HOLLYWOODLAND TRES CLASSE
Il n’y a pas de mystère. Si Ben Affleck a gagné pour la première fois de sa carrière des récompenses pour son jeu d’acteur, c’est tout simplement parce qu’il a, pour une fois, trouvé un rôle à sa mesure. Pas un contre-emploi, ce qui revient souvent et qui n’a en définitive aucun sens (un acteur n’a par définition pas de limites à se donner), mais un vrai rôle de composition, qui joue autant sur le physique, massif et fatigué, que sur l’interprétation, toute en nuances et en variations. Il fallait bien cela pour évoquer la vie tragique de George Reeves, interprète du rôle-titre dans la série télé des 50s Superman, et qui comme Boris Karloff ou Bela Lugosi avant lui, souffrira d’être l’homme d’un rôle et d’un seul. L’ambiance est moins à la biopic qu’au polar désenchanté, avec la présence d’un privé forcément miteux (Brody dans un rôle où ne l’attendait pas vraiment), et d’une mort mystérieuse. L’intrigue, et en particulier son dénouement, n’est pas totalement convaincante, mais Affleck vole instantanément toute les scènes où il apparaît en flashback. Sa romance tourmentée avec Diane Lane, sa déchéance professionnelle, sont autant de moments forts où le personnage semble personnifier tous ces laissés-pour-compte qui ont dégringolé du mauvais côté de la colline d’Hollywood. Une véritable performance, au sens premier du terme.

GONE BABY GONE TRES CLASSE
Première réalisation pour l’acteur et scénariste Affleck, un polar dans la droite lignée de
Mystic River (du même auteur), et vrai polar d’ambiance, situé dans une ville qu’il connaît bien, Boston. Pour l’occasion, le grand frère met en lumière le petit, Casey Affleck, avec son timbre nasillard et sa silhouette ambigüe. Et se révèle très concentré dans sa mise en scène, résistant à la tentation, légitime vu le casting, des enfilades de plans d’ensemble et de champs/contre-champs. D’un classicisme et d’une noirceur réjouissantes,
Gone Baby Gone prouve lorsqu’il s’en donne l’ambition, Ben Affleck est bel et bien un artiste de talent. Il doit en être le premier convaincu puisqu’il prévoit déjà de repasser derrière la caméra.