Par Kevin Dutot - publié le 16 octobre 2008 à 04h01 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 18h39 - 0 commentaire(s)
A l’occasion de la sortie en salles du tryptique Tokyo ! dans lequel le réalisateur coréen Bong Joon-Ho réalise un court-métrage immanquable et visuellement époustouflant sur la solitude et le sentiment amoureux, nous vous proposons de replonger au coeur de The Host, sorti en 2006 sur les écrans français... Ce film de genre qui, à première vue, entre dans une certaine lignée du cinéma hollywoodien, recèle cependant de véritables surprises scénaristiques et un ton particulièrement décalé. Entre le drame familial et la comédie noire, le film de monstre et la satire politique, The Host est avant tout un film qui brouille les pistes. Notre Scan Séquence hebdomadaire se chargera donc de décortiquer la première attaque du monstre, suprenante et spectaculaire mais aussi terriblement symbolique et violente...











La séquence commence par un plan fixe sur Gang-du, le personnage central, qui vient servir un plateau à l’un de ses clients. Dans le cadre, il est le seul à regarder dans cette direction et l’utilisation du hors-champ fonctionne parfaitement grâce à un léger travelling avant qui implique un mouvement s’effectuant vers le personnage. C’est la caméra qui s’approche pour signifier le monstre qui accourt. Le plan qui suit, filmé d’abord par dessus l’épaule du personnage est en opposition avec le plan précédent puisqu’il pratique un travelling arrière et définit immédiatement la soudaineté et le danger de la créature approchant. Pas de temps pour se poser des questions sur sa nature, le monstre semble aussitôt redoutable. Alors que ce dernier grimpe sur les hauteurs du fleuve Han, où se déroule l’action, Gang-du reste en position inférieure, filmé en contre-plongée et donc en proie aux exactions de la créature. Nous avons ici affaire à un rapport de force direct qui va néanmoins être contre-balancé par la montée du personnage de Gang-du qui décide de rejoindre la bestiole sur son territoire et de se placer donc à son niveau. Sa montée des marches un peu maladroite témoigne de son intention de se battre plutôt que de rester en position de victime. Si ce n’est pas évident à première vue, on sait néanmoins que le père a décidé de rejoindre sa fille, coûte-que-coûte !











Le film, qui s’ouvre donc sur cette séquence spectaculaire, crée un conflit immédiat entre le genre du film et le réalisme de ce lieu paisible et familial qu’est le bord du fleuve Han : l’apparition soudaine d’une créature inconnue transforme cet espace en grand champ de bataille. Ainsi, pour mieux appuyer son jeu de contrastes, Bong Joon-Ho brise sa séquence d’action en plan large pour se concentrer sur une main, en très gros plan. Une jeune femme, vraisembablement, retire la crasse coincée sous ses ongles à l’aide d’une épingle à cheveux. Un plan étonnant et assez symbolique accompagné d’un morceau d’opéra suivi d’un plan plus large où l’on voit l’ensemble de la jeune femme, écouteurs sur les oreilles, trop occupée pour voir la panique autour d’elle et les gens courant au loin. La mise au point l’isole, le décor est flou. Puis, à l’instant où elle se retourne, elle se fait littéralement happer par la créature... Un plan d’une violence suprenante et visuellement ébouriffant qui amène alors l’action qui suit où la jeune femme se fait traîner au sol. La bande-sonore originale du film reprend et l’on quitte cette intrusion momentanée d’un morceau d’opéra pour ré-investir une scène d’action. Le cinéaste multiplie les plans courts et accélère son montage. De la même manière, les couleurs se mélangent et s’affolent, c’est une véritable agression visuelle pour le spectateur. En poussant à outrance ces contrastes, l’action devient presque flamboyante...












Par la suite, pour ancrer toujours plus son récit dans un banal quotidien, le réalisateur se place dans une rame de métro aérien survolant l’action. Les passagers, impuissants, assistent à cette attaque surréaliste sans vraiment réagir. Nous sommes dans l’évocation d’un fait-divers et le cinéaste adopte le point de vue de divers témoins pour créer une ambiance globale étonnante, à la lisière du documentaire et du film fantastique... L’agression devient de plus en plus violente à mesure que les gens s’affolent. Dans un acte démesuré, plusieurs hommes et femmes tentent de se réfugier dans une caravane dans laquelle la créature vient finalement décimer la population asilée. Le renfermement mène à une perte assurée... Notons également la présence d’un énorme répace dessinée sur la caravane, comme pour prévenir du danger d’une créature avide de proies faciles. Un plan légérement en plongée assiste, avec certains badauds spectateurs, au massacre qui se déroule dans la caravane. Une femme crie, son enfant est à l’intérieur... Le cinéaste s’amuse ensuite en réalisant un plan rapide sur les gens à l’agonie tentant d’échapper à la créature. Il se concentre sur le sang, nous entrons donc dans une nouvelle forme de violence, cette fois, barbare et cruelle.











Ici débarque un étonnant personnage, Donald... Un américain aux cheveux blonds décolorés (comme le personnage de Gang-du !), qui plein de bonnes intentions, décide de jouer au héros afin d’aller sauver ces gens. Lorsque l’on sait que le film est un réel pied de nez au sentiment de suprématie des Etats-Unis, cette intrusion d’un étranger anglophone au sein de la population coréenne annonce immédiatement le propos du réalisateur. Il n’y va pas simplement puisque le jeune homme se fait d’abord suplier par sa jeune copine puis fait tomber la chemise, à la manière d’un John McClane... La caricature est de mise et prépare le spectateur à se concentrer sur des anti-héros plus que sur de vrais héros de cinéma. Les plans qui suivront démontreront l’inefficacité totale du personnage américain qui, en pensant bien faire, ne fait qu’attiser la colère de l’ennemi. Une habitude pour l’armée américaine... Il essaye d’abord de lui envoyer une lourde dalle, puis un panneau de signalisation coulé dans un bloc en béton. En vain, l’américain finira dans la gueule du monstre. Gang-du, tentant de copier les actions de l’américain participe également à énerver la bestiole et préfère finalement s’enfuir plutôt que de continuer à se battre...









La séquence qui suit nous intérresse moins puisqu’il s’agit d’un élément dramaturgique qui définira le reste des actions et du scénario : l’enlèvement de la jeune adolescente et fille de Gang-du ! Nous nous sommes donc concentrés sur une séquence d’action à proprement parler, qui ne fait pas littéralement avancer le récit mais qui instaure une ambiance mais également des thêmes qui seront bien plus developpés tout au long du métrage. Bong Joon-Ho, en quelques minutes parvient ainsi à cerner son personnage principal, sa maladresse et son incapacité totale à prendre les bonnes décisions mais aussi ses thêmes plus politiques, très axés sur l’inefficacité de l’armée américaine... Un champ de bataille en Corée dont l’américain n’a aucune notion...









Kevin Dutot
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