Adrien Brody est un comédien atypique qui a abordé pas mal d'univers avec un grand succès. Le fait de ne pas avoir une allure conventionnelle (il est grand, maigre et dégingandé, un long visage et un grand nez) lui a permis de composer des rôles riches et intéressants, loin des archétypes ou des canons convenus auxquels il ne correspondait pas. Alors il crée le décalage avec une belle conviction, devient un héros d'action extrêmement intéressant dans
King Kong, puisqu'il a plutôt l'apparence d'un intellectuel. Il a surtout donné corps à un personnage à la trajectoire bouleversante dans
Le Pianiste de Roman Polanski. Il a pu être d'oeuvres plus étranges, incarnant un punk déjanté dans
Summer of Sam de
Spike Lee, dans
le Village de M Night Shyamalan ou se prêter à la dernière fantaisie brillante de Wes Anderson,
A bord du Darjeeling Limited (sortie le 26 novembre en DVD).
Très tôt dans son enfance, Brody né en avril 1973 d'une mère photographe et d'un père prof d'histoire, développe un goût prononcé pour les choses de l'art, la magie en particulier (se livrant à quelques numéros et se faisant surnommer « the amazing Adrien »). Il s'occupe très tôt d'art dramatique et suit notamment -sur les instances de ses parents- les cours de l'American Academy of dramatic arts. D'une imagination débordante, il a un déclic immédiat et veut devenir acteur. On le voit pour la première fois à l'écran dans
New York Stories, dans sa portion la plus réussie, celle de
Woody Allen, intitulée
le complot d'Œdipe. Il apparaît d'abord dans des seconds rôles, dans
King of the Hill de
Steven Soderbergh, ou dans des séries B. Il se fait peu à peu remarquer, jusqu'à ce qu'en 1998 il soit attaché au projet dont tout Hollywood voulait être, celui du grand retour du poète cinéaste Terrence Malick :
La Ligne Rouge. Même s'il n'hérite pas du rôle principal pour lequel il était initialement pressenti, sa composition sera remarquée. Adrien Brody devient une valeur sure.
Dans
Summer of Sam, il livrera une interprétation intéressante et fantasque. Dans l'été caniculaire d'un New York terrorisé par un tueur en série.
Spike Lee sort de ses problématiques habituelles et décrit une ambiance et une époque dont Brody incarne l'un des aspects. Dans la paranoïa qui monte et la phobie des meurtres, la nuit devient moite et inquiétante, l'intolérance gronde. Dans un registre plus classique, l'acteur rejoint Barry Levinson pour
Liberty Heights, où il est un jeune homme qui va tenter de briser le communautarisme du milieu exclusivement juif où il a toujours vécu. Il tombe amoureux d'une belle américaine « wasp » aristocratique, tandis que son frère s'éprend d'une jeune femme noire. Dans l'Amérique ségrégationniste des années 50, de telles relations n'étaient guère envisageables. Adrien Brody dénoncera souvent ce genre d'intolérance dans ses rôles. Il incarnera de nouveau un personnage très engagé dans
Bread and Roses de Ken Loach, qui décrivait les conditions de travail atroces d'une jeune femme immigrée, Maya. Il était un syndicaliste qui prêtait main forte à l'insoumise. On retrouve un peu d'une conscience politique discrète mais commune à beaucoup de ses choix. Il a accepté de tourner avec Loach avant même d'avoir lu le script, par admiration pour le cinéaste.