Sortie la semaine dernière dans les bacs zone 1 (Etats-Unis et Canada), la nouvelle édition 3-DVD de
Windtalkers présente sur son premier un nouveau montage complètement inédit, plus long exactement de 19 minutes et 15 secondes (soit 153mns22s) par rapport à la version que nous avons vu en salles où même qui est sorti en DVD zone 2 chez France Télévisions en Mars dernier.
Après avoir passé en revue les suppléments des deux DVD consacrés, voici le moment de faire un comparatif donc entre ces deux versions du film, en attendant le test complet.
Cette nouvelle version de
Windtalkers ne se résume pas à un simple ajout de quelques scènes. Bien au contraire, John Woo a ici saisi l'occasion pour modifier une grande partie de son film, un peu à l'instar d'un Peter Jackson pour ses versions longues du
Seigneur des Anneaux.
Dans l'ensemble les rajouts de cette director's Cut de
Windtalkers renforcent largement le profond engagement anti-militaire du film, le transformant même en brûlot contre toute forme de guerre ou de violence.
On aurait pu croire que le réalisateur de
The Killer rajouterait des effets graphiques à son film, comme des ralentis pour mieux marquer telle ou telle action, mais finalement un seul survient, lors du premier combat du film, lorsqu'un soldat américain se fait trancher la main par un soldat japonais : une image vient alors s'intercaler dans le plan. On y voit ce même soldat cette fois-ci faire son mouvement sur fond d'un soleil couchant flamboyant : prise à part cette image peut paraître un peu surfaite, mais dans le feu de l'action l'effet est garantie surlignant la violence du geste.
Un petit plan rajouté, très graphique, et qui fait la différence.S'il s'agit d'une "version longue", John Woo n'a pas fait que rajouter des éléments à son film, il en a aussi enlevé qu'il jugeait à n'en pas douter comme nuisible à l'histoire, et en a modifié certains autres. Premièrement, ont été éradiqués du film toute forme d'explication militaire et stratégique sur les avancées des soldats.
Windtalkers n'est pas un film dont l'intérêt est de voir une bande de soldats américain conquérir une île japonaise, tout au contraire. Ces éléments jugés encombrants quant au message du film ne figurent plus ici dans cette director's cut.
Le plus gros changement consiste en la modification totale du discours du sergent Hjelmstad (Peter Stormare) expliquant aux soldats leur mission dans la première demi-heure du film. Dans la version courte, celui-ci donnait des détails stratégiques sur leur conquête de l'île ce qui provoquait l'enthousiasme des soldats à enfin partir au combat. Dans la director's cut, celui-ci ne fait finalement qu'annoncer qu'ils partent au combat, "vers des paradis inconnus" soulignant qu'ils seront dans "l'œil du cyclone", obligés d'ouvrir la voie pour une autre infanterie. Les militaires maintenant nous semblent beaucoup plus ignorants de ce qu'est vraiment la guerre, comme le souligneront encore quelques scènes rajoutées plus loins, renforçant ainsi leur naïveté, et plus généralement la naïveté des soldats sur la nature réelle d'un combat.
A y regarder de plus près, le montage de la version courte ne montrait pas le sergent faire son discours, mais se focalisait sur ses soldats en train de l'écouter. Dans la director's cut, les plans sont alternés entre les soldats et le sergent leur parlant de face, ce qui prouve bien qu'il s'agissait du dialogue tourné, qu'il s'agit bien de la version voulue par John Woo à l'origine et qui fût modifiée par un nouveau doublage du même comédien lors de la post-production ! Le signe très clair donc d'une modification d'une scène clef par le studio producteur du film, heureusement rétablie dans la version longue.
Un tout nouveau discours dans la version longueOnt été supprimées ensuite toutes les cartes animées qui apparaissaient entre deux scènes pour nous montrer la progression des soldats. Au même moment aussi nous entendions d'autres codetalkers, que nous ne voyons jamais, parler entre eux via radio, expliquant les uns aux autres les manœuvres qu'ils effectuaient pour que nous, public, comprenions l'avancée stratégique de l'histoire, ou juste parfois pour rendre hommage à l'un d'entre eux disparu. On devine par là que le studio voulait rajouter le plus de Navajos possibles dans le film afin de justifier le "s" du titre
Windtalkers, allant même lors de l'un de ces dialogues jusqu'à expliquer l'origine de ce mot. Soucis extrême donc que les spectateurs comprennent le message, et crainte qu'il n'y ait pas assez d'explications militaires pour que le public ne suive le film, mais c'était oublier que John Woo n'avait pas fait un film "sur" les Windtalkers mais un film anti-militariste "à travers" les Windtalkers. Il n'en avait donc besoin que de deux, interprétés par Adam Beach et Roger Willie, qui d'ailleurs ne rentreront jamais en contact avec d'autres Navajos que par radio en transmettant des coordonnées durant le feu de l'action. En rajouter était donc inutile. Et étaler la progression du bataillon aussi.
Autre effet positif de ces suppressions, celui de laisser respirer ces quelques magnifiques plans, de nous permettre de les admirer.
Les cartes et voix-off militaires ont été retirées dans la version longue La bataille de l'île de Salomon :Premiers ajouts de cette version longue dès la seconde scène du film, celle de la bataille des îles Salomon où Enders (Nicolas Cage) perd tout ses hommes au combat. Beaucoup plus longue et éprouvante, le nombre de morts et l'horreur du combat renforce l'absurdité de leur violence. Le principal défaut du film dans sa version cinéma était justement de ne pas forcément être assez clair sur sa position dès le départ : on peut dorénavant considérer que l'erreur est réparée…
Suit une scène inédite tragiquement ironique, très courte, où Enders sur un lit militaire d'hôpital, complètement estropié, se voit remettre une médaille pour "avoir fait plus que son devoir" alors qu'il a perdu tout ses hommes…
Version Longue : une scène inédite où Enders est médaillé… Le camp américain :Le rajout suivant vient immédiatement après, lorsque les Navajos arrivent dans la base militaire américaine : le serment qu'ils prêtent n'est plus cette fois-ci survolé en un instant, mais traîne en longueur laissant s'exprimer d'elles-mêmes les images de ces indiens récitant un texte où ils jurent obéissance au président des Etats-Unis et à une nation qui finalement leur a tout pris.
Un serment rallongé et donc un peu plus décaléVient ensuite le passage où les militaires festoient la veille de leur départ pour l'île de Saïpan. Dans la version d'origine le personnage de Rita (Frances O'Connor) réapparaissait ici pour trinquer "à la guerre" avec Enders, ce qui en guise d'ouverture à la bataille choquait déjà quelque peu. Cette fois-ci, la scène se prolonge avec leur tête à tête assis dans une voiture au bord de la plage. Magnifiquement introduite par Ox (Christian Slater) jouant de l'harmonica face à la mer et dont la musique bercera tout le passage, cette petite scène suffit à redonner beaucoup plus de profondeur à Rita, et à clarifier sa relation avec Enders. Lui demandant absolument de lui écrire, l'expression de rejet de Nicolas Cage plus tard en recevant sa première lettre et les suivantes prend alors plus de sens.
Première scène supplémentaire entre Enders et Rita Suit immédiatement le lendemain matin une nouvelle scène inédite où les militaires se prennent en photos les uns les autres avant le départ pour l'île, petit jeu qu' Enders observe songeur, on le devine en se disant qu'il ne restera sûrement de quelques uns de ces soldats uniquement ces photos après cette mission. Silencieux, il refuse d'y prendre part, tourne les talons, s'en va… et commence alors la première bataille de Saïpan, où bon nombre de soldats perdront la vie.
Clairement la naïveté et bonne humeur des marines prêt à aller "casser du Jap" pour leur pays est contrebalancé par la gravité d'Enders, définitivement marqué par la bataille de Salomon. Il s'assoit ici aux yeux du spectateur comme étant le seul à avoir une idée du massacre qui va avoir lieu. Une introduction bien terrifiante à la gigantesque bataille de Saïpan, et qui constitue aussi l'occasion d'un petit discours de Charlie Cheval Blanc (Roger Willie) à Enders lui faisant part de son attachement à Yazhee (Adam Beach).
La première bataille de Saïpan :Durant cette bataille aussi on trouve pas mal de différences à noter entre la version courte et la director's cut. Bien évidemment sur cette dernière beaucoup de plans violents ont été rajoutés. Les morts sont plus nombreux, leurs morts sont parfois plus longues et douloureuses, et la caméra s'attarde par moment sur des cadavres ensanglantés au regard sans vie (cf dans la tranchée japonaise). Un des plus gros rajouts concerne Enders : dans le montage cinéma, se remémorant le massacre de l'île Salomon il partait dans un accès de rage achever à la mitraillette un soldat japonais en feu. Dans cette version longue, non seulement la mort de ce soldat est plus longue et douloureuse, mais en plus son accès de rage s'étale en longueur puisqu'il en profite pour en achever quelques autres avant d'aller en massacrer encore un ou deux, les yeux exorbités, la bave aux lèvres. Un comportement bestial à la violence inouïe qui dégoûte alors Ben Yazhee et paralyse de stupéfaction ses soldats pourtant pris dans l'action. Enders devient alors un personnage très inquiétant, loin du simple soldat errant de la version cinéma. L'absurdité du combat prend alors une nouvelle dimension.



Enders part dans un accès de rage et de violence, commettant un massacreOn trouve encore quelques ajouts, comme lorsque Enders part jeter un sac d'explosif dans un bunker japonais et cette fois-ci vomit en chemin ajoutant au moindre détail de cette bataille un côté écoeurant.
Autre modification amusante, au moment de vomir justement un soldat japonais surgissait pour l'attaquer en criant un peu comme une caricature de japonais. A y réfléchir cette attitude est idiote, puisqu'un soldat, même japonais, n'a pas intérêt à crier en attaquant s'il veut que ce soit par surprise ! Ce cri disproportionné a donc été ici supprimé. John Woo avait déclaré au moment de la sortie du film en salles, avoir voulu représenter l'ennemi japonais comme une puissance impressionnante ; on peut donc penser qu'il s'agissait vraiment d'un rajout de sa part, et qu'il aurait finalement préféré le retirer ici.
L'embuscade :Au début de la fameuse scène d'embuscade, les marines ne comprennent tout d'abord pas d'où viennent les tirs. Enders conclut alors à la vue de l'artillerie faisant feu sur eux qu'il s'agit tout simplement d'américains les prenant pour des japonais et donc décidés à leur faire la peau. Si dans la version courte Enders gardait son calme en révélant cette situation insensée ou non seulement des hommes meurent mais en plus sous le feu de leur propre camp, dans la version longue le voilà qui part dans un énorme et long rire nerveux totalement déplacé, soulignant l'horrible ironie de la scène.
La réaction des soldats est alors de fuir avant de se retrouver quelques centaines de mètres plus tard prit en étau nez à nez avec les japonais, leur tirant aussi dessus. Cette fois-ci dans la version longue leur progression entre les deux fronts est interrompue par un sniper japonais embusqué dans un arbre : obligés d'interrompre leur avancée et d'y faire face, ce rebondissement assez long et meurtrier donne un rythme beaucoup plus soutenu à la scène, et assurant une tension plus importante.
Le cimetière :Suite à l'embuscade, les soldats enterrent leurs hommes dans un cimetière improvisé. Le début de cette scène comporte quelques plans supplémentaires où Enders dégoûté de voir Pappas (Mark Ruffalo) enterrer son ami Nillie (Martin Henderson), donne un coup de pelle enragé sur une croix. La suite de cette scène se passe de nuit, où Enders en train de se soûler près du cimetière commence à discuter avec Yazhee. Au moment de le quitter dans la version courte celui-ci traversait le cimetière en titubant et, effrayé, se mettait à entendre les voix de ses hommes surgir des tombes, leurs cris se perdant dans les explosions des champs de bataille, suite à quoi il s'effondrait lui-même sur une tombe. Dans cette version longue, Enders répond aux voix, s'agenouillant en pleurs et leur expliquant que ce n'était pas de sa faute. Puis, se reprenant, il part dans l'excès inverse en leur criant de se lever et danser pour faire la fête avec lui comme il la fit sur l'île d'Hawaïi, versant le saké de sa bouteille sur leurs tombes, le tout sous les yeux de Yazhee. De plus en plus hanté par ses démons, Enders s'enfonce ici dans un accès de démence souligné encore une fois par l'absurdité de la situation.

Le village japonais :Dans son introduction, seule une petite différence survient avec la version courte et concerne la scène où Ox (Christian Slater) et Charlie (Roger Willie) se mettent à jouer ensemble de leurs instruments : un peu plus longue, elle permet à travers un simple dialogue autour de leur musique de donner un peu plus de consistance à ces deux personnages qui en avaient bien besoin.
Le début de l'attaque surprise des japonais est marqué par la mort de Harrigan, dans un sinistre rôle d'enflammeur enflammé. Essuyant les premiers coup de feu, ses tentatives de faire fuir la fillette japonaise font preuve d'un regain de tension dans la director's cut : quasi-silencieuses et plus longues, accumulant des gros plans sur son regard désemparé, la gravité de la situation, la force du sacrifice qu'il effectue, et surtout le sort qui lui est réservé par la suite n'en sont que plus douloureux. Pour bien en faire sentir l'horreur, John Woo a d'ailleurs rallongé considérablement la mort de ce personnage. Si à l'origine on le voyait simplement prendre feu et s'effondrer en bougeant encore un peu avant de se faire achever d'une balle par Enders, on le voit maintenant se déplacer en flammes, toujours en vie, se débattant alors que son corps se carbonise, tomber à quatre pattes, crier, faire quelques pas toujours enflammé sous le regard effrayé de ses amis, jusqu'à ce qu'Enders, enfin, ne soulage sa douleur mais aussi le spectateur en l'achevant.

Autre regain de tension, le couteau lancé par Charlie vers Chick qui se voit cette fois-ci précédé d'un long échange de regard entre les deux ennemis, le second étant vraiment persuadé qu'il va se faire viser. Plus absurde dans la durée, mais plus efficace.
L'attaque en elle-même qui suit dans le village est sans doute celle du film qui gagne le plus en hémoglobine. En effet bon nombre de plans violents ont été ici réintégrés, comportant aussi quelques explosions bien meurtrières où les corps projetés enflammés s'écrasent pathétiquement sur le sol. La mise en scène de certains de ces plans crées par John Woo sidère par son élégance (meurtrière) et l'immersion qu'elle procure au cœur de la bataille. Si l'affrontement gagne en violence, il s'enrichit aussi considérablement au niveau de sa structure. En effet vient se rajouter pour cette director's cut un assaut des japonais auquel participent Ox et Charlie : la caméra nous montre alors leur acheminement progressif vers leur combat final, quant à lui déjà présent intégralement dans la version courte.
L'attaque finaleLà encore quelques plans violents viennent se rajouter dans la bataille, mais ne sont cette fois-ci des plus marquants. Ils ne font "que" en augmenter l'intensité par leur accumulation. Dans sa première partie un tout petit passage a été rajouté au moment où Yazhee se transforme en bête de guerre : se trouvant face à deux soldats pris dans un filet et se battant au poings, il tire sur l'un des deux alors qu'il était quasiment impossible de distinguer qui était qui. La victime heureusement est japonaise, mais le soldat Pappas s'en prend à Yazhee lui reprochant qu'il aurait pu le tuer. Anecdotique ? Pas vraiment puisque Yazhee lui répond en fixant Enders qu'il ne tuerait jamais un des leurs… La version courte passait directement au soldat Chick (Noah Emmerich) se plaignant ne pas vouloir mourir dans ce trou à rats : la réaction d'Enders alors prend ici une toute autre dimension, puisqu'on comprend que c'est les paroles de Yazhee qui lui font dire qu'il ne laissera personne mourir, et non un accès de bonne conscience comme pouvait le laisser croire la version courte. Les dernières minutes de cette attaque se montrent quant à elles plus crédibles, avec un face à face Enders/Yazhee beaucoup plus douloureux, physiquement et psychologiquement, et surtout l'apparition du tir de la balle fatale, qui n'arrive donc plus sans prévenir.
La conclusion du film elle aussi change totalement, avec venant se rajouter sur les images de Monument Valley la voix-off d'une lettre de Enders à Rita, à notre grande surprise pleine d'espoir. Mais SURTOUT, le plan aérien au dessus de Monument Valley est montré dans son intégralité, et c'est finalement sur celui-ci qu'apparaît le texte de conclusion à la gloire des Navajos et de leur code qui ne fut jamais décodé par les japonais, et non pas comme dans la version courte sur fond d'un drapeau américain ! De plus l'image d'Enders courant devant les vagues (reprise du début) du film a aussi été supprimée.
En conclusion, si Windtalkers était déjà un film magnifique dans sa version cinéma ou DVD zone 2, il prend ici dans cette version longue toute son ampleur. Il ne s'agit pas de rajouts opportunistes, mais bien d'apports à l'histoire, plus engagée contre la guerre, et surtout aux personnages beaucoup plus consistants, avec une mention spéciale au héros interprété par Nicolas Cage, devenant beaucoup plus inquiétant. Certains éléments perturbateurs ont par la même occasion été modifiés, dont aucun n'est à déplorer bien au contraire.
Le film et les suppléments étant tous sous-titrés en français (figure aussi un doublage canadien 5.1), ce coffret zone 1 est tout simplement indispensable.
En espérant tout de même qu'il arrive un jour en zone 2…