Mettant en scène Yvan Attal et Franka Potente dans la peau des époux Klarsfeld,
La Traque relate l'incroyable enquête menée par le couple afin de débusquer l'ancien criminel de guerre nazi Klaus Barbie. Le film se veut le plus proche de la réalité, pourtant on reste assez ébahi devant des situations rocambolesques qui semblent trop invraisemblables par moments. Et pourtant…Qui mieux que Beat et Serge Klarsfeld pour témoigner de leur traque menée pendant plus de 12 ans contre l'assassin de Jean Moulin : Klaus Barbie. Le DVD de
La traque de Laurent Jaoui est proposé avec un supplément de qualité qui complète et prolonge parfaitement le film. En donnant la parole au couple, il prouve avec une simplicité déconcertante, comment des individus ordinaires peuvent mener des luttes qui changent profondément le visage de l'Histoire. Des héros ordinaires, comme aime à le rappeler Laurent Jaoui. Avec de l'intelligence et de la volonté ils ont contribué à mettre sous les barreaux quelques-uns des plus importants criminels nazis ayant quitté l'Allemagne à la chute de l'empire du 3ème Reich.
L'entretien dirigé par le journaliste de
Marianne Philippe Petit n'est pas très long, environ 32 minutes, mais il s'avère être tellement enrichissant et passionnant qu'il serait dommageable de ne pas revenir dessus. Évidemment, l'entretien est dirigé essentiellement sur la traque de Klaus Barbie, un cas parmi tant d'autres anciens criminels ayant réussi à échapper aux condamnations qui pesaient sur eux. Condamné deux fois par contumace en France, Barbie a pourtant bénéficié directement dans l'après-guerre de la protection des Américains qui l'enroulèrent dans les services secrets de l'O.S.S. afin de lutter contre les communistes. Il a vécu ensuite tranquillement dans la cordillère des Andes au nez et à la barbe de tout le monde. C'est à ce moment précis que la traque des époux Klarsfeld se mit en branle.

Le plus surprenant c'est d'apprendre que de nombreuses personnes savaient où il vivait, mais personne, pas même les pays victorieux, n'avait entrepris quoi que ce soit pour chercher à l'attraper. De plus, Serge Klarsfeld explique qu'ils n'ont jamais été aidés dans leur traque par les autorités françaises. Un comble ! À l’époque, elle refusait de faire pression sur le Pérou pour son extradition, cherchant plutôt à apaiser les tensions entre les deux pays en raison des essais nucléaires français se déroulant dans le Pacifique. Barbie put sans problème fuir vers la Bolivie en apprenant que Beat Klarsfeld était en chemin pour lui mettre la main dessus. Car comme elle le rappelle, la grande force de Beat était d'être une tête brûlée qui ne reculait pas pour mener à bien des actions périlleuses. Par ailleurs, elle a eu l'intelligence à chaque action entreprise de contacter la presse et ainsi de bénéficier d'une couverture médiatique. Même si la plupart d'entre elles furent des échecs, du moment qu'elles bénéficiaient d'une couverture médiatique, aux yeux du public, de la presse et des politiques, leurs actions avaient un impact.
Pour en revenir à Barbie, le choix de la Bolivie était des plus judicieux, car le pays était en proie à la dictature, pour laquelle il se mit à ses services. Il était impossible d'obtenir l'extradition de Barbie par la suite. Heureusement, le vacillement de la dictature bolivienne a permis aux époux Klarsfeld d'organiser l'enlèvement de Barbie par des militaires chiliens pour le conduire au Chili, alors dirigé par Allende… Mais la tentative échoua. Après nombre de péripéties, Barbie fut enfin extradé en 1983 vers la France pour y être jugé. Le procès s'ouvrit en mai 1987, après quatre ans d'instruction à Lyon, une ville emblématique dans laquelle il fut membre de la Gestapo. Ce fut le premier procès en France pour "crimes contre l'humanité". Le 3 juillet 1987, le verdict tombe : coupable sans circonstances atténuantes. Barbie est condamné à la prison à vie. Il meurt en prison, d'un cancer quatre ans plus tard, le 25 septembre 1991. Voilà dans les grandes lignes l'incroyable destin d'un des plus tristement célèbres criminels de guerre nazi.

La traque pouvait aussi recouvrir un aspect juridique assez emblématique comme l'évoque Serge Klarsfeld : ils ont cherché à forcer des pays comme l'Allemagne à ne plus protéger les criminels nazis comme ils le faisaient. Car, ayant été pour la plupart jugés par contumace, ces criminels ne pouvaient pas être à nouveau jugés pour les mêmes crimes. On découvre que l'Allemagne mettait ainsi beaucoup de mauvaises volontés pour ratifier une convention judiciaire franco-allemande pour pouvoir enfin juger les criminels et les extrader pour qu'ils puissent recevoir leur sentence. Les actions des Klarsfeld ont donc été multiples et ont permis de faire littéralement avancer la société, même si, hélas, nombreux sont les anciens criminels nazis qui ont vécu sans craindre quoi que ce soit. Les exemples sont nombreux. On peut évoquer le cas de Paul Hafner âgé de 84 ans, anciens SS toujours en vie et libre comme l'air. Il déclarait l'an passé dans le
Daily Mail qu'il souhaitait un "
Quatrième Reich" ou encore qu’"
Auschwitz était un hôtel 10 étoiles. Un camp où les juifs ont été envoyés pour leur propre protection." Dans un récent documentaire britannique consacré à Hafner, lorsque celui-ci fut confronté à un survivant du camp de Dachau il prononça les mots suivants : "
Vous avez en tout cas survécu".
On comprend à la simple lecture de ces déclarations que le dévouement des époux Klarsfeld est plus qu'honorable, et ce, envers une cause aussi noble et humaniste qui fait d'eux de véritables icônes ; ils ont servi d'exemple et ont fait école auprès de nombreux avocats et d'associations qui ont lutté activement pour retrouver les anciens criminels de guerre nazis.