Par David A. - publié le 22 avril 2008 à 06h05 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 14h25 - 0 commentaire(s)
Aux côtés d’un long making of, sempiternel supplément de rigueur sur toute édition DVD qui se respecte, où tout le monde congratule tout le monde tout en revenant cependant sur les grands thèmes du tournage (thèmes développés par le scénario, les costumes, la production, les lieux de tournage, la logistique, la maîtrise de Ridley Scott, les choix musicaux et la composition de la partition), un second supplément dénommé « Les dossiers », qui visuellement ne paye pas de mine au regard du long documentaire cité, est pourtant le petit joyau qui accompagne le film.




Les dossiers mentionnés reviennent sur trois moments spécifiques de la préparation et du tournage du film. Ainsi ces trois séquences reviennent sur le déroulement créatif du réalisateur, un processus toujours en action, en marche, en activité. Le 26 juillet 2006, c’est à une relecture du script avec Ridley Scott, Richie Roberts (le flic du film, le vrai personnage) et Steve Zaillian (le scénariste) que nous sommes conviés. Alors que le tournage est sur le point de commencer, le policier fait quelques observations sur certains détails du scénario, notamment l’interrogatoire qu’il mène sur Frank Lucas, un interrogatoire qui fera tomber près de 150 personnes, depuis les dealers de rue jusqu’aux policiers corrompus. Ridley Scott dépouille donc la séquence finale et fait ses observations sur cette scène principalement structurée autour d’ellipses narratives et de cartons informatifs. Importance des faits réels, concision et précision des informations données aux spectateurs, le développement final du film est ainsi décortiqué pour mettre tout le monde d’accord. Au cœur du processus créatif, nous sommes témoins d’une réunion de travail comme il doit s’en tenir tous les jours lors de la période de pré-production où chaque menu détail est décortiqué pour ne pas faire débat au moment du tournage ou du montage.




Le travail à distance est quotidien, le scénariste intervient par téléphone, les données sont notées puis seront faxées apprend-on. Le réalisateur scrute chaque page de la scène pendant que le policier fait part de ses suggestions. De prime à bord ce type de document, la réunion de travail, n’est pas forcément exploité comme supplément au film en DVD. Pourtant, bien plus que les making of à rallonge et vides de sens, cette réunion montre au sens propre la machine cinématographique au travail. Un travail collectif, minutieux, qui avance à petits pas. Le film n’est pas encore tourné que déjà se profile dans la tête du réalisateur tout un ensemble de scènes qu’il « monte » mentalement. Là se profile la maîtrise de Ridley Scott évoquée dans le making of, une maîtrise qui permet de comprendre combien le film est déjà prêt dans sa tête, comment il est déjà découpé et structuré. Le réalisateur ne laisse aucun détail de côté et la seconde partie de ses dossiers le prouve, le test d’héroïne le 25 juillet 2006. Aux côtés du réalisateur, Peter Gelfman, l’accessoiriste et Scott Dillin, consultant de la police new-yorkaise, font une démonstration d’une scène de test de la pureté de l’héroïne.





Alors que l’exposé commence par une contradiction, le test de la pureté de la drogue est impossible à effectuer en dehors d’un laboratoire équipé de matériels, l’accessoiriste revient sur la scène du film French Connection. Une scène qu’il explique être très visuelle bien qu’erronée dans les faits. Le réalisateur questionne les deux hommes sur la notion de pureté de la drogue et ses effets. Les trois hommes cherchent déjà à construire la scène, les gestes nécessaires et le matériel à employer. Ridley Scott refuse le test de l’huile chauffée car ce n’est pas un test valable, ni véridique dans les faits, il recherche l’idée à la fois pertinente et visuelle. On sent ici tout le gouffre qui sépare la réalité de la fiction, de l’expérience du consultant de la volonté du scénario. Le test de la drogue est une idée mille fois montrée dans les films mais peu scrupuleuse de la réalité. Le consultant apporte cependant une nuance qui va changer la donne, si le test ne peut démontrer le taux de pureté de la drogue, il peut cependant révéler l’impureté de celle-ci. Ridley Scott trouve là le point à exploiter et propose le test comparatif, celui qui mettra en évidence la pureté d’une drogue face à l’impureté d’une autre. A partir d’un problème technique qui peut vite devenir un problème en soi, le réalisateur trouve sa solution en amont du tournage. En somme une bonne préparation évite les complications, complications qu’une production de cette envergure ne peut supporter.




Moins pertinente est la dernière séquence de ces dossiers, le tournage de la scène de descente des policiers dans le repaire-laboratoire de Frank Lucas. Tournée entre le 28 et le 31 août 2006, la complexité de la scène paraît mince au regard de la période de tournage. Ridley Scott tourne vite, les comédiens sont réactifs, les techniciens s’affairent sans cesse pour ne pas prendre de retard. De l’idée des mouvements des personnages et des cadrages de la caméra, jusqu’au tournage final en passant par la répétition des gestes, le tournage semble être une formalité, une broutille dans le processus créatif. Le réalisateur est à l’aise, il mène son petit monde avec une efficacité qui témoigne de son expérience des gros tournages. Pas de fioriture ni de caprice des stars, l’équipe de tournage est une équipe réduite, efficace et réactive. On comprend dès lors comment le réalisateur a pu boucler son film en si peu de temps avec des contraintes non négligeables (Russell Crowe n’était disponible qu’un court laps de temps au début de tournage, seuls quelques jours étaient prévus en Thaïlande, etc.) et sa technique de tournage à plusieurs caméras prouve donc ici sa pertinence.




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