobayashi, qui aura déjà fait ses preuves sur Devil May Cry 4 ou Killer 7. Celui-ci met en place une intrigue trouvant une légitimité après les épisodes 2, 3 et 4 de la série de jeux et avant l’épisode 5 devant sortir un mois plus tard (13 mars). Intégralement en image de synthèse et rappelant le meilleur des cinématiques du jeu, toute l’équipe se sera acharnée à retrouver l’essence même qui avait été perdue lors de son passage par les studios américains. Resident Evil Degeneration sortira directement en DVD et Blu-Ray Disc le 4 février : alors on aura le fin mot de l’histoire!

L'histoire : L'incident causé par Umbrella qui condamna Raccoon City à subir les conséquences d'un terrible virus a pris fin avec l'envoi d'un missile d'attaque pa[…]
