La famille est, de longue date, l'un des grands thèmes du cinéaste. Il explore la sienne dans le documentaire
L'Aimée en 2007, encore une parenthèse, comme les deux expériences autour de
Dans la Compagnie des hommes, avant un grand film. Cette fois, il pose les prémisses de
Un conte de Noël. Avec ce dernier, il revient aux sources de son inspiration (déjà le sujet est voisin de son premier film,
la Vie des morts). Une famille se réunit autour de la mère Junon (du nom de la femme de Jupiter, harpie et colérique, souvent assez antipathique). Elle est malade du Cancer. Seule la greffe d'un donneur compatible pourrait la sauver. Elle retrouve ses enfants, dont Amalric, fils répudié depuis longtemps qui, paradoxalement, pourrait la sauver. Mais le jeu de massacre commence. Les haines les plus profondes et les plus sincères se trouvent au sein des familles et affleurent sous les repas de Noël. Peu de gens osent exposer cette vérité simple, hormis Bergman dans
Sonate d'automne et
Saraband : les parents n'aiment pas forcément leurs enfants (comme cette scène où Amalric et Deneuve se confient en riant leur haine mutuelle). On sort les cadavres des placards (surtout celui d'un frère disparu depuis longtemps du même mal que Deneuve et qui hante le souvenir de chacun).
Puisant régulièrement dans sa propre vie, Desplechin se livre avec délice à ce genre de jeu de massacre, ici tellement jubilatoire (il était assez cruel à la fin de Rois et reines quand Emmanuelle Devos découvrait la lettre de son père). On va toujours au delà de l'évidence pour aller au plus profond des êtres, dans leurs intimités, leurs contradictions, leur détresse ou leur dérision, dans tout ce qui ne s'avoue pas, dans tout ce qui est caché et que la caméra de Desplechin sait dévoiler. Il est proche en cela de l'univers de l'un des plus grands écrivains contemporains, Philip Roth, qu'il adaptera prochainement. Leurs sensibilités voisines devraient donner quelque chose d'assez beau et profond.