Par FK, RLV - publié le 25 août 2008 à 05h01 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 17h39 - 3 commentaire(s)
Sort cette semaine en DVD un film qui pour de très bonnes raisons ne fit pas l’unanimité à la rédaction : d’un côté les détracteurs rejetant catégoriquement le métrage du prodige James Wan, de l’autre les quelques uns acquis à la cause des vigilante movies. Pour fêter dignement l’arrivée dans nos DVDthèques du métrage ayant Kevin Bacon pour vedette, Dvdrama vous propose un dossier à quatre mains mettant en avant les deux visions d’un même film.



S’il y a bien une chose qui paraît évidente au sujet de ce Death Sentence, c’est que James Wan a réussi son pari. Fort d’une réputation avantageuse suite à l’expérience que fut le coup d’éclat Saw, affaiblit par un accueil mitigé -voire inexistant- de son visuellement impressionnant Dead Silence, le jeune cinéaste se devait véritablement, avec ce film, de s’assumer en tant que réalisateur/auteur et non pas en tant que simple intervenant sans saveur. En choisissant de revenir au vigilante movie, Wan su surprendre tout le monde : s’atteler à un projet aussi houleux avait tout du projet casse-gueule et pourtant le jeune homme s’en sort avec les honneurs, des honneurs qui lui feront pourtant du tort malheureusement. Car s’il prouve encore une fois sa maîtrise sidérante de la mise en scène, s’il se permet quelques démonstrations de maestria plus ou moins audacieuses, il se met aussi largement en danger en proposant de suivre, sans aucune prise de position, ce père de famille choisissant d’abandonner son humanité pour régler ses comptes. Il est alors légitimement acceptable de la part de certains de ne pas apprécier l’incohérence que marque ce paradoxe étrange qui consiste à opposer une forme magistrale et expressionniste à un discours aussi primaire.



En effet, Wan va entrer dans une démarche assez ambiguë qui consistera à proposer Nick Hume, parfaitement interprété par Kevin Bacon, comme un vengeur solitaire, le sacralisant par la mise en scène dans certaines séquences pour mieux le laisser seul ensuite dans quelques plans intermédiaires. Cette difficulté à laquelle va s’opposer Wan, ce point de vue qu’il ne semble pas avoir, sera le principal défaut de son métrage et même l’erreur décisive qui fera abandonner le spectateur désireux d’avoir un peu plus qu’un simple divertissement aux allures de polar hard-boiled crapoteux. Puisque l’évidence est là : si Wan ne se positionne pas, déchiré entre l’envie de revenir à un genre qu’il apprécie, très dangereux dans son fond par son ambivalence permanente et par ce désir d’offrir un divertissement à l’action trois étoiles, c’est peut être tout simplement parce qu’il n’a pas pris le temps de se forger sa propre opinion…


Pris comme cela, Death Sentence apparaît alors comme une œuvre opportuniste, acceptant n’importe quelle besogne pour proposer quelques minutes démonstratives… Ainsi malgré sa quête d’affiliation permanente avec les films de Siegel, de Winner ou de Lustig, il semble ne jamais parvenir à réellement choisir son camp. Plaçant toujours son protagoniste tel un héros, le sublimant en lui offrant des situations humainement éprouvantes mais aussi en l’accompagnant d’un changement de look clipesque ainsi que d’une aura de guerrier intrépide et vaillant pour mieux le faire chuter en l’opposant à un ennemi ayant les mêmes valeurs que lui. On pourra donc préférer tous les anciens qui osaient, ne prétendaient pas avoir la solution mais choisissaient leur camp, n’hésitant pas à suivre le vengeur pour mieux appuyer avec ironie son décalage… Et si la solution de James Wan, celle qui sera restée invisible, était justement là, juste sous nos yeux ? Si Wan, pour une fois dans un film tel que celui-ci, se forçait l’espace d’un montage à ne pas se positionner, n’hésitant pas à retirer les plans dans lesquels il est explicite ? Vu sous cet angle, son film, qui semble prôner la loi du talion, ne serait plus aussi malsain ou radical mais, au contraire, mué par une force étrange et arborant la notion de l’équivoque jusqu’à son paroxysme… Dans quel but ? Laisser le spectateur seul avec ses propres haines et ses vrais coups de cœur comme pour le contraindre à vraiment s’exprimer sur la situation. Si Wan ne décidera jamais d’apporter une pointe de jugement narrativement, c’est dans la seule optique de ne pas se placer mais au contraire de positionner son public face à des choix. Il est alors hors de question de rester de marbre face à un véritable carnage aux allures visuelles exceptionnelles mais qui couvre de sa fureur les drames sous-jacents que les deux camps, par leurs actes, décident de ne pas affronter.



C’est sans doute cela que Wan a décidé de raconter : en se servant d’un genre réclamant la réactivité -bonne ou mauvaise- d’un public, il a en fait découvert le linceul qui couvrait les âmes de deux clans prêts à tout pour ne pas avoir à se confronter au deuil, à l’instar de Bacon qui renie quasiment sa famille pour mieux se nourrir de haine et oublier ses propres responsabilités. Les avis se recoupent donc en l’espace de quelques secondes et lorsque l’on accepte de s’extirper du genre dans lequel Death Sentence, apparemment, tente de s’apparenter. Il n’a jamais été question d’un vigilante mais d’un film de vengeance, d’une tragédie moderne dans laquelle l’issue est irréfutable… Mais c’est justement en contournant les genres et en ne s’inclinant pas devant un système de pensée, en gardant son propre avis sur la question, ne donnant jamais de réponse et en laissant le spectateur dans un dernier plan effarant seul et dans le doute, que Wan apporte sa pierre. En cela, il signe un grand film puisque doué d’une complexité quasi-invisible, camouflée par une esbroufe tape-à-l’œil et dérangeante. Il s’inscrit donc dans la plus pure lignée des films aux discours tendancieux et plus ou moins réactionnaires en divisant son public et en l’opposant, ce qui est beaucoup plus intéressant et constructif que lorsque tout le monde suit la même brebis galeuse.



Les camps ne changeront pas pour autant, les avis que suscite une œuvre telle étant, assez logiquement, bien solides. Cependant, ce que l’on aura reproché à Wan risque bien de se voir réparé puisque le monsieur avait prévu deux montages : un pour les salles et un disponible sur les DVD. Ainsi, son director’s cut inédit risque bien d’en décontenancer plus d’un puisque, dans cette version alternative, le jeune réalisateur ôte l’ambiguïté qu’il laissait planer sur son métrage lors de la sortie salle et ajoute quelques secondes lors d’une multitude de plans pour affirmer son avis. Ainsi, la fin se trouve allongée d’une dizaine de secondes remarquables qui posent un regard véritablement mature sur une situation tendue… Radical, bouleversant, dérangeant, répulsant, Wan a signé un film se nourrissant des propres opinions du spectateur, au risque de se faire haïr. Death Sentence est définitivement un film que l’on aime détester et que l’on déteste aimer…


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