A l'occasion de la sortie en DVD de la première saison de Alf, retour sur la seule série avec un type à poil que nos parents nous laissaient regarder.
Retrouvez le test DVD de la saison 1 ici
"MANGER LE CHAT ! MANGER LE CHAT !"
« Salut c'est Alf ! Je viens de la planète Melmac ! »
Alf (pour Alien Life Form), de son vrai nom Gordon Shumway, est un extraterrestre poilu qui s'est malencontreusement écrasé sur la maison des Tanner en banlieue de Los Angeles. Les Tanner (Willy, Kate, Lynn et Brian) vont apprendre à leurs dépens, qu'avoir un alien dans leur maison n'est pas de tout repos, surtout avec des voisins fouineurs et envahissants. Le show s'est étiré sur 4 saisons, de 1986 à 1990, et Alf est alors devenu une immense star, avec son propre spin off (et récemment son propre Talk Show). Pourtant, ce ne fut pas de tout repos.
Retour en 1986
Paul Fusco, marionnettiste de son état, cherche à vendre un concept de son cru aux chaînes de télévision : « et si un extraterrestre vivait dans une famille typique américaine ? ».
Essayant de proposer sa création à Disney et aux productions Jim Henson (les muppets), Fusco essuie refus sur refus. Il faut dire que ça sent le réchauffé : Mork et Mindy (avec Robin Williams), et Mon Martien favori sont déjà passés par là. Néanmoins, NBC signe avec Fusco, et la série est lancée. Souhaitant garder le secret sur la marionnette, Fusco demande à construire un décor cachant tous les marionnettistes de la vue du public (inexistant). En effet, la série n'est pas réalisée devant un public, au contraire de la majeure partie des productions de l'époque (Cheers en tête), et les caprices de Fusco semblent alors inutiles. Pourtant, NBC est d'accord, et les plateaux de tournage sont surélevés de plusieurs mètres, afin de pouvoir animer Alf. La marionnette est ensuite enfermée chaque soir dans une boîte et déposée dans un endroit secret, tandis que Fusco clame à qui veut l'entendre qu'il s'agit d'un vrai extraterrestre, ne voulant rentrer en relation qu'avec une dizaine de personnes. Durant les deux premières saisons, un acteur de petite taille (Mihaly Meszaros) est aussi costumé en Alf pour les scènes où il est montré en entier, mais ce n'est pas vraiment au point, le spectateur pouvant aisément déceler la différence entre les deux versions. Ce procédé sera finalement abandonné.
L'inconvénient d'une telle machinerie fait que le tournage s'étire en longueur, nécessitant parfois 20 à 25 heures pour tourner un épisode entier (1 minute par heure...). Et c'est surtout Willy qui va en faire les frais. Car si dans la série, Alf tourne en ridicule la famille Tanner, et surtout Willy le père (Max Wright), dans la vraie vie, c'est à peu près la même chose. Le nombre d'heures demandé pour contrôler Alf met la vie de couple de Max Wright en péril, sa femme Linda réclame même le divorce (heureusement sans suite). Max est aussi agacé du fait de n'avoir qu'un rôle d'Auguste face à une marionnette et ne comprend pas pourquoi c'est la bestiole qui possède les meilleures répliques. Sans compter que l'actrice Anne Schedeen (Kate) tombe enceinte, nécessitant d'ajouter un bébé à la famille Tanner. Pour couronner le tout, l'actrice Andrea Elson (Lynn) fut prise de boulimie au cours de la seconde saison et confirme que « si le show avait duré une année de plus, personne n'aurait survécu ». La tension est telle sur le plateau qu'après la toute dernière scène tournée, Max Wright fila dans sa loge sans un mot, s'empara de ses bagages et disparu. Anne Schedeen déclarait dans un article pour le magazine People « Croyez-moi, ce n'était pas vraiment la joie là-bas (...) il y eut beaucoup de tension, chaque épisode était un réel challenge et demandait de longues heures de tournage (...) en réalité c'était une famille dysfonctionnelle (...) si la série était merveilleuse, elle ne montrait pas du tout le bordel qu'on vivait ». Ce fut un tel cauchemar que les enfants mirent un terme à leur carrière d'acteur, tandis que les parents freinèrent leurs projets.
La vraie star
Alf est donc la vraie star de la série, et au fur et à mesure des épisodes, on en apprend un peu plus sur son passé et sa vie avant la Terre. On sait qu'il est né le 28 octobre 1756, qu'il vient d'une planète appelée Melmac qui a explosé suite à un accident nucléaire, et qu'Alf semble, au début en tout cas, être le seul rescapé de son espèce. Au cours des saisons, on découvre cependant que son meilleur ami Skip, ainsi que sa petite amie Rhonda ont également survécu. Doué d'une extrême gentillesse, Alf a tout de même énormément de défauts, tel un appétit vorace (et particulièrement pour les chats), un humour potache, et s'ennuie très facilement. On peut en outre rajouter une curiosité extrême, ce qui le pousse très souvent à voir ce qui se passe à l'extérieur, risquant sans cesse de se montrer aux autorités, notamment à l'armée américaine (et sa branche consacrée aux formes extraterrestres).
De sa popularité, Alf a eu droit à un énorme merchandising, avec peluches, mugs et autres jeux vidéo, ainsi qu'une cinquantaine de comics publiés par Marvel. En complément de la série, un spin off est lancé, montrant la vie passée de l'extraterrestre sur sa planète. On y voit d'ailleurs son travail de surveillance autour de Melmac, ainsi que sa relation avec Skip et Rhonda. La seconde saison (nommée « Alf Tales ») voit Alf dans de nombreux classiques de la littérature, tel que Jack et le haricot magique ou Le Petit Chaperon Rouge.
Animé principalement par Fusco, Alf nécessitait tout de même trois marionnettistes, et était tellement réaliste que Max Wright pensait « qu'il pouvait rougir ». Mais c'est surtout sa voix particulière qui l'a rendu célèbre. Si aux USA, Alf était doublé par Paul Fusco lui-même ; en France c'est le talent de Roger Carel qui le rendit si populaire. Aujourd'hui, il suffit de dire « manger le chat » pour voir qu'un culte tourne toujours autour du personnage. Alf apparaît même encore en tant que caméo dans quelques séries, comme Matlock, ainsi que dans des publicités américaines. Il fut même un passager de la nouvelle version de La Croisière s'amuse, le temps d'un épisode, et constitue une blague récurrente des Simpson (même le rappeur Eminem porte un T-shirt Alf dans un de ses clips). Tina Fey le fit venir pour une émission célébrant les 75 ans de la chaîne NBC, en ajoutant que le plus compliqué était de gérer les « gens autour de Alf ». Car Fusco, toujours fidèle à ses principes, fit modifier entièrement le plateau pour (à nouveau) cacher les secrets de sa marionnette. Récemment, Alf fut le présentateur d'un Talk Show (en 2003) qui dura six émissions (et un pilote).
La fin
Le dernier épisode de la série montre Alf prêt à repartir pour sa planète. Willy et Kate (tout comme leurs interprètes) semblent ravis de le voir décamper, tandis que les enfants sont moyennement emballés. A la fin de l'épisode, l'armée américaine effraye la soucoupe, et Alf est emprisonné, donnant à la série un cliffhanger insoutenable pour les fans de l'époque. Fusco & co tannèrent la NBC afin d'avoir une suite convenable, mais les dirigeants firent la sourde oreille. Il faudra attendre 1996 pour qu'un téléfilm intitulé Projet : Alf soit diffusé, reprenant les choses là où elles avaient été laissées. On y apprend en outre que les Tanner furent mis en protection de témoin au Mozambique et qu'ils se trouvent actuellement en Islande, tandis que Alf, prisonnier dans une base américaine, joue au bookmaker avec ses geôliers. Une version française sortit en DVD en 2006, avec de nouveau Roger Carel au doublage. Au casting, on a la présence savoureuse d'un Martin Sheen prenant son pied à interpréter un militaire tyrannique. On aperçoit aussi le comédien Ed Begley Jr (Spinal Tap) en savoureux Docteur Warner dans un des meilleurs gags du film (décédant des suites d'une électrocution, Warner est remplacé par un nouveau docteur testant Alf avec des associations de mots. Aux mots « Toast » et « Grillade », Alf répond sempiternellement : « Docteur Warner »). Le téléfilm était censé relancer le personnage, mais le public ne suivit pas et la marionnette fut oubliée. Le même four arriva pour le Talk Show, avec pourtant des célébrités US telles que Drew Carrey ou Eric Roberts. Finalement, si le personnage est resté toujours aussi populaire, il faut constater que le public préfère quand même visionner les anciens épisodes plutôt que de découvrir une nouvelle série avec la bête.
Alf, tel Arnold et Willy ou Le Prince de Bel-Air, reste une série culte du petit écran, aidée par un doublage français excellent (il y a également le génialissime Gérard Hernandez). Et tel Arnold et Willy ou Le Prince de Bel-Air, Alf est accompagné par ce parfum de nostalgie, nous rappelant nos samedis matins ou nos après-midis avec la télévision en toile de fond pendant nos devoirs. Il suffit juste d'entendre les quelques notes au saxophone du générique pour nous donner la larme à l'œil (d'ailleurs c'est également un Alf... Clausen celui-là, compositeur d'une autre famille connue du petit écran). Planquez vos chats ! Alf est de retour à la télévision !

