Inédit en France, Spun, de Jonas Akerlund, sort directement en zone 2 avec beaucoup de retard. On ne comprend pas pourquoi.
Spun, premier long métrage du réalisateur Jonas Akerlund, est un phénomène qui tourne depuis plusieurs années dans des festivals internationaux et, à chaque présentation, suscite les mêmes réactions extrêmement contrastées chez le public, partagé entre l'hilarité et la consternation. En France, on n'en avait plus de nouvelles depuis sa présence hors-compétition au festival du film américain de Deauville en 2002. Un peu à la manière de
Southland Tales, de Richard Kelly, il a longtemps été question d'une sortie directement en DVD car sortir
Spun au cinéma aurait été synonyme de suicide commercial. Jusque là, rien de précis. Ce ne sera que sept ans plus tard que les amateurs de cette bombe d'énergie et de mauvais goût, biberonnée au cinéma trash de John Waters (beaucoup de références à
Pink Flamingos) pourront la revoir dans sa version
uncut, incluant des séquences X en animation. En réalité, on peut se demander si la vraie motivation des distributeurs à sortir
Spun en zone 2 français ne vient pas surtout du second long métrage de Jonas Akerlund,
The Horsemen, qui bénéficiera lui d'une sortie dans les salles hexagonales le 1er avril prochain. Si les visionnages intempestifs ne jouent pas en sa faveur (il s'autodétruit rapidement),
Spun constitue une bonne introduction pour s'initier à l'univers du réalisateur (un peu comme
Killing Zoe pour Roger Avary). Pour donner une idée du résultat, c'est comme si avec une bande d'amis vous décidiez de regarder
Requiem for a dream un soir en DVD, que vous baissiez le son de la télévision et que vous vous amusiez à créer des dialogues hilarants en ajoutant des bruitages et des sons décalés.
A l'origine, Jonas Akerlund vient de la musique. Initialement batteur dans un groupe de Death Metal, il a décidé de se diriger vers un autre univers artistique le jour où il s'est rendu compte qu'il n'avait strictement aucun talent. Son obsession sera désormais visuelle. C'est ce qui lui a permis de signer dans les années 90 des clips remarqués et remarquables. A l'époque, tout le monde veut travailler avec lui. Akerlund commence avec le groupe Roxette et Madonna (il a réalisé le clip
Ray of Light) et creuse de plus en plus une mouvance trash/chic branchouille. Akerlund entreprend de déranger avec le groupe The Cardigans dont il signe le clip
My Favorite Game. A la fin, la chanteuse blonde Nina Persson finit par se crasher en bagnole – séquence finale choc qui finira censurée. Le plus marquant de tous ses clips, c'est
Smack my bitch up! des Prodigy qui contient déjà des éléments que l'on retrouvera dans
Spun : du vomi, de l’alcool, du sexe, de l'hystérie, de la violence et un twist final.
Spun dans lequel il réutilise tous les tics formels déjà exploités dans ses clips. L'histoire s'articule autour de dealers, de putes, de flics ripoux mais elle n'a pas d'importance. Ce qui est plus amusant, c'est de voir comment les personnages borderline vont finir par se rencontrer. Le casting (Jason Schwartzman, Mickey Rourke, Brittany Murphy, Mena Suvari, Peter Stormare, Alexis Arquette, Billy Corgan des Smashing Pumpkins et Ron Jeremy) est hallucinant tellement il ressemble à tout et à rien en même temps. Et à force de faire se rencontrer des gens qui n'ont rien à faire ensemble, cela crée des interactions passionnantes. On pense surtout à une séquence mémorable où John Leguizamo, nu comme un ver, se branle avec une chaussette en écoutant les ahanements de Debbie Harry au téléphone pendant que sa copine Mena Suvari fait caca aux toilettes.

La musique hurle, les dialogues dégueulent, les personnages puent, le montage déchire la rétine. Aussi élégant qu'une bonne main au cul, le résultat ressemble au cinéma de Gregg Araki dans les années 90 période
Doom Generation avant qu'il ne s'assagisse. En voyant la folie de Jonas Akerlund, on pense d'ailleurs à un nouveau Gregg Araki, plus qu'à un nouveau Darren Aronofsky (certains ayant vu
Spun comme une parodie de
Requiem for a dream, ce qu'il n'est pas vraiment). Hollywood est à ses pieds et les stars veulent s'encanailler dans son monde. Mais Jonas pète les plombs. La preuve, il crée une association de cinéastes, craint de perdre le contrôle de sa propre organisation et du coup vire 27 metteurs en scène en activité. Avec ceux qui l’aiment et le suivent, il ouvre un bureau de production à Stockholm dont le but consiste à former de jeunes talents. Et puis plus grand chose jusqu'à son come-back cette année avec
The Horsemen, un thriller coproduit par Michael Bay interprété par des stars internationales ayant envie de casser leur image publique (Dennis Quaid, Zhang Ziyi), dans lequel un policier hanté par la mort de sa femme enquête sur un tueur en série s'inspirant des quatre cavaliers de l'Apocalypse. On l'attend avec impatience.
Romain Le Vern