Après un succès mondial autant public que critique, Shyamalan était très attendu au tournant. Sorti chez nous moins de douze mois après
Sixième Sens, son nouvel opus
Incassable atteste d’un vrai talent d’auteur et confirme Shyamalan au panthéon des nouveaux grands. Et pourtant le chemin fut long ! Autant la presse que le public avait été déçu par cette histoire de héros ordinaire. Le box office mondial s’en ressenti (673 millions pour Sixth contre 248 pour
Incassable). A la sortie du film j’avais ressenti beaucoup de déception. Pas aussi émouvant que son film de fantômes, un twist moins réussi car plus prévisible, un Bruce Willis encore plus opaque… Plein de raisons, à l’époque, qui évitaient de voir les réelles qualités du film. Mais comme souvent à la vision des films du réalisateur, de multiples visionnages permettent de mieux saisir l’ampleur et les ramifications de ses récits ainsi que l’émotion que dégagent ses histoires. Ce sont surtout ses scénarii qui méritent plusieurs relectures. Ses mises en scènes sont de toute manière incontestables. Shyamalan est un pur styliste de la caméra !

Première séquence : années 60, durant la ségrégations raciale aux Etats-Unis. Une femme noire donne naissance dans l’arrière boutique de riches blanches. Un homme noir approche (est-ce le père ? un vigile ? un docteur ?) et prend le bébé dans ses bras. Atterré pour une raison que l’on ignore, il demande à la femme blanche si elle a fait tomber le bébé ? Elle répond avec vigueur que ce n’est pas possible. L’homme reste circonspect alors que le bébé pleure toujours. Il demande aux femmes d’appeler une ambulance car le bébé semble avoir le corps tuméfié. Il ne pleure pas normalement.
Après cette mise en bouche choc (que lui est-il arrivé ?) on passe au générique qui s’affiche sur une scène, a priori banale, superbement filmé avec un effet de balancier. Dans un train, David Dunn enlève son alliance lorsqu’il voit arriver une superbe jeune femme. Est-il un mari coureur de jupons ? Est-ce la première fois ? Il commence donc à la draguer gentiment mais la fait fuir puisqu’elle est mariée. Raté !
David Dunn commence à regarder de façon suspecte la vitre du train. Quelque chose d’anormal est en train de se produire. Le train est pris de secousses. Scène suivante, son jeune fils regarde la télé la tête à l’envers, comme une petite qui fixait David dans le train auparavant, et tombe sur les infos locales. Un train a déraillé faisant un nombre conséquent de victimes. Affolé, l’enfant court vers un papier accroché au mur donnant les informations sur le train que prenait son père. C’est bien le même train !