Par Kevin Prin - publié le 10 juillet 2006 à 09h01 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h03 - 0 commentaire(s)
Suite de nos dossiers des 10 DVD indispensables pour chaque genre de film, avec cette semaine une sélection d'éditions consacrées aux Westerns. A l'occasion de la sortie des Sam Peckinpah (La Horde Sauvage, Pat Garrett et Billy The Kid, ..) chez Warner, il nous a paru judicieux de nous attarder sur ce genre qui a connu ses heures de gloire et peine aujourd'hui à revenir sur le devant de la scène.

Evidemment beaucoup de réalisateurs incontournables du genre comme John Ford, Anthony Mann, Raoul Walsh, Howard Hawks, et d'autres sont absent de ce classement réservé aux DVD techniquement pointus. A quand de belles éditions leur étant consacrés ?

IL ETAIT UNE FOIS DANS l'OUEST


Image : 10/10
Une merveille. On aurait difficilement pu rêver d'une meilleure image que celle-ci pour Il était une fois dans L'ouest, largement (et sans trop de soucis) au dessus de celle d'Il était une fois la révolution. La restauration du master saute aux yeux dès les premiers instants : d'une propreté exceptionnelle, à deux-trois poussières près, il se voit doté de couleurs respectant parfaitement le ton du film, des noirs profonds aux jaunes du sable, des superbes bleus des ciels aux tons mates des peaux. Le transfert quant à lui est somptueux avec un niveau de définition sensationnel, laissant transparaître le moindre détail que ce soit à l'horizon d'un plan, celui d'un grain de poussière ou sur les visages des acteurs (les gros plans chers à Leone en sont encore plus beaux). Une compression invisible, et un charmant léger petit grain pellicule ornant le transfert du début à la fin achèvent de rendre cette image DVD tout simplement sublime. Il était une fois dans l'ouest comme on ne l'a jamais vu !



Son : 7/10
Les tournages de la majeure partie des films de Sergio Leone, dont celui d'Il était une fois dans l'ouest, se déroulaient sans aucune prise de son. Les acteurs parlaient donc dans leur langue d'origine, et parfois même lorsque le dialogue n'était pas encore écrit, disaient n'importe quoi ou se contentaient de remuer les lèvres dans le vide. Chaque son et dialogue (souvent réécrit) étaient donc enregistrés en post-production, bien après le tournage. Comment alors parler de "version originale" pour ce film ? Certes la piste anglaise contient les vrais voix de Jason Robards, Charles Bronson, Henry Fonda et autres, mais le doublage n'étant pas une pratique courante aux Etats-Unis (les films étrangers y sont toujours présentés sous-titrés), ceux-ci à l'oreille manquent cruellement d'entraînement dans le domaine. En résulte un doublage anglais certes supervisé par Leone mais assez peu convaincant … surtout au regard de la piste française ! En effet, le doublage en France jusqu'à la fin des années 70 (le film date de 1968) était assuré par des acteurs de renom qui n'hésitaient à se réapproprier le film, souvent pour un résultat différent de la piste originale, parfois contestable, mais généralement de qualité.



Vous voyez donc bien où nous voulons en venir : le doublage anglais est assez raté, surtout dès qu'il ne s'agit plus de personnage principaux, et difficilement appréciable, alors que le doublage français procure un plaisir d'écoute sans comparaison possible. Pour un tel film où aucune version originale n'existe et où l'on est donc obligé de se rabattre sur un doublage, oui il faut préférer la version française pour mieux l'apprécier (d'autant plus qu'elle aussi a été supervisée par Leone).

Anglais Dolby Digital 5.1 : Sergio Leone le disait au sujet d'Il était une fois l'Amérique : il vaut mieux un bon mono qu'un mauvais stéréo. Pour cette édition Paramount nous livre donc des pistes mono en français, allemand et espagnol, mais se risque aussi à un remixage en Dolby Digital 5.1 de la piste anglaise. Pari pas forcément gagné d'avance, mais nous voilà tout de même face à un remixage des plus réussis, constatation assez triste à établir puisque le doublage anglais est de piètre qualité. Loin des trucages et rafistolages que certains éditeurs n'hésitent pas à pratiquer, ce 5.1 là fait surtout la part belle à la musique d'Ennio Morricone, enveloppante à souhait, tandis que les bruitages bénéficient eux aussi d'une plus grande ampleur. Toutefois, les enceintes arrières restent la plupart du temps muettes, l'essentiel du travail ayant porté sur une utilisation des plus efficace de celles à l'avant : il ne fallait pas rêver, la piste originale est tout de même en mono et le film date de la fin des années soixante.



Français Dolby Mono 2.0 : Un mono entièrement restauré, bien pêchu et clair autant dans les voix que les bruitages ou la musique. Le doublage étant tout à fait exceptionnel, on ne peut que regretter l'absence de remixage en Dolby Digital 5.1, surtout en écoutant le très bon rendu de la piste anglaise. Dommage certes, mais l'immense travail effectué sur la bande sonore de ce film se ressent bel et bien et permet une immersion au cœur d'Il était une fois dans l'Ouest tout à fait sauvegardée.

Des sous-titres français optionnels et d'excellente qualité sont disponibles (ainsi que dans de nombreuses autres langues, cf en-tête du test).

Menus : 8/10
Ouverture sur la musique de Morricone, quelques plans discrets, un coup de feu : bienvenue dans les menus d'Il était une fois dans l'ouest ! Cette édition collector non contente de proposer un superbe packaging, arrive avec ses deux DVD remplis à raz bords.



Le menu principal est animé et musical, tout comme le sont les transitions entre les différentes pages du DVD (celle menant aux chapitres est superbe !), qui elles restent fixes et muettes. Très élégant au premier abord, très agréable, cela en alourdit tout de même la navigation une fois que l'on décide de fouiller ces DVD de fond en comble. Néanmoins nous ne bouderons pas notre plaisir tant Paramount a porté un soin de finition tout particulier au contenu de cette édition.


Disque 1 :

Le film est présenté dans son montage européen de 2h38 (sur DVD, soit 2h44 dans les cinémas en comptant le passage d'un format à l'autre de 24 à 25 images par secondes). Certes on aurait pu espérer trouver en plus ici le fameux montage de près de trois heures (171mns) sorti en Italie il y a quelques années, mais n'étant pas supervisé par Sergio Leone il aurait été plus un gadget, voir une curiosité qu'autre chose : la version voulue par le cinéaste est bien celle présentée sur ce DVD, c'est là l'essentiel. Sur le premier disque on ne trouve comme seul supplément que le commentaire audio :


John Carpenter, présent sur le commentaire audio et les documentaires


Commentaire audio : (sous-titré français)
Plusieurs intervenants sur ce commentaire audio : les réalisateurs John Carpenter, John Milius, Alan Cox, le biographe officiel de Leone Sir Christopher Frayling, et Dr. Sheldon Hall, ainsi que l’actrice principale Claudia Cardinale. Chacun a été enregistré séparément et intervient sur des scènes spécifiques, l’ensemble étant conduit par un « maître de commentaire » nous présentant chaque intervenant, selon le principe de nombreux commentaires audio des éditions Criterions américaines.
Venons-en tout de suite à celui que les fans attendaient au tournant : John Carpenter ! Le réalisateur de Ghost of Mars, Halloween ou encore New York 1997, grand fan de Leone s'il en est, ne s'exprime en tout et pour tout que neuf petites minutes sur l'ensemble du commentaire, sur la scène du train avec le pistolet dans la botte. Si l'on sent largement sa passion envers le film dans ses propos, il ne se contente malheureusement que de donner quelques indications techniques (relatives aux plans larges), et raconter ce qui se passe à l'écran et plus tard. Même si l'on boit littéralement ses paroles, c'est tout de même un peu dommage pour une intervention dont on attendait un peu plus…
Mais cela n'en rend pas moins passionnant ce commentaire. Mené principalement par Christopher Frayling, biographe de Leone, celui-ci nous livre un grand nombre d’anecdotes sur le tournage, ses lieux, ainsi que de nombreuses astuces de mise en scène (le miel sur la barbe au début pour attirer la mouche par exemple, et tant d'autres !). Semblant par moment paraphraser ce qui se passe à l’écran, Frayling ne nous fait que mieux découvrir une scène mais aussi sa signification. Les nombreuses versions de montage d’Il était une fois dans l’Ouest sont quant à elles aussi largement évoquées, les plans ayant été réintégrés par rapport à la version américaine étant presque tous relevés, par Frayling ou bien même Alex Cox.



Sans plus rentrer dans les détails, voici un commentaire qui permet dans sa globalité d’aborder ce chef d’œuvre de Leone, ce chef d’œuvre du western, sous de multiples angles : on voudra toujours en savoir plus, mais avec le recul il s’agit bien d’une excellente introduction avancée à une lecture poussée du film.

Pour finir sur ce premier DVD, on peut trouver un petit bonus caché :
Placez vous sur "Lecture du film" et cliquez sur la flèche haut de votre télécommande, puis sur Enter : vous arriverez à la bande-annonce du DVD, comprenant de multiples et horribles accélérés d’images du film, faisant passer certains plans comme ayant été tournés à la DV. Horrible, on aurait préféré que ce bonus soit encore plus caché.


Disque 2 :



Tous les bonus de ce DVD sont en 16/9 et sous-titrés en Français

Documentaires :
Trois documentaires aux noms métaphoriques puisque n’ayant quasiment aucun rapport avec leur contenu. Pourtant chacun d’entre eux contient son lot d’anecdotes sur la genèse de ce chef d’œuvre, et vaut donc vraiment le détour. De plus les extraits du film sont non-restaurés et permettent encore plus de se rendre compte du miracle technique de l'image de cette édition.

Dans les lignes qui suivent, vous trouverez une décortication de ces trois documentaires, parfois en détail, parfois sans, mais toujours dans le but de ne pas vous en gâcher leur contenu, le tout suivi d'une petite synthèse.



Un opéra de violence (16/9,1.85, 28mns49)
A travers les interventions de Sir Christopher Frayling, auteur du livre "Sergio Leone : Quelque chose à voir avec la mort", et de Tonino Delli Colli son directeur photo, ce documentaire commence par retracer la carrière de Leone, en remettant quelques idées reçues en place, comme le fait qu’il n’a jamais réalisé lui-même la fameuse course de chars de Ben Hur comme beaucoup le prétendaient (dont Leone lui-même…). John Carpenter, Gabriel Ferzetti, John Milius, Alex Cox, Bernardo Bertolucci retracent ainsi les débuts de Leone et le contexte du cinéma italien de l’époque, ce dernier s’attardant tout particulièrement sur sa rencontre avec Leone accompagné d’un jeune journaliste nommé… Dario Argento. A eux deux ils écriront le scénario d'Il était une fois dans l'Ouest. Le morceau de choix de ce documentaire a lieu bien évidemment lors d’un extrait d’une interview de Leone lui-même, expliquant comment lui vint l’idée d’une nouvelle trilogie après celle des Dollars (Pour une poignée de dollars, Pour quelques dollars de plus, Le bon la brute et le truand), celle des "Il était une fois…". Suit ensuite la genèse du projet Il était une fois dans l’ouest, dont l’inclusion d’un personnage féminin, ce que Leone ne voulait pas au départ.
Bien sûr à l'occasion de l'évocation de chacun des personnages du film, les éloges pleuvent sur Henry Fonda, Charles Bronson, James Coburn, Gabriel Ferzetti, mais aussi sur les trois cow-boys du début du film, dont Woody Strode, acteur noir fétiche de Ford. Mais la meilleure anecdote de ce documentaire revient sans conteste à Alex Cox, expliquant que selon la rumeur, Clint Eastwood, Eli Wallach et Lee Van Cleef devaient jouer ces fameux trois cow-boys du début… Si les deux derniers étaient partants, il semblerait que Eastwood était contre …

Le Prix du Péché (16/9, 1.85, 19mns36)
On commence avec l'évocation des décors du film, dont bien évidemment celui de Monument Valley que Leone voulait à tout prix, souhaitant rendre hommage à La Chevauchée Fantastique de Ford, faisant d'Il était une fois dans l'ouest le premier Western spaghetti tourné en dehors de l’Espagne et de l’Italie. Les différents lieux de l’action du film sont décortiqués, leur création largement évoquée (pour le ranch, des éléments du précédent tournage de Falstaff d’Orson Welles en Espagne avaient été récupérés). On passe ensuite à la préparation des acteurs (portants de lourds costumes sous une chaleur accablante), la création de la scène d’ouverture, des explications sur la photo du film, le fait qu'il fut tourné sans prise de son (tout fut doublé), et l'importance du montage pour Leone.



Une affaire de mort (16/9, 1.85, 18mns16)
Commençant sur une éloge de la relation de Leone à ses acteurs ("Ils les aimaient"), ce documentaire aborde un élément des plus importants du film : la musique de Morricone, mais aussi toute la partie sonore qui avait une énorme importance pour Leone ... une référence à Georges Lucas et L'Empire Contre-Attaque assez surprenante mais parfaitement dans le sujet illustrant le tout. Seule redondance avec le commentaire audio, on nous y explique à nouveau les raisons de l'absence de musique dans la scène d'introduction.
Les commentaires s'attardent ensuite à la dimension politique des films de Leone dans leur globalité, qui lui valut d'ailleurs pour celui-ci une énorme popularité dans le milieu étudiant parisien de mai 1968 où des banderoles affichaient "Adoptez le style Leone"… Contrepoids de taille, John Carpenter intervient ici expliquant que tout film peut être vu comme engagé (même ceux d'Ed Wood), mais que pour lui IL était une fois dans l'Ouest est plutôt un "opéra délirant" dans la tradition de Fellini.
Vient ensuite la genèse du scénario et sa condensation forcée par Leone lui-même pour qui le rythme du film était primordial : de nombreuses séquences du film déjà tournées ont été supprimées au montage, mais dans l’unique but de faire un film meilleur et qui ne dure pas cinq heures. A défaut de voir ces fameuses séquences sur ce DVD (mais existent-elles encore ?), on en voit quelques photos pendant que l'on nous explique en quoi elles consistaient (ces photos se trouvent d'ailleurs à nouveau dans la galerie du DVD).
Finissant par l'accueil très mitigé de la critique et du public (sauf en France où il resta quatre ans à l'affiche dans un cinéma parisien !), arrivent enfin les explications des différents montages du film, soulignant au passage qu'il dure presque trois heures pour seulement quinze petites pages de dialogues.
Le documentaire s'achève enfin avec un hommage simple mais vibrant à Leone, de seulement quelques mots de la part de ses acteurs présents sur ce DVD, Claudia Cardinale et Gabriel Ferzetti.

Nous voilà non pas face à trois, mais un seul et unique documentaire divisé en trois parties (aux noms totalement folkloriques). Passant d'un thème à un autre sans réelle structure, ordre ou lien entre chacun, on y trouve de tout au sujet d'Il était une fois dans l'ouest. Sa force est donc de faire découvrir sa genèse à ceux qui ne la connaissait pas, tandis que les autres, sans pour autant s'ennuyer un instant tant il s'avère savoureux, regretteront l'apport de contenu "exclusif", qui aurait pu pourquoi pas passer par une analyse plus en profondeur du film.



Le chemin de fer : une révolution dans l’ouest (16/9, 1.85, 6mns21) :
Un mini documentaire voulant graphiquement paraître "vieux", dont le but est de nous faire découvrir l’implantation du rail aux Etats-Unis. Entrecoupé d’extraits d’interviews d’Alex Cox et Sir Christopher Frayling (et oui, encore eux), il s’éloigne malheureusement très rapidement de son objectif en se concentrant sur le fictif entrepreneur véreux du film (Morton, interprété par Gabriel Ferzetti), extraits du film à l’appui. Même si au final l’aspect "rêve fou transformé en source de corruption" est mis en évidence ici, aux côtés d’un joli parallèle avec l’importance du rail dans le cinéma (principalement les westerns), ce documentaire reste très superficiel alors qu’il aurait pu aisément rentrer plus dans les détails. Une déception.



Les Lieux de Tournage : Hier et Aujourd'hui : Une galerie de photos comparatives entre les lieux de tournages du film et ce qu'ils sont aujourd'hui. Rien n'a vraiment changé malgré les années, mais pourtant une constatation s'impose : Leone et son directeur photo avaient réussi la prouesse de les rendre surréalistes, de leur donner un aspect "carton pâte" qui ne manque pas de charme.

Production : Galerie de photos (16/9, 1.85, 5mns05)
60 photos noir et blanc de production, occupant l’intégralité de l’écran 16/9 : on y trouve beaucoup de scènes coupées, mais aussi énormément de photos du plateau de tournage et donc de Sergio Leone dans le feu de l’action. Bercée par la musique de Morricone, cette galerie s'avère largement un cran au dessus de celles que l'on trouve sur d'autres éditions DVD, de par sa beauté et l'émotion qu'elle peut dégager.


Photo extraite d'une scène inédite


Biographies des acteurs :
Des biographies en français assez complètes et richement illustrées de Claudia Cardinale, Henry Fonda, Charles Bronson, Jason Robards et Gabriel Ferzetti.
Il manque toutefois une biographie synthétique de Leone …

Bande-annonce cinéma : (16/9, 2.35, 2mns51)
Entièrement non restaurée, cette bande-annonce très appétissante constitue une nouvelle preuve de la qualité de la restauration du film sur le premier DVD.


Charles Bronson, Claudia Cardinale, et, dans l'ombre, Sergio Leone


Voilà, c'est tout mais c'est déjà beaucoup. On pourra bien sûr regretter principalement l'absence de toute intervention ou interview de Charles Bronson et Dario Argento (tout de même l'un acteur principal et l'autre co-scénariste !), ou encore le manque d'éléments que les fans ne connaissaient pas dans le documentaire. Néanmoins, ceux découvrant Il était une fois dans l'Ouest ou ne connaissant rien sur sa genèse ou sur ceux à son origine en trouveront là une excellente présentation exhaustive, d'autant plus qu'il se dégage de cette édition une sensation de finition des plus agréables, allant des menus jusqu'à la galerie de photos.

Arrêtez de réfléchir : cette édition est indispensable !

Critique rédigée par Kevin Prin
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