Un projet qui s’annonce bien… mal !Avec une intrigue farfelue dealant avec les vaines tentatives d’un couple de jeunes fantômes essayant de chasser les habitants de leur demeure, l’histoire de
Beetlejuice a tout pour plaire à Burton. Depuis toujours, le tout juste trentenaire né à Burbank se passionne pour tous les contes macabres qu’il affectionne particulièrement. Que ce soient les prestations du légendaire
Vincent Price, les lectures acharnées des nouvelles d’Edgar Alan Poe ou les attaques de bestioles chimériques animées sous les paluches expertes de Ray Harryhausen, tout ce qui est affilié de près ou de loin à l’imaginaire débridé et fantastique le touche particulièrement. Déjà, lorsqu’il était gamin dans la banlieue ouvrière, il passait son temps dans le cimetière situé à quelques pâtés de maisons plus loin. En d’autres termes, le genre de kid qui devait sans doute donner à manger aux cailloux en pensant que c’étaient des aliens ! C’est dire à quel point il se sent être le mieux placé pour mettre en scène
Beetlejuice. Surtout que, tenant compte du succès des aventures de Pee-Wee, la Warner compte bien mettre le paquet et donne les coudées franches au cinéaste: s’il souhaite s’occuper du projet, un budget de treize millions sera mis à sa disposition. Cerise sur le gâteau, il sera totalement libre de diriger le métrage comme il l’entend. C’est tout du moins ce qu’on lui promet puisque très vite les choses vont se dégrader…

Le principal problème ne vient absolument pas de Burton qui lui se démène dans tous les sens pour pouvoir emmener le projet à bien. En fait ce dont se soucient les producteurs, c’est la teneur un peu trop noire des premiers jets du scénario que livre Michael McDowell. Du coup, la fine équipe se retrouve à passer plus de temps dans des réunions sans fin avec les dirigeants que de préparer la mise en chantier, le film se devant de sortir durant la première moitié de l’année 1988. Au final, Burton est contraint d’accepter l’entrée dans l’équipe d’un certain Warren Skaaren, très connu à Hollywood pour être un des scriptdoctors les plus directs mais aussi les plus discrets. Jouant au jeu des studios car certain qu’il aura le dernier mot, le réalisateur collabore avec Skaaden qui sort à peine du tournage du
Flic de Beverly Hills 2 : les deux revoient l’ensemble du scénario, adoucissant dans la mesure du raisonnable les frasques de celui que l’on surnomme Betelgeuse et réduisant deux personnages en un. Ainsi les deux fantômes ne se lieront plus d’amitié avec une gamine de six ans nommée Cathy mais uniquement avec sa grande sœur, Lydia, la petite se faisant tout simplement rayer de la version définitive. Charmé par l’imagination de Burton et plus particulièrement la vision très intuitive et délirante qu’en a ce dernier, Skaaden se pose en caution face aux producteurs et joue les tampons. Mais même si le dernier jet est validé, il subsiste quelques petits détails à régler, les principaux résidant dans le casting : que ce soit ou non en rapport avec les studios, Burton va sera confronté à un parcours de montagnes russes. La première grosse chute sera le refus catégorique de la part de la production à une doléance du réalisateur : il souhaite que Sammy Davis Jr, acteur noir touche à tout ayant bercé son enfance, interprète Betelgeuse mais on lui demande de ne pas insister. La seconde sera le manque incroyable d’intérêt des comédiens envisagés pour le scénario ! Seule la jeune
Geena Davis, contactée pour devenir feu madame Barbara Maitland accepte aussitôt. Il faut dire qu’à cette époque sa carrière commence tout juste à monter et elle cherche un rôle qui pourra entretenir sa popularité naissante. L’année d’avant, elle a été remarquée au côté de son époux Jeff Goldblum dans le remake cronenbergien
La mouche tandis que jusqu’alors ses prestations se résumaient à des apparitions dans des séries telles que
Riptide ou K2000.
Pensant avoir avec lui la très talentueuse
Anjelica Huston pour figurer en tant que rivale féminine et nouvelle occupante de la maison Delia Deetz, Burton doit pourtant chercher une remplaçante, la future Morticia de la Famille Addams devant se retirer pour cause de maladie. Dans sa ligne de mire, Catherine O’hara, une comédienne qui officie à cette époque surtout à la télévision et qui fait partie d’un groupe d’improvisation remarqué nommé SCTV. Burton lui propose le rôle mais celle-ci refuse, ne comprenant pas ce que souhaite faire le réalisateur. Ce sera le premier refus d’une longue série.
Michael Keaton, envisagé pour Betelgeuse n’en veut pas, tout comme la toute jeune
Winona Ryder qui pense que le film est une apologie satanique et Sylvia Sidney. Le jeune réalisateur va donc aller de l’avant et reconquérir une par une les personnes : prenant l’avion pour rejoindre O’hara, il signifie à Ryder vouloir faire une comédie, qu’il adore comment elle s’habille et qu’il comprend les difficultés de l’âge ingrat (sur une gamine de seize ans, rebelle et habillée en noir, ça fait de l’effet) et appelle directement Sylvia Sidney chez elle pour la convaincre. Reste
Michael Keaton, à l’époque pas très connu, mais qui comprend grâce à plusieurs rencontres les possibilités du réalisateur. Aussi, même s’il n’aura que deux semaines de tournage et qu’il ne sera que très peu présent à l’écran, Keaton s’investit à fond dans ce Betelgeuse, rôle titre et bio exorciste allumé et pervers. Son but : être le plus fascinant possible. Burton se rendra donc à maintes reprises chez le comédien qui prépare de nouvelles choses pour chacune de leurs rencontres : un gag, un essai maquillage, une posture… Keaton devient Betelgeuse et, la confiance se faisant, Burton décide de lui laisser une quasi-totale liberté d’improvisation lorsque le tournage débutera.