Le film réalisé par Kongkait Komesiri reprend les éléments conventionnels du film de sport en les mêlant à une trame narrative abordant la corruption des institutions pour parler du sport national thaïlandais, le muay thaï, la boxe thaïlandaise. Ce mélange lui permet d’explorer un univers fictif, celui des combats illégaux qui autorise l’utilisation des armes, donnant au film son cachet spectaculaire par la chorégraphie de combats irréalistes violemment sanglants. Mais le cinéaste se concentre également sur l’univers officiel du sport, celui des séances d’entraînements, des séquences de rituels dansés au début des combats, de l’évocation des différents styles de boxes, de la classification du boxeur et de la montée en puissance de sa renommée. Pour les connaisseurs, le film présente ainsi différents styles de combats sans véritablement les expliciter sinon celle du muay chaïya, le style du sud que les trois gamins apprennent auprès de leur enseignant avant de devenir des boxeurs professionnels lorsqu’ils montent à la capitale, Bangkok.


Outre le making of du film, piètre documentaire d’auto-promotion où l’on voit se succéder des entretiens du réalisateur, des trois acteurs principaux et des deux actrices du film parlant chacun de la "difficulté" de jouer les sentiments, quelques suppléments présents dans cette édition française du DVD viennent heureusement rehausser la donne. L’accent est ainsi porté sur la découverte d’un art martial et d’un sport dont il est le descendant; le muay thaï. A travers quelques documentaires nous pouvons découvrir ses origines ancestrales, ses coups de base et les liens reliant cet art martial à sa pratique sportive actuelle.


Pour cela l’éditeur Wild Side n’a pas hésité à faire appel à l’un des représentants les plus aguerris de la discipline, Fabrice Payen, quadruple champion d’Europe de boxe thaïlandaise et seul occidental à avoir été classé dans le top ten en Thaïlande. Lors d’un entretien il revient sur son histoire, sa stupéfaction lorsqu’il a découvert les camps d’entraînement en Thaïlande, ses démarches pour se faire un nom au cœur de ce pays. Il explique plus particulièrement pourquoi sa pratique sportive l’a amené à découvrir sur le tard, alors qu’il avait quitté le domaine de la compétition, la pratique traditionaliste du muay thaï en revenant sur ses origines ancestrales et sur les notions spirituelles de l’art martial. Fabrice Payen, aux côtés de l’enseignement de Kru Lek, redécouvre l’essence du muay thaï par l’assimilation de la technique du sud, le muay chaïya, une technique qui met l’accent sur les techniques défensives et sur celles issues de l’observation du règne animal, notamment les mouvements du tigre. Style anguleux mettant en avant les coups de coude et les coups de genoux, il s’oppose aux autres styles, le muay korat, style de l’est qui privilégie le travail en force et les techniques observant les mouvements du buffle, le muay lopburi, style de l’ouest favorisant les variations de trajectoires et les feintes et enfin le muay thasao, le style du nord mettant en avant la vélocité du boxeur.
Fabien Payen aborde également dans cet entretien les origines de la boxe thaïlandaise, une boxe héritée d’un art martial utilisant des armes, le krabi krabong, peu à peu transformée en discipline de coups de poings et de pieds et d’une boxe plus ancienne qui s’est nourrie des influences des pays frontaliers, le muay boran. Ces techniques tout d’abord été développées par les militaires au XVIème siècle sont très vite devenues l’un des passe-temps nationaux et des compétitions affleurent dans tout le pays. Au début du XXème siècle, cette boxe violente et mortelle finit par être interdite avant de reprendre un second souffle sous l'influence de la boxe anglaise qui lui donne son ring, ses gangs, ses règles de temps ainsi qu’une structure pour développer cette nouvelle boxe.


Un court reportage s’attarde notamment sur l’intérêt des forces armées thaïlandaises pour ces techniques car si elles ont abandonné cet enseignement au cours des siècles, depuis quelques années elles reviennent à la base de cet enseignement pour former les troupes. A la fois riche dans ses mouvements et très exigeante sur la souplesse et la vivacité, le muay thaï permet un développement fort non seulement du physique mais aussi du mental, qualités requises dans l’entraînement des forces armées qui y trouvent non seulement le moyen d’aguerrir les soldats mais également de promouvoir un art martial national ancestral, véritable vitrine à l’international d’une culture propre thaïlandaise.


Pour les plus passionnés d’arts martiaux, les suppléments se complètent de quelques démonstrations de mouvements de base fondamentaux, de coups portés, de projections et de katas. Nous pouvons ainsi y découvrir le nom des techniques, du type "le tigre qui traîne la queue" ou "le serpent qui sort de son trou", les particularités défensives du style muay chaïyat avec ses coups de coude extrêmement efficaces et les techniques de pieds et de genoux dévastateurs. Le soin des suppléments permet donc aux novices, comme aux connaisseurs, de découvrir des aspects très intéressants de la boxe thaïlandaise, boxe qui souffre d’une mauvaise image en raison d’une médiatisation erronée de sa violence. Les aspects historiques et techniques mettent ici en valeur tout l’héritage culturel que transporte l’art martial du muay thaï. L’approche instructive éveille la curiosité et pour peu que l’on se lance dans quelques recherches sur le web, l’on peut comprendre combien cette boxe développée dans le royaume de Siam participe de tout un développement des arts martiaux du continent asiatique à l’instar de la boxe laotienne et de la boxe birmane, le lethwei tout autant que le wushu chinois.