FAR NORTH de Asif Kapadia
Dans une contrée désertique et polaire, une femme frappée d’une malédiction vit avec sa fille adoptive à l’écart du monde jusqu’au jour où elles tombent sur un soldat blessé qu’elles sauvent d’une mort certaine. À part de magnifiques paysages,
Far North est assez consternant : une pseudo histoire mystico-amoureuse, des flashbacks explicatifs très lourds, une surenchère d’effets sonores qui tentent de faire basculer le film dans le fantastique, un final grotesque qui n’a pas manqué de faire rire les spectateurs et une Michelle Yeoh pas crédible.
Far North laisse complètement froid.
Cerise sur le gâteau Très apprécié des festivaliers,
Once de John Carney est notre coup de cœur de ce Festival. En dehors du film, les organisateurs avaient prévu une petite surprise pour leur public : la présence des deux musiciens venus faire le bœuf juste après les projections du film. Un beau prolongement pour ce film magnifique qui restera un bon moment dans les cœurs et dans les têtes, et dont nous retrouverons bientôt une interview de ses deux interprètes.
COUP DE CŒUR : ONCE de John Carney
Tout comme l’année dernière
Small engine repair de Niall Heery (toujours inédit en France) nous avait ému aux larmes par sa beauté, Once de John Carney réservait une émotion du même acabit lors de cette 18ème édition du Festival de Dinard. L’histoire toute simple d’une rencontre entre un chanteur de rues et une jeune immigrée tchèque à Dublin partageant leurs sentiments à travers la musique est une véritable pépite qui sortira ce coup-ci en France le 14 novembre 2007. Un film magnifique à ne pas rater.
Admirablement joué par Glen Hansard, guitariste du groupe irlandais The Frames et Marketa Irglova, jeune pianiste tchèque,
Once touche au sublime tant les deux interprètes expriment leur passion à travers leurs chansons et leur interprétation. Film d’une énorme puissance émotive,
Once est habité par l’énergie et la fraîcheur de ses interprètes, la simplicité et l’authenticité du propos, et le charisme et la grâce des deux jeunes gens dont l’alchimie visuelle et auditive transcendent l’écran. Amis dans la vie, les deux musiciens ont effectivement une complicité qui crève l’écran renforcée par la présence du réalisateur, également ancien bassiste de The Frames et ami de Glen Hansard. Film nourri par l’amitié et réalisé avec trois bouts de ficelles en trois semaines,
Once se ressent de ces liens invisibles dans son interprétation et son émotion, comme dans sa matière et son aspect presque documentaire.
Pour autant, le film de John Carney réinvente aussi le genre du film musical en incorporant au sein même de sa narration la musique et les musiciens. Les sentiments, mais aussi l’histoire et les dialogues passent alors par la musique, mais dans une narration du réel qui privilégie la vie à la fiction. Les prises de vue du réalisateur, comme volées, ne font que renforcer cette impression de vie prise sur le vif, de voyage musical et sentimental entre les deux jeunes gens. La véritable force du film est ainsi de parvenir à l’essence la plus pure de la musique dans les films, apportés de l’émotion, non pas en surplus de l’image et de l’histoire, mais en faisant partie intégrante de l’histoire et des personnages, voire de l’histoire même de leurs interprètes. De même que chacun voit sa vie marquée par des plages de musique différentes et successives,
Once projette ce mélange de musique, de sentiments et de sensations en son sein même, faisant du film un moment de vie vécu avec les musiciens, et de chaque morceau de musique un instant de vie particulier, comme lorsqu’une chanson vient se rapporter superbement aux souvenirs heureux de l’ancien amour du chanteur sur des images en 16 mm.
Once est ainsi un film musical original et résolument moderne, emporté par une énergie, une grâce et des chansons superbes, et qui donne à vivre un moment unique avec leurs interprètes, un moment éphémère et magique comme une rencontre amoureuse.