Par Florent Kretz - publié le 04 mars 2008 à 07h03 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 13h23 - 2 commentaire(s)
Assez logiquement les deux Sisters, celui de l’ancien très grand De Palma et celui du sans doute futur très grand Buck, se renvoient un étrange reflet, à l’instar de ces deux sœurs siamoises séparées, l’une trop imposante et trop encombrante pour l’autre. C’est un peu cette relation étrange qui lie ces deux films à la fois si semblables et si différents, un peu comme la volonté qu’avait eu, quelques années avant, le remake de Massacre à la tronçonneuse, Marcus Nispel voulant montrer et dévoiler une crasse physique tandis que son prédécesseur se maintenait dans une pourriture insoutenablement viscérale à défaut d’être démonstrative. La nouvelle version de Sisters complète ainsi parfaitement l’original, offrant l’envers psychique et rhétorique d’une forme stylisée et classique tant employée par De Palma.


Même si beaucoup est à dire tant sur le point historique que sur le point narratif et technique de cet hommage à Hitchcock, il faudrait sans doute le considérer comme œuvre indispensable à la compréhension et à l’acceptation de ce remake qui finalement et paradoxalement, même s’il en possède toutes les caractéristiques, n’en est pas vraiment un, la démarche de Douglas Buck étant tellement loin de celle du maître. Dans son approche du classique et dans son ambition de l’interpréter à sa sauce, le jeune réalisateur semble s’être totalement affranchi de l’idée de retravailler une œuvre dans le but de lui offrir une seconde jeunesse mais donne l’impression d’avoir voulu offrir un frère siamois rabaissé et avorté à son –peut-être trop prestigieux- modèle. Non pas qu’il est moins bon ou moins efficace mais il semble souffrir de la comparaison tout comme souffrent les protagonistes des deux versions : cette recherche volontaire permanente de l’autre même s’il n’a aucun lien héréditaire. Alors que le film de De Palma se cherchait un air de famille avec la filmographie du maître du suspense, employant tous les moyens, techniques ou narratifs, pour s’affilier et se faire reconnaître, le nouveau parent que sont ces nouvelles sœurs de sang s’immisce discrètement mais sûrement et petit à petit s’impose comme le penchant humain et névrosé de l’œuvre matricielle. Buck le reconnaît lui même : il n’a fait que poser sa vision sur des thématiques qui étaient déjà présentes, cachées, tapies dans les méandres du travail de De Palma sans pour autant que celles-ci soient visibles au premier coup d’oeil. Aussi une nouvelle dimension se crée, celle des phantasmes, de la sexualité sous toutes ses formes, de cette recherche de reconnaissance et de cette dépendance maladive à l’autre…



Mais ce désir de reconnaissance qu’a connu De Palma envers son modèle, ce désir d’affection que réclament ces nouvelles petites sœurs auprès d’un public déjà dévoué à la cause du réalisateur de Phantom of the Paradise, Buck en souffre, cherchant sa place dans l’ombre de grands tels que Cronenberg à qui l’auteur de Family Portraits fait directement référence. Cette déviance dont parle cette nouvelle version, ce côté freaks est présent dans la démarche de Buck qui cherche à se coller à une thématique ancienne d’un réalisateur qui, lui-même a depuis, changé son fusil d’épaule, cherchant à faire évoluer ses aspirations vers de nouvelles terres comme le montrent ses Promesses de l’ombre… Drôle d’envie donc de vouloir fixer sa vision de l’œuvre d’un auteur sur la carrière d’un autre réalisateur, surtout lorsque cette carrière prend une tournure inattendue et dont les anciennes obsessions sont maintenant traitées… En cela, Douglas Buck se pose avec son Sisters comme le rejeton attardé d’un cinéma finalement classique, malgré sa participation au nouvel Hollywood, croisé avec un univers biologiquement dégénéré. Le cinéma se voit là amené à une nouvelle génération de cinéastes qui se réclame autant d’auteurs depuis toujours considérés comme des très grands et d’autres avec qui l’histoire aura été moins tendre (même si elle rattrape finalement le coup…) faute à des oeuvres moins conventionnelles et peut-être plus difficilement acceptables.


Cette nouvelle version de Sisters se pose donc comme le jalon nouveau d’un cinéma qui s’annonce réellement comme un hybride. Il est certain que si les jeunes cinéastes tentent et expérimentent à partir du matériau des vieux sages, ils produiront à leur tour des œuvres qui resteront et seront sans doute amenées à être réinterprétées dans quelques décennies… Cependant lorsque l’on voit la tournure que prennent certaines carrières, certains se reposant sur leurs acquis et ne se remettant absolument pas en question, il est dommage que le regard ne se fasse que vers le haut et rarement vers le bas, car ce que l’on peut excuser à un jeune réalisateur est souvent moins acceptable venant d’un maître. Cette crainte s’incarne parfois par des attitudes comme celle du papa de Scarface (qui pourtant était une réinterprétation lui aussi…) qui s’était beaucoup amusé d’apprendre la mise en chantier d’un remake de Sisters, manière polie de signifier qu’après lui le déluge… En attendant il semblerait que cette nouvelle famille de sœurs de sang fonctionne beaucoup mieux, au sens artistique du terme, que ce diptyque Outrages/Redacted… Mais le plus intéressant dans cette naissance douloureuse d’un cinéma qui se veut plus que jamais enfant de tout et de rien, acceptant toutes les affiliations et réfutant les paternités, c’est cette confrontation qui s’annonce entre des œuvres intemporelles, soudain remises au goût du jour au travers de remakes et de références, avec les enfants légitimes qui sont bien décidés à les remettre sur le devant de la scène tout en s’appropriant ce qui leur est dû… Ce face à face se fera sans doute dans l’ombre et la nouvelle version de Sisters, malheureusement, en paye le prix fort malgré toutes ses qualités…



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