Le cinéma nippon a toujours fait une place de choix pour les réalisations cyberpunk et trash. Sogo Ishii, Takashi Miike, Shunya Tsukamoto pour ne citer que les plus connus, ont repoussé les délires cinématographiques très loin dans le gore et la provocation. Peut-être moins percutant mais tout aussi « fandar »,
Meatball Machine reprend sans se fatiguer les figures les plus éculées du cinéma d’horreur japonais, style tentacules libidineuses et seins cracheurs de mort, mais bénéficie d’effets spéciaux très honorables étant donné le budget, ridicule, du long-métrage. Pour mesurer le saut qualitatif entre l’idée originale et le résultat final, WE Prod a eu la très bonne idée d’insérer deux court-métrages à cette édition DVD. Le premier est tout simplement le court-métrage original réalisé par Jun’Ichi Yamamoto en 1999. Le second fut réalisé après le long-métrage par le responsable des effets spéciaux du film Yoshihiro Nishimura. Chacun à leur façon ils éclairent le film sur deux aspects. Le court-métrage original expose les grandes lignes narratives qui seront reprises par le long-métrage qui se présente donc plus comme un remake avec plus de moyens du court-métrage initial. Le second, appelé «
Meatball Machine : reject of death » est en fait une préquelle à l’histoire du film en revenant sur le passé de l’un des personnages, Michino, la fille aux bandages. Le court-métrage original est une matrice alors que le second s’apparente à une excroissance.
Réalisé avec des bouts de ficelles «
what’s DOI ? » (étrange nom qui ne respecte pas le titre original) accumule une image pauvre, un montage approximatif, une bande-son post-synchronisée quelque peu bancale et des musiques has-been pour exposer une histoire pas très originale, celle de créatures extraterrestres qui prennent possession des corps humains tels des parasites. En bref une relecture de L’invasion des profanateurs de sépultures (invasion of the body snatchers en version originale). Alors que reste t-il au film pour éveiller la curiosité ? Tout simplement le design des créatures, un amalgame de chairs et de tuyaux qui transpercent le corps de part en part et surtout une sorte de noyau qui renferme en son sein la bestiole aux commandes. Ce noyau, ces créatures se l’arrachent pour vaincre l’ennemi. Dans le court-métrage on trouve déjà le personnage de Takeo, l’homme prêt à tout pour sauver une fille nommée Michino du nécroborg qui a trouvé refuge dans son cou. Pour stopper la diffusion de l’infection, Michino doit se nourrir des autres nécroborgs. Dans le long-métrage, Takeo deviendra le père de Michino. Personnage énigmatique, Michino n’est plus ni tout à fait humaine ni tout à fait nécroborg. Bien qu’esquissée dans ce premier court-métrage, elle prend une importance plus significative dans le film et surtout dans le second court-métrage dont elle est le personnage principal.



Les producteurs et réalisateurs ont tout de suite compris l’intérêt principal du design des créatures et ont, pour les besoins du long-métrage fait appel à un spécialiste des créatures fantastiques Keita Amamiya. Reprenant le concept de base du parasite, le character designer accroît la dimension anarchique du look des monstres. Principale référence à Tetsuo, Amimiya ajoute des excroissances de chair et de métal sur l’ensemble du corps humain pour enfermer celui-ci dans une carapace étrange, indéfinissable. La possession se manifeste toujours par l’énucléation des yeux par deux grosses mèches perceuses montées sur des globes rouges. Les séquences d’animation image par image confèrent à ce film-essai son look si particulier de bricolage fait maison et rappelle certaines séquences d’
Evil Dead, notamment la scène des branches qui violent la jeune femme.
Avec beaucoup plus de moyens techniques et financiers,
Reject of death verse surtout sur l’aspect gore et cyberpunk du concept. Michino, la future fille aux bandages infectée, est une adepte de l’automutilation à la lame de cutter comme l’attestent les nombreuses marques de lacération sur son poignet. Les combats entre Nécroborgs font rage mais un petit groupe de touristes, un chinois, un rwandais et un indien (!!!) sont pris dans la tourmente. Le film joue à fond la carte du grotesque et l’histoire n’est qu’un prétexte pour étaler des scènes de décapitation, de démembrement et d’explosion de chair. Entre film de potes et galerie des horreurs représentative de l’univers de
Meatball Machine,
Reject of death se passe facilement de dialogues pour dynamiser le récit avec une bande-son hard-rock bien métal. Un grand n’importe quoi qui ravira les fans de genre, depuis le bouton interrupteur qui sort comme par enchantement du poignet de Michino jusqu’à la flèche tirée par l’indien au tronc coupé en deux en passant par le visage coupé en quatre du chinois (interprété par le cinéaste Takashi Shimizu qui visiblement s’amuse comme un fou) ! Tout est bon dans
Meatball Machine pour verser le sang, y compris cette hélice coupante envoyée par le nécroborg qui rate sa cible mais vient décapiter une petite fille innocente qui passait par là… Sans subtilité mais avec beaucoup de débrouille, Nishimura transforme la jeune fille inquiétante Michino en véritable ange de la mort qui s’automutile pour se laisser infectée.
Au-delà de la partie de plaisir pour fan de cinéma bis et de gore, les deux courts-métrages révèlent également autre chose ; la dépossession du concept des mains du réalisateur original, Jun’Ichi Yamamoto. Si celui-ci est en effet le metteur en scène du premier film, il semble avoir été écarté de la réalisation du long-métrage suite à une maladie qui l’aurait empêché de poursuivre le tournage. Pourtant il est le grand absent du making-of du film et le fait que ce soit le responsable des effets spéciaux, Yoshihiro Nishimura qui ait réalisé
Reject of death ne confirme qu’un peu plus le pressentiment que
Meatball Machine est devenu une franchise bankable dont Jun’ichi Yamamoto n’a plus le contrôle ni le mérite. Ou comment se faire voler une bonne idée mine de rien.