Par Damien Duvot - publié le 30 mai 2008 à 14h01 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 15h14 - 5 commentaire(s)
Tout a souvent été dit sur Walt Disney, accusé à tort d’antisémitisme, ou de problèmes judiciaires, mais il est bon de tout remettre à plat, pour montrer que l’Histoire de l’animation, et du cinéma en général aurait bien été différente si l’oncle Walt n’avait pas été là. Dans cette première partie d’un dossier qui lui est entièrement consacré, revenons d’abord sur les origines de Disney, jusqu’à la souris qui accoucha d’une montagne.

SES DEBUTS

Walter Elias Disney est apparu dans un modeste foyer de Chicago durant l’année 1901, le 5 décembre pour être précis. Frère cadet d’une famille qui comptait déjà 3 garçons (la sœur Ruth naquit bien plus tard), Walt passa ensuite son enfance dans le Missouri, ses parents ayant repris une ferme d’une vingtaine d’hectares près de Marceline. Selon certaines sources, ce sont les vertes contrées de l’Etat du Missouri qui remplirent son imagination. Herbert et Raymond, deux de ses frères les plus âgés, retournèrent à Chicago, tandis que Walt aida son père aux champs avec l’aide de Roy, son autre frère. C’est ici qu’ils acquirent la complicité qui les poursuivra bien des années plus tard lors de la fondation des studios. Ils déménagèrent ensuite à Kansas City, où leur père dirigea une entreprise de vente de journaux, Roy et Walter étaient levés aux aurores (vers 3h du matin) pour attendre les camions. Ce qui a eu pour effet de former, dès son plus jeune âge, Walt à une vie qui s’annoncera bien mouvementée. Walter put ensuite accéder aux cours du Kansas City Art Institue et suivre des cours de théâtre en parallèle, au grand dam de son père. En 1917 il s’inscrivit à la McKingley High School où il suivit des cours de dessins. Lorsque les Etats-Unis s’intéressèrent à la première guerre mondiale, Walt tricha sur son âge afin d’obtenir un poste d’ambulancier. Ce n’est qu’à son retour qu’il intègre une société publicitaire où il se lie d’amitié avec Ub Iwerks, autre artiste de talent.


Insatisfait au sein du studio, Walt Disney acquiert du matériel cinématographique et se prend à l’essayer de son côté. Après quelques tâtonnements, Walt crée ses propres courts métrages et les vend. Ses gains lui permettent ensuite de quitter la Kansas City Film Ad avec Iwerks dans ses bagages, et de fonder sa propre première société, appelée sobrement Laugh O’grams. Ces débuts dans le cinéma d’animation lui permettent de découvrir un filon qui lui sera bientôt profitable : les contes de fées. Il commence d’abord par adapter le Chat Botté, puis utilise un personnage lui apportant ses premiers grands succès, Alice de Lewis Carrol. En effet, les Laugh O’ Gram ne remportent pas tellement d’argent et la société est obligée de fermer ses portes. Disney retourne donc aux portes de la Kansas City avec un nouveau projet sous les bras. Walt mélange prises de vue traditionnelles avec le dessin animé, mettant Alice aux prises avec plusieurs personnages animés. Son premier cartoon (qui ne s’appelle pas encore cartoon) voit Alice rencontrer un gentleman sans moustache qui n’est autre que Walt himself. Pour faire ses Alice, Walt commence à s’entourer d’une pléthore d’artistes dont Ub Iwerks, Rudolf Ising et Walker Harman. Mais le destin est capricieux, et une fois le court métrage terminé, la Kansas City Film Ad fait faillite, Walt se dirige donc vers la ville de Los Angeles emportant la bobine d'Alice sous son bras.


Los Angeles n’est pas encore le Hollywood qu’on connaît. Certes, la ville commence à se construire au fur et à mesure des tournages, mais Disney y va pour une toute autre raison. C’est là que son frère Roy soigne sa tuberculose. En 1923, Walt Disney s’installe dans le garage de son oncle, et cherche à distribuer Alice. Il signe alors un contrat avec la distributrice New Yorkaise Margaret J. Winkler pour débuter une série sur les Alice au pays des merveilles. Walt rappelle donc toute sa fine équipe, et installe son studio d’animation sur l’avenue Hypérion (pour les fans de Disney, Hypérion est le nom du dirigeable utilisé dans L’île sur le toit du monde). Tout semble bien sourire à Disney et son équipe ; les Alice cartonnent, Walt épouse en 1925 Lillian Bounds, l’une de ses employées, et en 1927 apparaît le personnage d’Oswald le lapin chanceux qui remporte un énorme succès tant critique que public. Tout aurait dû se terminer là, Walt aurait continué à faire ses projets gentillets, distribués par les autres, mais un rouage se bloqua dans cette mécanique bien huilée qui détermina à lui-seul l’Histoire du cinéma mondial.


VINT UNE SOURIS

Nous l’avons vu, la production des courts métrages du studio Hypérion dépendait d’une personne, Margaret J. Winkler la distributrice. Elle épousa Charles Mintz en 1927, un homme d’affaire lié aux studios Universal, qui fit signer un contrat d’un an à Disney. Lors de la renégociation du contrat à New York, en 1928, Mintz n’avait qu’une idée en tête : déposséder Walt Disney de sa création. Il le force alors à signer une renégociation des droits, avec en clause une réduction des revenus pour le studio. Bien évidemment, Disney refusa tout net, et c’était principalement ce que désirait Charles Mintz. Grâce à l’abandon de Walt Disney, Oswald le lapin chanceux devint personnage à part entière des studios Universal, et Mintz parvint même à garder une partie des employés de Disney. Walt Disney est ruiné. Lillian raconte que « Walt et Roy étaient si fauchés que lorsqu’ils rentraient dans un restaurant, ils ne commandaient qu’un repas pour deux, partageant la somme entre eux ». Malgré cela, Walt, tombé du cheval, n’a envie que d’une chose : remonter en selle et acheter l’écurie. Il jure que dorénavant, il produira et distribuera ses propres films, lui-même.


Il commence donc dès la fin du rendez-vous avec Mintz, lors de son retour vers la Californie, à travailler sur un nouveau personnage. Si les sources diffèrent quant à la création de Mickey Mouse, on peut toutefois se baser sur les propres déclarations de Walt lors de son émission Disneyland des années cinquante. « Il me fallait un nouveau héros. Après cette fameuse réunion, dans le train qui me ramenait de New York avec ma femme –à l’époque le trajet durait trois jours- j’ai dit à Lilian : il nous faut un nouveau personnage. J’avais déjà utilisé beaucoup de petites souris qui étaient toujours de charmantes comparses peu exploitées au cinéma. Je l’ai d’abord appelé Mortimer, mais ma femme a secoué négativement la tête. » Lilian propose donc le nom de Mickey et Walt l’adopte. Il base son scénario sur le voyage transatlantique de Charles Lindbergh, développant ce qui deviendra Plane Crazy. Il teste ensuite son film dans un cinéma de Sunset Boulevard, mais aucun exploitant de salles ne désire le distribuer. Disney n’est pas abattu pour autant et met en chantier un deuxième dessin animé avec Mickey. S’inspirant du film Steamboat Bill Junior de Buster Keaton, Walt produit Steamboat Willie. Le film aurait pu rester tel quel, et c’est alors que le destin se met en marche. Pendant la production du film, peu avant sa sortie, Walt est invité à l’avant première du Chanteur de Jazz, une nouveauté de l’époque. C’est en découvrant le premier film sonore du cinéma que Walt stoppe toutes les machines : Steamboat Willie sera parlant. Il teste donc son idée chez lui, le dessin animé en l’état étant projeté sur un drap blanc, tandis que toute l’équipe s’occupe de faire les percussions et les bruitages. Certes, c’est cacophonique mais ça marche. Walt est certain de ses capacités, Mickey Mouse va faire un malheur.


L’inconvénient est qu’aucun des animateurs n’a d’expérience musicale, mais Walt, au cours d’un voyage de recherche pour trouver un système sonore, tombe sur un de ses vieux amis, le pianiste Carl Stalling. Il lui propose de composer une musique, sur le thème Yankee Doodle, pour le dessin animé. Après plusieurs tests, Pat Powers (qui s’est occupé de Felix le Chat) aide Disney en lui fournissant le Cinéphone, un système pirate. Il faudra alors encore énormément d’essais avant de trouver le bon créneau. Pendant ce temps, les fonds diminuent chez les Disney, Roy est forcé de vendre la voiture de Walt pour financer le film. Walt très optimiste, écrit à Roy : « Pourquoi laisser quelques dollars influer sur nos chances ? On les cherchera par terre s’il le faut ». Au bout d’une persévérance accrue, le montage sonore est enfin terminé, le film prêt à être montré aux exploitants. Pat Powers s’occupa de trouver d’éventuels acheteurs. Un seul fut intéressé, Harry Reichenbach, exploitant d’une salle indépendante de New York. Il proposa à Walt de projeter Steamboat Willie en complément du film Gang Far, un parlant. Le 18 novembre 1928, un an avant la grande dépression, Mickey Mouse fit ses débuts sur grand écran. Steamboat Willie est un triomphe, les acheteurs affluent par centaines. Echaudé par ses anciennes expériences avec le monde de la distribution, Walt Disney (qui double le perroquet dans le film) souhaite garder son indépendance. Pat Powers fournit à Disney des représentants chargés de vendre le film dans les salles, permettant à Walt de garder un pourcentage sur les recettes. Il modifie Plane Crazy, le transformant en parlant, et c’est le départ d’une longue lignée de courts métrages à destination des salles de cinéma. Le studio Hypérion est reparti à nouveau, devenant alors le plus grand studio d’animation du monde, de par la taille et l’équipe y travaillant. Disney peut dorénavant dormir sur ses deux oreilles.

Tout à commencé avec une souris.
Ce n’est que le début.
Vos réactions


logAudience