La Hammer, firme britannique issue de la réunion de la Exclusive Films fondée par la famille Carreras puis reprise par la famille du même nom, a produit une quantité impressionnante de films à l’esthétique baroque. Cinq productions (
Dr Jekyll and Sister Hyde ; Demons of the mind ; Blood from the mummy’s tomb ; Fear in the night ; et To The devil a daughter) sont désormais disponibles en zone 2.

De 1955 à 1969, la Hammer fut sous la direction du producteur-réalisateur Michael Carreras et celle d’Anthony Hammer, producteur-scénaristes sous divers pseudonymes dont celui de "Anthony Hinds". Pendant cette période, la firme proposa une nouvelle version des grands mythes fantastiques exploités dans les années 30 par la Universal américaine mais pas exclusivement puisqu’on y trouve également des westerns, des films d’aventures, des films policiers horrifiques, des péplums, des films de pirates, des films de guerre etc. On peut étendre cette longévité jusqu’en 1973 si l’on prend en compte l’arrivée d’Aida Young comme productrice exécutive, plaidant pour l'érotisme et la violence avec un sens aigu de la nouveauté. Parmi les cinéastes majeurs, il faut citer Terence Fisher (et ses autres artisans prestigieux nommés John Gilling, Roy Ward Baker, Freddie Francis, Don Sharp, Val Guest). Chaque cinéphile est aujourd’hui conscient que posséder l’intégralité de la production Hammer Films doit demeurer un but, une finalité en soi et que tant que ce but n’est pas atteint dans de bonnes conditions, on ne peut pas vraiment dormir tranquille.

Studio Canal propose cinq des films fantastiques du studio. L’un des plus connus, c’est
Dr Jekyll and Sister Hyde, de Roy Ward Baker. L’action se déroule à Londres, dans les années 1800. Le jeune docteur Jekyll poursuit ses recherches sur une potion qui prolongera la vie. Lorsqu’il l’essaye, il se transforme en une jeune femme. Il devient alors Sister Hyde. Outre la peinture de l’époque Victorienne et d’un Londres à l’atmosphère délétère, son intérêt réside dans la capacité à mêler le vrai et le faux, les artifices de la fiction et les faits réels. On peut également y trouver une réflexion sur la science et la remise en cause de ses principes. A la manière du docteur Frankenstein, Jekyll façonne une créature à son image qui peut être vue comme une manifestation de son moi profond. Le résultat est une fascinante quoique rudimentaire réactualisation d’un thème obsolète pour démontrer son efficacité intemporelle.
Construit à partir des écrits de Dennis Wheatleys,
To The Devil a daughter permet à la Hammer de continuer à creuser le sillon des ambiances gothiques et des contes immoraux. A dire vrai, ce film vaut avant tout pour son atmosphère, suffisamment impactante pour créer l’illusion que quelque chose d’étrange se profile dans la profondeur de champ et donc filer les jetons en répétant des motifs visuels jusqu’à l’overdose. C’est aussi peu rigoureux pour le récit qui se contente de balises démonstratives. Tout le récit repose sur des oppositions binaires, parfois suggérées par les lieux et les décors : le Tower Bridge symbolise la retraite de l’écrivain dans le centre de Londres et les cathédrales caractérisent les enfants du seigneur, expulsés hors de la vie. Respectivement, ils déterminent le bien et le mal. La confrontation entre Natassja Kinski, visage d’ange aux pensées démoniaques, et Christopher Lee, prêtre excommunié, est un atout supplémentaire. Leur duo provoque un contrepoint aux préceptes religieux de l’Eglise afin d’en démonter le raisonnement pour célébrer le mal.

Fear in the Night donne l’opportunité de découvrir une facette moins connue de la Hammer. Jimmy Sangster, l’un des plus illustres scénaristes de la firme, plus spécialisé dans les thrillers psychologiques que dans l’horreur gothique, signe son troisième long métrage après Les horreurs de Frankenstein et Lust for a vampire. C’est un film à problème dont le script a été remanié pendant plus de dix ans, en prenant la poussière sur les bureaux de la maison de production. Le but étant de placer l’action dans un lieu isolé et d’épurer au maximum pour éviter les fioritures. L’impressionnant casting (Peter Cushing, Judy Geeson, Ralph Bates et Joan Collins) donne un peu de relief à l’intrigue et la mise en scène plaide pour la bizarrerie en provoquant des effets incongrus. Sangster devait tourner l’un des autres films de la collection avant de laisser le projet à Seth Holt :
Blood from the Mummy’s tomb, adaptation du roman
Le joyau aux sept étoiles de Bram Stoker. Si le film paraît aussi sinueux et imparfait, c’est simplement parce que différentes tragédies ont contrarié le tournage. A commencer par Peter Cushing qui devait interpréter le premier rôle avant de devoir abandonner pour rejoindre sa femme, malade. Elle décédera quelques jours plus tard laissant l’acteur dans une tristesse inconsolable. Ensuite, c’est le réalisateur Seth Holt qui mord la poussière, une semaine avant la fin des prises de vue ; il est remplacé au pied levé par Michael Carreras qui a finalement achevé le film dans la douleur. CQFD.