Attardons nous donc un peu sur cette sempiternelle lacune qui tire inlassablement la saison 6 vers le bas à un niveau presque identique à celui de la saison 4. Les scénaristes sont mauvais, voir totalement cons. Et sur les 24 opus, il faudra malheureusement en compter une bonne quinzaine qui ne fera pas grand-chose excepter brasser de l'air en cumulant les improbabilités les plus grosses et les plus tordus à l'autel du spectacle et du suspens. Il y a ici énormément de choses qui ne passeront définitivement pas, comme quelques décisions prises à l'emporte pièce les méchants (qu'ils soient plus ou moins impliqués dans les attaques nucléaires, il attendent la dernière minute pour quitter une ville menacée d'être totalement détruite) où quelques grosses énormité comme ce remake improvisé de
Piège de Cristal ne servant qu'à tuer l'un des personnages principaux. On ne compte bien évidemment plus les sous intrigues politiques tordues où chacun essaie de prouver à son voisin qu'il a la plus grosse bistouquette, les autistes qui sauvent la mise, les 74 plans de rechange, les histoires de cul sous entendues (Chloé se serait visiblement tapé la moitié du personnel) ou encore les indices ou pistes diverses sorties d'un chapeau parce que "Jack, nous avons intercepté un appel il y a quelques minutes…". Alors oui,
24 Saison 6 soule, et va probablement saouler encore longtemps.

Pourtant, cette dernière survit et survivra aussi probablement longtemps dans l'histoire de la série puisque pour la première fois, elle va enfin sonder son héros le plus en profondeur possible. Bien sur, le voir attraper un hélico en vol devant une explosion, prendre des décisions contre sa juridiction (et au final avoir raison, comme d'hab) ou encore tuer environ 250 à 300 personnes en une journée ne fera certainement pas avancer le schmilblick, mais le gros vilain Jack qui tuerai la veuve et l'orphelin pour sauver… la veuve et l'orphelin dévoile enfin qu'il n'est qu'un géant de papier. Jusqu'ici, on imaginait que les cinq saisons précédentes l'avaient achevé, mais il en est tout autre. En effet, comme le soulignent ses deux scènes de dialogues avec le personnage de William Devane, Bauer est tout simplement une incarnation maudite qui n'existe que pour nourrir le malheur. Et là où les chargés au script auront eu un véritable éclair de génie, c'est en basculant plutôt malignement dans ses propres origines. Bauer n'est peut-être pas ce à quoi il était destiné. Et, élevé à son insu dans un univers familial douteux, il se sera inconsciemment borné à lutter toute sa vie contre ce qu'il aurait dû être.
Si le mal vient sans cesse à Jack Bauer, lui retirant tour à tour femme, enfant et la vie d'amis innocents, c'est parce qu'en servant son pays contre les agresseurs de tous poils, il a probablement mal choisi son camp. Toutes les saisons de
24 heures Chrono se seront longuement étalées sur le sujet, le terrorisme est une histoire de famille. Et dans son sang, dans ses tripes, Jack Bauer aurait dû en être un. Si le grand guignol de la chose nous dévoile que le fameux homme mystère de la saison 5 n'est en fait que son propre frangin, officiant sous les ordres de leur ordure de père (Un James Cromwell qui fait… du James Cromwell), c'est pour mieux dévoiler combien l'échiquier familial se montait avec un certaine minutie en essayant à chaque fois de ramener ce bon vieux Jack du côté obscur de la force. Il l'a souvent frôlé, et parfois inconsciemment franchis, mais constamment refusé d'en faire partie. Ou même de croire qu'il y était destiné. En résulte néanmoins l'énorme gâchis que sa vie a constituée pour lui-même, comme pour ceux qui l'ont approché.

C'est sur cette note, négative certes, mais pourtant positive pour la saga qui virait totalement dans le n'importe quoi, que la dernière demi heure de cette saison redresse la barre. Aucune volonté de nous en mettre plein la vue. Pas de cargo surprise, pas de mort inattendue, juste une remise en cause sur ce type qui n'est désormais plus que l'ombre de lui-même sans aucune vie et forcé, en plus, de renoncer définitivement à la seule chose qui pouvait lui maintenir les pieds au sol. Si, et nous citions en plus
quelques lignes plus haut, son coup de sang final auprès de l'autorité qui l'a instrumentalisé puis abandonné n'est pas sans nous rappeler le film éponyme, il constitue assurément l'une des plus belle pièce de toute la série. Un putain d'acteur ce Kiefer, quand il s'en donne la peine… Ce qu'est Jack Bauer finalement… on ne le sera probablement jamais, puisque lui non plus n'a désormais plus aucun repère alors qu'il a pourtant atteint l'age de raison. Une silhouette anonyme, au bord du gouffre (au propre comme au figuré), qui même totalement déshumanisée et officieusement réintégrée dans le civil ne peut s'empêcher de garder l'arme au poing. La surprise, c'est que
arrive à notre grande étonnement à rejoindre une certaine poésie tragique. L'audace, c'est qu'ils ont enfin – à leur façon – tué Jack Bauer…