Par Kevin Prin - publié le 22 juin 2007 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h52 - 16 commentaire(s)
Sorti le 6 Juin dernier dans une nouvelle "édition exclusive", Robin des Bois des studios Disney n'a cessé de chauffer les forums sur internet et particulièrement les nôtres. La raison ? L'image serait recadré ! En effet, le film est présenté dans un nouveau transfert 16/9 au format 1.75 là où l'ancienne proposait un transfert 4/3 au format 1.37. La perte d'image est bien là, la preuve en image ci-dessous, et pourtant... le film n'est pas recadré ! Explications.


Robin des bois a été conçu en 1.33 mais "pensé" en 1.75. A l'époque, 99% des films au format 1.66, 1.77, 1.75, 1.85, étaient en fait tournés en 1.33 avec assez de matière pour pouvoir s'adapter sans problème non seulement aux diffusions TV, mais aussi aux futures sorties vidéos déjà anticipées (Robin des Bois date de 1973, les premiers titres vidéo de 1977, les premiers laserdisc discovision de 1978), et surtout aux différents formats de projection à travers le monde. Car si aujourd'hui n'importe quelle salle est capable de projeter un film en 4/3, 1.66, 1.75, 1.85 ou scope (2.35/2.40), ce n'était pas le cas des années 50 (apparition du scope en 53) jusqu'au début des années 80.



Le format variait ainsi d'un pays à un autre, chacun ayant son propre standard de projection. Aux Etats-Unis, le 1.75 et le 1.85 étaient de rigueur, en France nous avions le 1.66, au japon le 1.77 (d'où cette norme plus tard pour les téléviseurs 16/9), tandis que les pays d'Asie ou d'Afrique avaient adopté le 1.33. Le cinémascope est un cas très particulier puisqu'il nécessitait un autre type de lentille sur le projecteur ainsi qu'un écran beaucoup plus rectangulaire : les salles équipées étaient très rares mais attiraient les foules pour ce grand spectacle.


Bref les tailles d'écran variaient et pour éviter qu'un film ne soit amputé d'une partie de son image, les Américains cadraient en 1.75 ou 1.85 tout en tournant en 1.33, envoyant les bobines à travers le monde et laissant le soin aux projectionnistes de placer les caches sur leurs projecteurs pour adapter l'image à l'écran. Pour en revenir à Robin des Bois (mais c'est aussi valable pour Les Aristochats ou Les 101 Dalmatiens), le film a été cadré en 1.75, projeté aux Etats-Unis dans ce format, projeté en France en 1.66, au Japon en 1.77, en Afrique et Asie en 1.33. Evidemment les VHS qui sortaient ensuite reprenait le format 1.33 pour éviter au spectateur de souffrir de bandes noires sur l'écran. La pratique dans les années 90 s'est inversé, et les Aladdin ou Roi Lion tournés en 1.66 ont cette fois-ci été véritablement recadrés en 1.33 pour la VHS.


Ce phénomène explique par ailleurs que de nombreux anciens films soient diffusés à la télévision avec un générique en 1.75 (avec des bandes noires donc) et passe tout de suite après en 1.37 avec énormément de "matière" supplémentaire en bas et en haut de l'image. Il ne s'agit pas d'un recadrage mais le format n'est pas certainement pas le bon. C'est comme si nous voyions aujourd'hui un film en scope comme Titanic sans les caches noirs posés au Super 35 et donc en 4/3. Oui on verra mieux le bateau, mais le cadrage en scope aura disparu...

L'Edition Exclusive de Robin des Bois cherche donc à restaurer le format d'origine du film puisque le 16/9 est enfin devenu le standard des téléviseurs.


Edition Exclusive - format 1.75 – format original


Ancienne Edition - format 1.37 – plus d'image mais ce n'est pas le bon format

Le fin mot de l'histoire est que nos yeux se sont habitués à voir les versions TV des Disney, avec beaucoup de matière autour des personnages. Mais le format d'origine était en fait plus serré, plus cadré et contenait moins d'image... Après, nous pourrions lancer un débat entre le fétichisme de ce qui nous a bercé étant enfants et le respect absolu de l'œuvre telle qu'elle a été voulue à l'origine. Il serait facile d'avoir un faible pour le premier mais le second se défent pour les mêmes raisons qu'un recadrage sauvage est condamnable... Le DVD idéal aurait peut-être dû proposer les deux versions...

Merci à Benoît Landot pour les précisions techniques et Christophe Gans pour ses éclaircissements précieux...
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