Parmi tous les DVD de films asiatiques édités en France, il n'est pas forcément évident de trouver des pistes son capables de rivaliser avec celles des DVD français ou américains. Non pas que le son ne bénéficie pas d'un véritable travail dans les pays concernés, bien au contraire, mais le fait est que les pistes DTS d'origine passent rarement la frontière, et que les Dolby Digital 5.1 ont une fâcheuse tendance à arriver chez nous dans une version sensiblement amoindrie en termes d'impact. Le cas de Hong Kong est particulièrement éloquent. Longtemps à la traîne en matière de prise de son puisqu'il aura fallu attendre le début des années 90 pour voir émerger timidement quelques films non post-synchronisés –
Nos Années Sauvages de Wong Kar-Wai, plus précisément – , l'industrie du cinéma de l'ex-colonie a aussi mis le temps lorsqu'il s'est agi de s'adapter techniquement au support DVD. Rappelez-vous les premiers DVD hongkongais, dotés d'une qualité d'image à peine plus satisfaisante que celle d'une vidéo, et édités de surcroît pour la plupart avec sous-titres chinois/anglais incrustés sur l'image à l'instar des VCD. La sortie de
The Longest Nite de Patrick Yau en 1999 avait cependant marqué un tournant en la matière, grâce au soin inédit apporté alors à l'image et au son, propice à permettre à tous de profiter du film dans des conditions plus que correctes pour l'époque.
Depuis quelques années, les industries hongkongaises du cinéma comme du DVD ont très largement remonté la pente et ne cessent d'impressionner. A quelques rares exceptions près – le collector de
The King and the Clown, par exemple –, les DVD hongkongais surpassent aisément les plus belles éditions coréennes en termes d'image et de son, et ce alors que le cinéma coréen avait pris une très nette avance technique sur Hong Kong dès la fin des années 90. Les phénoménales pistes DTS de
A Chinese Tall Story ou de
Dragon Tiger Gate rencontrent peu de concurrentes dans les autres pays asiatiques. Encore faut-il que de telles pistes parviennent jusqu'à nous. L'éditeur CTV International semble avoir à cœur de conserver les fameuses pistes DTS de choc qui font en grande partie l'attrait des DVD de Hong Kong. C'était le cas avec
Initial D d'Andrew Lau et Alan Mak, sorti en mars dernier dans les bacs français, et c'est encore le cas avec
Dragon Squad, qui sera disponible le 9 août prochain. Soyons francs, le DTS de l'édition française du film d'action de Daniel Lee n'égale pas tout à fait la monstrueuse piste d'origine. Il reste tout de même un bel exemple du traitement que devraient recevoir tous les films asiatiques récents lorsqu'ils sortent en France en DVD.
L'édition française de
Dragon Squad est pourvue de trois pistes son de qualité : un DTS 5.1 et un Dolby Digital 5.1 cantonais, ainsi qu'un Dolby Digital 5.1 français. Si la piste DD 5.1 française surpasse son homologue chinoise en termes de puissance et de répartition, elle se fait tout bonnement écraser par l'excellent DTS que l'éditeur a la bonne idée de nous proposer. Dès le générique de début, le caisson de basse frémit tandis qu'une ambiance environnante s'installe par le biais d'une musique dont les pulsations captent immédiatement l'attention. Une voix off très claire (Vanness Wu est le narrateur du film) émane de l'enceinte centrale, avant que les tambours ne s'amplifient depuis les enceintes avant, en même temps que la basse grondante. L'introduction du film étant pour le moins brève et nerveuse, on en arrive assez rapidement à une présentation très rythmée des personnages, à grand renfort de bruits de coups (de feu, de poings) joyeusement distillés par les avants, toujours. Les arrières ne sont pas pour autant laissées de côté, puisqu'un son tonitruant d'hélicoptère vient parcourir tout l'ensemble, depuis l'avant gauche jusqu'à l'arrière droite.


La première scène d'action de
Dragon Squad, l'"Opération Panther Duen", intervient au bout d'un peu plus de sept minutes de film (7min40 pour être précis) et donne un très bon aperçu de la qualité de ce DTS. L'effet de spatialisation y est impeccablement restitué, la même importance étant accordée aux nombreux impacts, très percutants, qu'aux ambiances musicales et sonores. Contrairement à ce que l'on peut déplorer sur de nombreuses pistes, tous DVD confondus, la musique n'est ici jamais mise en retrait et participe activement à dynamiser l'ensemble, sans pour autant se montrer envahissante puisque les voix se détachent toujours très nettement – une qualité qui fait souvent défaut aux éditions coréennes, où les dialogues sont trop souvent inaudibles. On remarque cette très belle répartition lorsque débute la très sympathique présentation des terroristes, sur un air de guitare entraînant émanant à la fois de l'enceinte centrale et des avants, et que fusent ensuite les premiers coups de feu. Daniel Lee étant manifestement friand des instants d'accalmie avant la bataille, destinés à faire monter la tension et donc à créer l'attente – il y parvient d'ailleurs très bien –, les moments suspendus sont traités avec le même soin, une musique à la fois douce et stimulante venant augurer du déchaînement à venir. Quelques secondes plus tard, l'action démarre de manière extrêmement percutante, à la fois à l'écran et dans les enceintes, et la piste DTS parvient à renforcer les effets déployés grâce à un parfait équilibre entre explosions ultra dynamiques et musique atmosphérique très environnante. Au fin fond des enceintes avant, on perçoit en outre les jets de mitraillettes non-stop qui contribuent à nous plonger encore davantage dans la bataille rangée qui se joue à l'écran, entre la Dragon Squad et les terroristes.


Autre exemple, sans doute le plus spectaculaire : celui de la formidable scène de fusillade dans la cour de l'usine, qui réunit tous les membres de la Dragon Squad, tous les terroristes et quelques policiers imprudents (parmi lesquels Simon Yam). L'introduction de cette scène, très calme une fois de plus, intervient au bout de 56min29 de film très exactement. On y distingue outre une discrète musique aussi agréable que stressante, les premiers coups de tonnerre d'un orage qui a tout d'un clair avertissement de ce qui va suivre. L'impression de flottement est très forte, et là encore la qualité du DTS y contribue très activement. Le premier coup de salve proprement dit se déclenche à 59min20, soit trois minutes plus tard. Il s'agit d'une explosion démente qui n'est que la première d'une très longue série. Toutes les armes à feu ou presque étant sollicitées par la suite au cours de cette scène formidable (dans tous les sens du terme), c'est à un véritable concert que le réalisateur nous offre d'assister et nul doute que sans le soutien déterminant de la piste DTS, la scène risque de ne pas produire tout à fait le même effet. Les impacts, graves ou aigus selon les armes utilisées et les localisations respectives des attaquants, permettent à eux seuls de suivre très précisément ce qui se déroule au milieu de ce déluge ahurissant de balles agrémenté de quelques jets de sang aussi visibles qu'audibles. L'expérience est totale, et la finesse de la restitution des bruitages lui confère à elle seule une puissance impressionnante. Après tout ce bruit et cette fureur, la scène s'achève sur une chanson aérienne, qui recouvre progressivement les impacts divers et variés sur les avants et l'enceinte centrale. Une belle conclusion pour ce qui reste, et de loin, la meilleure scène de
Dragon Squad.
Sortie le
9 août 2007