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Blog A La Une : A History Of Violence [page 1]

Par Itxarobide16 - publié le 19 novembre 2008 à 02h01 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 19h43 - 0 commentaire(s)
C'est bien connu, il n'y a pas d'heure pour revenir sur un grand film. Et A History of Violence est certainement à classer dans cette catégorie. Du moins c'est ce que pense le blogueur Itxarobide16, qui revient avec passion sur l'oeuvre de Cronenberg.
Pour rappel, chacun est libre de créer son blog pour s'exprimer, avec une mise en avant spécifique des tests DVD, news, critiques cinéma, etc. Vous pouvez les illustrer à votre convenance, rajouter des liens, et réagir sur les blogs des autres.



Père de famille sans histoire, Tom McKenna tue deux agresseurs en état de légitime défense. Il devient malgré lui un personnage médiatique. De mystérieux hommes en noir viennent frapper à sa porte...

Depuis M. Butterfly en 1994, film qui marque d'ailleurs l'abandon (eXistenZ mis à part) des effets spéciaux dans le cinéma de David Cronenberg, la mutation, génétique, physiologique, ou cérébrale, n'est plus irréversible. Devenue femme pour lui soutirer des renseignements de secret défense, Butterfly effectue, dans le fourgon blindé qui les mène au Palais de Justice, au cours d’une scène bouleversante de sobriété, de retenue, une ultime transformation, un dernier retour dans sa chrysalide, démontrant à son amant que les limites d'un état à l'autre sont floues et toujours franchissables. La métamorphose, guidée par un traumatisme profond et charnel qui bouleverse l’organisme (frissons à l’écoute d’un air d’opéra, accident de voiture), est devenue réversible, le chemin d'accès peut être emprunté dans les deux sens, la mutation n'est plus comparable à un virus mortel et irrévocable (La Mouche, Videodrome), ne s’inscrit plus en rupture mais en simple déformation, voire conservation, des corps. A History of Violence est l'histoire de cette déformation, multiple, cérébrale, sexuelle, qui secoue les membres d'une famille suite à un incident sanglant, se propageant de l’un vers les autres comme une infection. La contamination, donc, thème cher au cinéaste, et qui déforme littéralement les corps, les visages, les êtres, se prolongeant jusqu'au visuel même du film, de la photographie (cristalline et éclatante de Peter Suschitzky, figure habituelle de l'univers du cinéaste, avec qui il travaille pour la septième fois) aux costumes et aux décors, qui s’assombrissent scène après scène.



History, ou His story, son histoire - on sait l'attirance que peut avoir le cinéaste pour les mots, depuis les prénoms "Beverly" et "Eliot" (réduits à "Bev" et "Eli", "Bev-Eli", "Beverly") dans Faux semblants, jusqu’au titre même de M. Butterfly (le "M" marquant la jonction, ténue, quasi impalpable, entre Mrs. et Mr.). Une histoire de violence, l’Histoire de la Violence, son histoire, celle d’un homme au passé trouble, double, qui sommeille depuis plusieurs années dans un cocon (familial) avant de laisser éclater aux yeux de son entourage son ça, mimésis organique et identité première. Ici, la gémellité est personnifiée par Tom/Joey - interprété par Viggo Mortensen, en qui le cinéaste trouve un nouveau double, après Jeremy Irons ou James Wood – deux figures d’un même personnage, par lesquelles il transitera selon la scène, selon le moment, en fonction des pulsions de sexe et de mort. Première étape de cette transformation : le revolver, prolongement charnel du poignet avec lequel il fusionne dans Videodrome, pour lequel Cronenberg expliquait que "l’arme fait partie du corps du héros comme l’un de ses organes. Elle s'apparente à une extension monstrueuse". Attribut sexuel et phallique, brandi à la gueule du spectateur, manié comme une simple excroissance de la main à laquelle il reste soudé ; mais également archétype de série B policière, genre auquel le film appartient ouvertement, le transcendant et le modulant de l’intérieur, à la manière d’un virus – on y revient. Revolver que Tom/Joey oppose, dans un plan renvoyant à un autre, similaire de la magnifique scène d’ouverture, aux deux gangsters venus braquer son magasin, eux-mêmes doubles (le jeune, le vieux, le maître, l'élève...), eux-mêmes métamorphosés, prolongés par des armes à feu.


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